jeudi 16 mai 2013

La légende de ARA et SEMIRAMIS (Jacqueline-Siranouche Markarian) - 3


        La légende de ARA et SEMIRAMIS


Sémiramis,  reine d'Assyrie, se réveilla un matin avec un sourire sur les lèvres quoique regrettant d'avoir ouvert les yeux. En effet, son réveil avait interrompu un rêve agréable.........

Elle se trouvait dans un jardin féérique, seule, enfin débarrassée de ses courtisans et de leurs intrigues. Elle se déplaçait avec ravissement parmi les fleurs multicolores, lorsqu'une force mystérieuse la poussa vers un bosquet. Et c'est là qu'elle aperçut un beau jeune homme au regard captivant, à la taille élancée, d'où émanait la force  ... Son cœur se mit à battre la chamade...

-Qui es-tu? lui demanda-t-elle en s'immobilisant devant lui.

 -Je suis Ara, prince d'Arménie.

 -Tu me plais beaucoup, viens avec moi, proposa Sémiramis en étendant son bras vers lui.


Ara ouvrait la bouche pour répondre, quand Sémiramis se réveilla.


Ce matin-là, la reine paressa dans son lit moelleux. Les questions d’État pouvaient attendre. Elle se fit apporter un miroir et examina minutieusement son visage. Elle était jeune. Des cheveux ondoyants d'un noir d'ébène couvraient ses épaules magnifiques. Ses yeux brillaient d'un éclat particulier. Un nez droit, des lèvres écarlates en forme de cœur, un cou de cygne, un corps de déesse complétaient le tableau.

Oui, elle était belle! Ainsi gâtée par la nature et par la vie, elle avait développé un caractère autoritaire, surtout depuis la mort du roi son mari, qui lui avait confié le trône de la toute puissante Assyrie. Elle exigeait d'être obéie sur le champ, qu'il s'agisse des affaires du royaume ou de ses affaires de cœur.


Ce matin-là, donc, elle n'avait nulle envie de penser aux problèmes politiques. Elle se trouvait encore sous le charme de son rêve et du regard d'Ara. Elle fit venir son scribe et lui ordonna de rédiger une invitation adressée à ce prince lointain, brûlant déjà d'impatience d'en connaître la réponse .


Ara était un homme heureux. Son peuple l'adorait en raison de sa bonté, mais aussi de sa force et de sa beauté et l'avait affectueusement surnommé Ara le Bel. Marié à une femme qu'il aimait et qui le lui rendait bien, leur ménage offrait l'image parfaite du bonheur conjugal, de la loyauté absolue.


Grands furent son étonnement et son indignation quand il reçut la lettre de Sémiramis et en comprit la teneur véritable. "Viens auprès de moi, disait la missive. Tu ne le regretteras pas. Je te rendrai heureux et te couvrirai de présents".


L'effet de sa colère apaisée, Ara relut la lettre et arriva à la conclusion que cette Sémiramis, dont on vantait l'intelligence en même temps que la beauté, n'avait pas un esprit aussi brillant qu'on le disait. Il se rendit auprès de sa femme, la douce Nevart, pour lui demander conseil. -"Il faut trouver le moyen de ne pas céder au caprice de Sémiramis, sans pourtant la vexer" conseilla Nevart avec sagesse. "Inutile de blesser l'amour-propre de la reine d'un pays si puissant". Ara répondit donc par une lettre aux termes polis et modérés, mais qui n'en déclinait pas moins l'invitation insensée.


Au reçu de cette réponse, la fureur de Sémiramis se déchaîna. Ara refusait son invitation ! Il faisait semblant de ne pas comprendre son appel pressant ! De plus, il se moquait d'elle, en lui promettant d'aller présenter ses hommages lors d'une prochaine occasion accompagné de... sa femme Nevart ! Une telle insolence méritait punition ! 


Sémiramis ordonna donc à ses généraux d'organiser une expédition militaire pour capturer Ara et le lui ramener pieds et poings liés. -N'oubliez pas que je le veux vivant, recommanda-t-elle à plusieurs reprises. Et maintenant allez ! 

L'armée assyrienne se mit en marche vers l'Arménie. Ara, dans sa candeur, n'avait pu imaginer que le courroux d'une reine offensée prendrait de telles proportions. Maintenant, les dés étaient jetés. L'armée assyrienne approchait. Il se devait de réagir. Il réunit donc son armée et se tint prêt pour la bataille.

Du côté assyrien, chaque soldat avait été prévenu qu'il ne fallait pas tuer Ara, ni même le blesser. Mais lui ne connaissait évidemment pas les consignes. A la tête de ses hommes, il se jeta donc dans la mêlée quand les deux armées se retrouvèrent face à face. La bataille faisait rage depuis plusieurs heures déjà, quand une lance aveugle perça le corps d'Ara, qui tomba inanimé. Les généraux assyriens, tremblant à l'idée de la colère de leur reine, ordonnèrent à leurs hommes de se retirer.

Le champ de bataille fut abandonné aux morts et aux blessés. Déguisée en homme, Sémiramis avait suivi les péripéties de la bataille à l'insu de ses généraux. Elle vit de ses propres yeux la chute de l'homme qu'elle aimait. Elle se précipita sur son cadavre ; ses lamentations furent si violentes qu'elles envahirent toute la plaine.

