vendredi 27 mai 2011

Eveil de l'arménité ...

Au téléphone :

- Je te réveille ma chérie ?
- Non (elle a la voix claire, elle travaille déjà)
- Tant mieux ! Alors écoute bien : l'équipe d'Arménie est championne du monde du tournoi d'échecs !
- (elle rit) Ah ! j'aurais passé une très mauvaise journée si je n'avais pas eu connaissance de cette nouvelle !
- Ne te moque pas, c'est formidable non ?
- Mais oui petite maman ! C'est génial !
- Bon ! Je vais réveiller ton frère maintenant ! Tu sors aujourd'hui ?
- Oui ; j'étais prête à partir : j'ai un tournage de trois jours à faire, pour les toubibs.
- Les toubibs ?
- Oui ; ils veulent une vidéo qui montre aux étudiants que le chemin de la médecine est très difficile, qu'il demande beaucoup de travail, de capacité d'investissement de soi dans la durée ...
- Vraiment ? ça me semblait évident.
- Non ; trop de jeunes se précipitent dans cette voie en ne se préoccupant bien souvent que de la perspective de revenus matériels conséquents, en occultant la priorié qu'est la vocation, celle de soigner le genre humain.
- Bon travail mon ange. Je vais réveiller ton frère !
Nous rions.   

- Bonjour mon fils, je te réveille ?
- B'jour manma* (il émerge à peine !)
- J'ai une sacrée nouvelle à t'annoncer : l'équipe d'Arménie ...championne du monde d'échecs ! ... Tu as entendu ?
- Super ... oui, oui, c'est bien
- (hypocrite) : tu dormais mon pauvre petit ; tu as fermé tard hier ? (un fast-food, à la montagne)
- Non, non ; j'allais me lever
- Il y a du monde là-haut ?
- Non, hier il y avait une tempête de neige ; j'ai travaillé un peu...
- Quand même, l'Arménie ...
- Oui, on a gagné.

Mon petit ! Il a dit "on" !

* maman

***

Nous en sommes là
à frémir de joie
parce qu'un enfant
de la diaspora
plus diasporique
que hay*
avoue, sans le savoir,
par un simple mot,
un mot ordinaire,
qu'il a senti en lui
timide, c'est vrai,
fleurir, si petite encore,
la première fleur 
de l'arménité.
Je suis fière de toi
mon fils, car tu as dit "on"
qui signifie "nous"
nous, les arméniens.

Qui peut mesurer notre désespoir
d'avoir mis au monde nos enfants
en terres étrangères
qui les ont happés,
dont ils se réclament ?

Alors, non, ce n'est pas puérile
que d'être inondée de joie
lorsque son enfant
d'un seul mot, 
 renoue avec son passé !
"On a gagné"

* arménien

26 novembre 2008

Dessin inspiré d'enluminures arméniennes
feutres - Dzovinar

2 commentaires:

  1. Découvert par hasard... quoi que je ne crois point au hasard... votre blog me touche. Ce "on" de votre fils, je le ressens si fort moi qui porte un autre exil, celui de la terre algérienne... je sus maman et grand-maman et de façon sereine, j'essaie de transmettre notre algérianité à ma descendance en écrivant des histoires...

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    1. Je découvre votre commentaire qui m'émeut .. Oui, nous sommes rassurés de sentir que nous avons pu transmettre - même tardivement, même incomplètement - un peu de notre attachement à nos racines et surtout, le sentiment d'appartenance. Merci et bonne continuation pour votre propre démarche.

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