samedi 13 avril 2013

"Le combat continue" et "Refuser la loi sur le génocide arménien" - Nikos Lygeros

Pastel "Le Dragon arménien" - Dzovinar
"Il ne suffit pas de pleurer pour souffrir. Il ne suffit pas de souffrir pour mourir. Il ne suffit pas de mourir pour avoir raison. Il faut montrer la barbarie du bourreau. Sinon le crime contre l’humanité n’est qu’un crime."
 Nikos Lygeros

Le combat continue !

Le combat continue ! Tel aurait été le mot d'ordre d'un homme comme Albert Camus, s'il avait pu être témoin du débat en France de la proposition de loi sur la pénalisation de la négation des génocides. Car rien n'est joué encore. Et cette proposition de loi représente bien un acte de résistance par rapport au système de la barbarie, contre lequel il a toujours lutté. Pour ceux qui mélangent tout, Albert Camus est un point de référence afin de ne pas tomber dans l'absurde. Car ici l'absurde constituerait la fin d'un processus. Certains sont capables de défendre les bourreaux et de faire des amalgames, pour justifier leur inaction face à un problème de dignité humaine. Alors qu'il leur suffirait de se demander quelle serait la position d'Albert Camus. S'ils se contentent d'écouter les menaces d'un premier ministre d'un pays qui n'a toujours pas accepté l'existence d'un multiple génocide qui a eu comme victimes des Arméniens, des Assyro-Chaldéens, des Juifs et des Pontiques, alors c'est certain, leur opinion sera nécessairement absurde. Aussi nous ne pouvons pas nous suffire d’un tel positionnement dépourvu de sens, sur le plan des droits de l'Homme. La proposition de loi est cohérente dans le sens où elle complète le processus de la reconnaissance des génocides. De plus, elle met en évidence le fait que ce qui gêne véritablement les états coupables du génocide de la mémoire, ce n'est pas la reconnaissance qui demeure avant tout symbolique mais bien la pénalisation, car seulement cette dernière a un coût réel. De cela, ils en sont bien conscients lorsqu'ils tentent de corrompre ou d'acheter les hommes politiques. La notion d'homme révolté, développée par Albert Camus, est fondamentale pour comprendre les faits qui sont en jeu dans le cadre de cette proposition de loi. La prise de position dans des moments de crise, ou même d'état d'urgence, représente le critère véritable pour juger un homme politique dans son rôle. Et la France, ne serait-ce qu'avec Jean Jaurès, a déjà donné le ton de sa contribution dans la lutte contre les crimes contre l'Humanité, à l'époque où la notion de génocide n'avait pas encore été inventée par Raphaël Lemkin. À présent, les hommes politiques français doivent prendre la relève et monter au créneau pour défendre nos positions sur les droits de l'Homme. Il ne s'agit aucunement de donner des leçons comme l'affirment certains hommes de main de pacotille, mais bien de ne pas oublier les pages de l'histoire même si celles-ci font partie des plus noires. Des hommes comme Albert Camus représentent des signets pour l'humanité. Car malgré les actes d'oubli et d'indifférence, leur esprit est toujours parmi nous pour nous rappeler à l'ordre de la dignité humaine et nous montrer ces pages que certains voudraient nous voir oublier sans préciser que de cette manière nous tuons pour une seconde fois, mais cette fois, de nos propres mains, leur mémoire. Pour ne pas être coupable, c'est facile lorsque nous sommes nés des décennies après le crime, mais c'est difficile de ne pas être un collaborateur des bourreaux, car il est nécessaire cette fois de combattre le génocide de la mémoire. La pénalisation de la négation, c'est justement l'une de nos armes. Voilà pourquoi le combat continue, à la mémoire des victimes en hommage aux Justes du passé.


Albert Camus "Les Justes" - N. Lygeros


Refuser la loi sur le génocide arménien, c'est se placer sous l'influence de la propagande turque

La constitution des hommes n'est pas une vue de l'esprit, pas même une abstraction. Elle correspond à une réalité axiologique aussi elle ne risque pas de craindre des questions de principes. Sa position est claire et elle consiste à défendre les hommes et non pas à servir de prétexte pour défendre les lois. La problématique de la pénalisation de la négation des génocides met en évidence non seulement la couardise et la lâcheté de certains, ce qui était une évidence en raison de l'existence des sociétés de l'oubli mais surtout la volonté de certains de se restreindre dans un cadre juridique qui se place au-dessus des hommes et de leurs droits. Certaines personnes agissent comme si elles étaient au-dessus des lois humaines alors qu'elles sont censées les représenter et les protéger.
Nous avons pu constater à l'aide des motions de censure et des amendements combien de personnes ne se préoccupent pas des droits fondamentaux des hommes de toute origine. Cette attitude n'est pas seulement inadmissible sur le plan démocratique mais elle est insupportable sur le plan humain. Sans accuser personne d'être influencé ou même soudoyé, nous voulons affirmer clairement notre indignation en tant que défenseur des droits de l'homme.
Le projet de loi sur la pénalisation de la négation n'est pas illégal. Il représente bien un processus existant dans des pays comme la Suisse et la Slovaquie en Europe mais aussi l'Argentine et l'Uruguay en Amérique du Sud. Il ne s'agit donc pas d'une première à proprement parler. Et dans le cas particulier de la Suisse, nous savons ce qu'il est advenu au moment de la condamnation et de l'efficacité de cette dernière puisque la négation officielle a complètement disparu dans ce pays. Aussi considérer cette loi comme un risque majeur de conflit entre la France et la Turquie c'est simplement la répétition des arguments du système turc qui se doit de menacer de la sorte pour justifier l'ensemble de sa diplomatie sur les affaires étrangères. Il s'agit donc d'un subterfuge qui, sous couvert de constitutionnalité, agit sous l'influence du dogme et de la propagande turques.
Ces arguments fallacieux ne trompent personne comme vient de le démontrer la décision récente du conseil de l'Europe avec sa résolution sur la nécessité pour la Turquie de reconnaître le multiple génocide à l'encontre des Arméniens, des Assyro-Chaldéens et des Pontiques. Nous voyons que le vent tourne dans ce domaine car de plus en plus de pays considèrent qu'il est inadmissible de la part de la Turquie de ne pas reconnaître ces faits du passé.
Plus concrètement, il s'agit pour ce pays de prendre du recul et d’accepter des faits historiques. Sinon il risque d'être accusé de négationnisme actif. En effet, personne n'accuse la Turquie actuelle d'avoir commis ou de commettre un génocide. Cependant si la Turquie continue à l'heure actuelle d’influencer des sénateurs et des parlementaires d’autres pays pour promouvoir indirectement le négationnisme, alors elle risque ouvertement d’être accusée de commettre un génocide de la mémoire. Quant à ses défenseurs de tous bords, ils risquent eux aussi sinon d'être considérés comme des bourreaux de la mémoire, au moins d’être des collaborateurs de ce crime contre la mémoire de l'Humanité.

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