samedi 22 janvier 2011

LE CONCOURS DE LA DERNIERE CHANCE



Cette vidéo a une histoire particulière. A bien des égards.
Le peuple arménien, dont je suis issue, a connu des vicissitudes qui ont modifié le destin des leurs sur plusieurs générations. Mis en demeure de fuir la barbarie exterminatrice dont les arméniens, en même temps que les peuples grec et Assyro-Chaldéen, furent la cible, soumis à la domination de l'empire ottoman durant les terribles années où cette barbarie s'exerça (avant 1915 et après), ils durent s'exiler vers tous les pays du monde.
Mes grands-parents, ainsi que mon père encore enfant, choisirent de construire une nouvelle vie en France. Comme beaucoup de ces familles déracinées, elle connut la précarité. Longtemps. C'est en France que nous sommes nés mon frère et moi, que nous avons grandi en suivant une scolarité par ailleurs satisfaisante.
Si nous mangions à notre faim, nos parents n'avaient aucun moyen de se préoccuper de nos facilités scolaires, de nos dons pour la musique, de sorte que, malgré ces aptitudes, nous ne pûmes jamais  les développer totalement. Mais ... un jour pourtant ...
Bien longtemps après que la vie soit passée avec sa somme d'expériences en tous genres, je pris, comme on fait un pari, la décision de travailler ma voix et accéder ainsi au bonheur d'entrer (par la petite porte) dans l'univers d'un conservatoire, forte que j'étais d'avoir un bagage musical que des parents mélomanes m'avaient transmis, ainsi qu'une voix dite " naturelle". Les oeuvres des grands compositeurs n'avaient pas de secret pour moi - ou presque, et je chantais, en les écoutant,  symphonies, concertos, sonates, opéras dans ma cuisine !
A l'age où bien des chanteurs lyriques ayant fait carrière, décident de se consacrer à l'enseignement de leur art, moi je commençais mon apprentissage. Qui alla très vite, car à l'évidence, j'avais toutes les facultés nécessaires.
C'est ainsi qu'après quelques années de travail vocal, mon professeur de chant me suggéra de me présenter au concours national "Léopold Bellan" à Paris, concours ouvert à toutes les disciplines musicales, sans limite d'âge, ce qui est un point important et sans lequel je n'aurais pu concourir.
Ma fille, ma complice de chaque instant, m'avait accompagné et avait filmé - faisant ses premières armes de reporter-cameraman, qu'elle est devenue aujourd'hui - d'où ce souvenir que je partage avec vous dans l'espoir qu'il vous apportera un moment de plaisir.
 Et surtout la preuve que tout est toujours possible.
En obtenant un second prix de chant, bonheur réel que donne  un "challenge" réussi,  même sans autre perspective d'avenir, car j'avais passé l'âge, j'ai eu le sentiment d'avoir vaincu les forces destructrices qui s'étaient déchaînées sur notre peuple avec l'impitoyable volonté de l'anéantir. Même si la Turquie se refuse toujours à regarder son histoire en face afin de ne pas en assumer les conséquences et refuse encore et toujours de reconnaître le génocide dont elle s'est rendue coupable envers  arméniens, grecs, assyro-chaldéens, je sais que notre avenir réside dans notre capacité de résistance et de volonté d'exister malgré tout.
    

     1 - Donizetti : La Zingara - 2 Stanislaw Moniuszko : Extrait de l'Opéra "Paria" - Paria! On Paria!

3 commentaires:

  1. BIEN SUR , " QUAND ON VEUT , ON PEUT "

    JE N' AVAIS PAS OUBLIE " TON 2iéme PRIX "

    ALORS MAINTENANT , J' AI EU LE PLAISIR

    D'ENTENDRE " LA ZANGARA " ET " LA PARIA " ,

    COMME SI J' ETAIS . BRAVO ET MERCI .

    RépondreSupprimer
  2. AU FAIT ?
    EN RELISANT ...
    " LE PARIA " SANS DOUTE .

    ELENA ROMANA

    RépondreSupprimer
  3. Les "Hélène" ont décidé de fonder un club, on dirait ! LOL. Merci les filles !

    RépondreSupprimer

Quelques lignes signalant votre passage me feront toujours plaisirs. Si vous n'avez pas de blog, vous pouvez néanmoins poster un commentaire en cliquant sur "Anonyme" et signer de votre nom ou d'un avatar. Amicalement,
Dzovinar