samedi 27 avril 2013

Les contes arméniens - 2




Les légendes des temps passés

Il y a beau temps, quand la terre était encore plate, en Arménie les gens croyaient en la toute-puissance de la nature. Ils avaient peur des éléments de la nature et créaient des divinités à leur image. Mais la puissance des divinités païennes diminuait à mesure que l’humanité progressait. Leur temps est parti sans retour, disparaissant dans le gouffre de l’histoire. Il en reste seulement des mythes et des légendes associés à ces forces redoutables de la nature. Parmi toutes ces forces l’Eau était le début de tout début, la source de la vie et de l’amour.

Le collier de Sémiramis

Il y a beaucoup de légendes liées aux trois grands lacs de l’antique royaume d’Arménie, Sevan, Ourmia et Van. L’une des plus belles légendes porte sur l’impératrice d’Assyrie, Sémiramis. C’était une femme capricieuse. Ayant assassiné son mari, le roi Ninos, elle est devenue la reine autocrate du pays, ce qui était un phénomène extrêmement rare dans l’Orient Antique. Selon l’une des hypothèses, c’est pour elle que le roi de Babylone Nabuchodonosor II construisit les jardins suspendus, l’une des sept merveilles du monde. Mais il y avait une chose pour laquelle Sémiramis était prête à renoncer à son trône. Elle aimait passionnément Ara le Bel, le roi d’Arménie. 
Les ambassadeurs assyriens lui ont transmis les symboles du pouvoir, la couronne, le sceptre et l’épée avec le message de Sémiramis : « Viens, possède-moi et mon pays ! » Ayant mis le collier le plus cher avec de perles roses en sept rangs, qui, paraît-il, avait une force magique, Sémiramis se préparait déjà à la rencontre avec le roi, mais elle a reçu un refus humiliant. Furieuse, l’impératrice a commencé une guerre contre l’Arménie, ordonnant aux commandants de prendre vivant son offenseur. Mais à son horreur, Ara le Bel est mort sur le champ de bataille. Accablée de chagrin, Sémiramis est revenue en Assyrie, mais là-bas elle était attendue par des traîtres, qui l’avaient détrônée pendant qu’elle s’absentait du pays. Elle s’est enfuie en Arménie, mais aux environs du lac de Van, où elle s’était arrêtée pour se reposer, elle a été rattrapée par ses persécuteurs. Afin de ne pas tomber dans les mains des ennemies, Sémiramis a arraché de son cou le collier miraculeux et l’a jeté dans les eaux de Van. L’eau a absorbé la force vivifiante de l’impératrice et elle s’est transformée en statue de pierre. Depuis lors, l’eau du lac possède une force vivifiante ; les habitants de la ville de Van chantent encore des odes en l’honneur de la reine, qui a donné sa puissance à l’eau.

L’eau de l’amour

En Arménie païenne Astghik , la fille de la déesse-mère Anahit, était la déesse de l’eau,. Elle était la bien-aimée du dieu du feu, Vahagn. Les Arméniens appelaient son temple situé à Achtichat chambre de Vahagn. Le dieu du feu y venait voir sa bien-aimée, et le fruit de l’union du feu et de l’eau était la pluie bénéfique. La fiancée du feu surpassait en beauté toutes les femmes sur la terre et dans les cieux ; tous les jeunes hommes le connaissaient. Ils savaient aussi que la nuit, quand le soleil se couchait et la terre se couvrait d’un voile noir, Astghik allait se baigner dans les eaux sacrées de l’Euphrate. Charmés par les récits de la beauté de la déesse, les jeunes allumaient des feux sur les rochers environnants pour contempler la belle Astghik à leur lumière. Mais la déesse faisait descendre autour d’elle un rideau de brume imperméable aux regards curieux.
L’une des fêtes arméniennes les plus populaires, « Vardavar », est associée à la déesse Astghik. Selon l’une des versions, le nom de la fête provient du mot « vard » (rose) et signifie « parsemer de roses ». Mais pourquoi la fête de l’eau portait-elle le nom de la rose ? Selon la légende, Yahvan, le dieu méchant du royaume souterrain, qui avait été chassé du ciel pour avoir diffamé Vahagn, avait gardé rancune et cherchait une bonne occasion pour se venger contre lui. Apprenant de la charmante bien-aimée du Dieu du feu, il l’a enlevée et l’a enfermée en sous-sol. Alors, l’amour a disparu des cœurs des gens, et les ténèbres se sont établies. Mais le courageux Vahagn a trouvé la cachette de Yahvan, l’a abattu et a sauvé sa bien-aimée. Etant revenu sur terre, Astghik s’est mise à offrir aux gens des roses, en les arrosant de l’eau de rose ainsi faisant renaître l’amour. Depuis ce temps, tous les étés, quand les roses fleurissaient, les Arméniens les portaient au temple d’Astghik et s’aspergeaient d’eau, car l’eau symbolisait l’amour.

