vendredi 25 février 2011

Instantané : dans le train

Paris - Gare de Lyon

Je cherchais ma place dans le compartiment encore plongé dans l'obscurité. Et je l'aperçus ; une ombre qui me dit : "il m'a conduit de bonne heure, il n'y avait encore personne ..." je découvre la place que je devrai occuper, durant cinq heures, côté fenêtre ... près d'elle - car c'est une vieille dame - "je préfère le côté couloir pour ..." ses explications se perdent car je me détourne. Je ne réponds pas ;  je subodore son désir de bavardage. D'autres voyageurs occupent maintenant le wagon  ; alors elle commente pour qui veut l'entendre, tout et rien :" il fait sombre vous ne trouvez pas ? " Et "y a-t-il du chauffage ?" "regardez près de vous ... qu'est-ce que c'est sur la vitre ..." - moi : je ne vois rien - Elle : Ah ! Déçue de ses tentatives restées vaines. Je pense "tu n'es pas très urbaine Dzovinar ..." oui je sais, mais je n'ai pas envie.

Je me plonge dans la lecture du livre de Camus "Le premier homme" avec l'espoir de désamorcer définitivement ses velléités d'échanges verbaux. Elle se tait et je l'oublie ... dés les premières pages une irrépressible compassion m'étreint en même temps qu'une impression de "déjà vécu" m'accompagne dans le récit des souvenirs de l'auteur ; son attachement à son ami à qui il avoue tout devoir, ainsi que le désespoir de ce dernier, aux portes de la vieillesse, qui affleure, l'évocation de son enfance, des jeux dont la misère développe l'ingéniosité, les brimades et rebuffades familiales dont il garde une empreinte dénuée d'amertume, et surtout, l'évocation pleine de tendresse d'une mère héroîque sans le savoir ... Chaque page conduit le lecteur sur le chemin d'un pélerinage qui pourrait être le sien, pour peu qu'il  y reconnaisse les stigmates que laisse une enfance vécue dans la pauvreté - heureuse pourtant !

-" Ah ! ces tunnels, je ne les supporte pas, c'est qu'ils sont longs ... fait chier !" agrémentés d'accent catalan, les mots agacés de ma voisine m'arrachent à ma lecture ... Je soupire, regarde l'heure : 13 h - Sandwich et quart de rouge pour calmer la faim le temps d'une pause. Dehors tout est noyé dans le gris, le ciel, les champs, les arbres qui défilent ... quand je retournerai à ma lecture, tout à l'heure, je retrouverai, avec la misère joyeuse de l'enfance, le soleil de Camus...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Quelques lignes signalant votre passage me feront toujours plaisirs. Si vous n'avez pas de blog, vous pouvez néanmoins poster un commentaire en cliquant sur "Anonyme" et signer de votre nom ou d'un avatar. Amicalement,
Dzovinar