Sur la terre et dans les cieux

Dans les légendes relativement récentes, on trouve le prénom d’une autre femme, associé à l’élément de l’eau, Tsovinar*. Ce nom provient du mot « tsov » (mer) et signifie « marin ». Dans l’épopée « Sasna tsrer » (« Les tordus de Sassoun ») on parle de la fille du roi Gaguik, la belle Tsovinar, pour la main de qui le calife du Bagdad ennemi promettait d’arrêter les invasions sur le territoire de l’Arménie. Pour sauver le peuple du joug étranger, Tsovinar a accepté d’être sa femme, à condition que le calife ne la touche pas pendant un an. Elle ne souhaitait pas avoir des enfants d’un mari hétérodoxe. Ayant bu deux poignées d’eau d’une source magique, elle est tombée enceinte et a accouché des jumeaux, Sanasar et Baghdasar.
Le calife haïssait les frères et a voulu les tuer à plusieurs reprises, mais la reine a réussi à protéger ses enfants. Sanasar et Baghdasar ont grandi et sont devenu des preux vigoureux. Ils ont tué le calife est sont revenus avec leur mère en Arménie. L’histoire de Tsovinar s’entr’appelle avec le mythe de la Grèce Antique sur Libye, fille d’Epaphos et de Memphis qui fut aimé par Poséidon, dieu des mers, de qui elle eut les jumeaux Bélos, futur roi d’Egypte, et Agénor, roi de Tyr en Phénicie.
Selon une autre légende, Tsovinar n’était pas du tout une femme terrestre, elle était la maîtresse capricieuse de la tempête. Jouant dans les nuages, elle changeait le temps selon l’humeur, envoyant sur la terre tantôt des pluies vivifiantes, tantôt des grêles destructives. Chaque année, quand la sécheresse dévastait la terre, les enfants fabriquaient une poupée au nom de Nouri représentant Tsovinar et la portaient de maison en maison à travers le village et chantaient des chants rituels, par lesquels ils lui demandaient de persuader la déesse de leur envoyer des pluies pour qu’en automne la récolte fût abondante.

 * Tzovinar ou Dzovinar (en arménien occidental)

Tuer le dragon

Pendant l’orage, provoqué par Tsovinar, d’autres créatures mythiques s’agitaient. Ainsi, les « vichap » (les dragons) habitant au ciel, se changeaient de place avec d’autres « vichap » habitant dans les lacs et dans les montagnes, soulevant des tempêtes violentes du battement de leurs ailes. Au temps du paganisme précoce ces créatures étaient considérées comme des gardes de l’eau. Des menhirs, stèles verticales représentant les «vichaps » étaient érigées à proximité des sources. On croyait qu’en cas du danger ils se ranimaient et protégeaient l’eau. Cependant, avec le temps l’image du dragon-gardien s’est transformée dans la conscience des Arméniens en image du monstre qui buvait toute l’eau de la source. Et seulement quand les paysans lui sacrifiaient des jeunes filles, le « vichap » ouvrait la gueule, l’eau en coulait et les gens irriguaient la terre. Mais cela n’a pas duré longtemps. Le dieu intrépide Vahagn est venu en aide. Il a abattu le dragon et pour cela il a été surnommé « vichapaqagh » (vainqueur de dragons). Et pendant longtemps, quand il faisait des tempêtes terribles sur le lac de Van, les gens disaient que c’était Vahagn qui était entré au combat avec le dragon.

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