Les généraux assyriens, reconnaissant la voix de leur reine, revinrent auprès d'elle et, tête baissée, attendirent son verdict. Soudain elle se tut. Elle avait eut une idée. Le regard illuminé par l'espoir, elle ordonna à ses hommes de transporter le corps inerte d'Ara sur les remparts de la forteresse voisine.

Dans la religion païenne, il existe des dieux spécifiques pour chaque occasion. Les païens croyaient en ces temps-là, que si le corps d'un brave, tué sur le champ de bataille, était exposé en un lieu élevé, les dieux Haralèz venaient la nuit et le ranimaient  en léchant ses blessures.

Semiramis regarde fixement le cadavre d'Ara le Beau (peinture par Vardkes Sureniants)

C'est cet espoir qui avait quelque peu apaisé Sémiramis. Le corps d'Ara fut donc transporté sur les remparts d'une forteresse, où il fut exposé en attendant la bienveillante intervention des dieux Haralèz. Ce qu'on raconte sur la suite des événements est assez contradictoire.

Les uns affirment que les dieux Haralèz ne justifièrent pas leur réputation.
Ara demeura inanimé et on finit par l'enterrer.

Les autres prétendent, qu'au contraire, les Haralèz eurent pitié de la douleur de Sémiramis et, éblouis par la beauté virile d'Ara, décidèrent d'accomplir leur tâche. Ils léchèrent les blessures pendant trois nuits consécutives et ranimèrent Ara, après avoir extorqué de Sémiramis la promesse solennelle qu'elle renoncerait à lui... Ces événements avaient eu lieu dans la région de Van dont les habitants  racontent encore de nos jours l'histoire d'Ara; ils montrent aux visiteurs les ruines de la forteresse, sur les remparts de laquelle avait été exposé le corps de ce prince. Sa loyauté envers sa femme est devenue pour les Arméniens le symbole de la fidélité conjugale. 

 NOTE wikipedia :
Aramu ou Arame est roi d'URARTU de 855 à 840 av.JC.  Il est considéré comme le fondateur du royaume d'Urartu, dont la première capitale est Arzashkun, au nord-est du LAC DE SEVAN. Le roi Sarduri lui succède.
Le souvenir de ce roi urartéen aurait notamment inspiré le personnage d'Ara le Beau de la tradition arménienne
Ara le Beau (en arménien Արա Գեղեցիկ) est un héros arménien légendaire. Il est célèbre pour l'aventure qui l'a opposé à la reine assyrienne Sémiramis (en arménien ՇամիրամChamiram). Ara le Beau est le fils d'Aram, donc le petit-fils de Haïk, père de tous les Arméniens, et le père de Kardos.
Il est parfois associé au roi urartéen Arame qui vécut au IXe siècle av. J.-C..

LA LÉGENDE DU PRINCE ARTAVASD 

  
Vers l'an 120 après Jésus Christ.
  Le Roi Artashes II, qui régnait en Arménie, était très aimé et respecté de son peuple.
 Les chanteurs de Ghogtan disent à son sujet, que lorsque le Roi fut mourant, le peuple désespéré le pleura, et  beaucoup  se donnèrent la mort, selon les coutumes des païens de cette époque. 
 Le Prince héritier Artavasd (son fils), irrité et  jaloux par toutes ces marques d'honneurs pour son père, lui fit part de son amertume :
 " -Comment vais-je pouvoir régner sur les ruines que tu me laisses ; tu emportes avec toi tout le pays entier !!" 
Son père, furieux de la réaction de son fils, le maudit et lui jeta un sort :
 "Quand tu iras à la chasse, vers le libre Mont Massis* (*Ararat), *Que les "Kajdk"* (*les esprits des montagnes) t'enlèvent et te conduisent vers lui, et que tu y restes, dans les ténèbres éternelles"
...........................
  A la mort du Roi,  tout son peuple accablé de chagrin lui fit des funérailles grandioses.
Certains de ses serviteurs et de ses concubines se donnèrent la mort.
 Après les funérailles du Roi Artashes, le Prince héritier Artavasd persuadé qu'il ne pouvait plus régner sur le territoire de son père tant aimé , conduisit ses frères et sœurs sur les terres de Aghyovd et Arberan.

Quelques années passèrent et le Prince Artavasd, comme à l'accoutumé,  se rendit à la chasse pour traquer le chevreuil et les ânes sauvages sur les rives de la Ghin.
 Alors qu'il se trouvait sur le pont de Artashat, il fut prit soudain d' une panique terrifiante qui lui fit perdre la raison...  Son cheval s'emballa vers une pente raide, et le Prince disparut à jamais dans un gouffre.....
  
Des légendes circulent encore, selon lesquelles le prince enchaîné serait enfermé dans une caverne  et que ses deux chiens rongent les chaines pour le libérer, mais celles-ci se renforcent au fur et à mesure......
  
La légende est si tenace de nos jours, que de nombreux forgerons  frappent l'enclume trois ou quatre fois le lundi, afin de renforcer, comme ils disent, les chaînes de Artavasd....
D'autres  disent qu'à sa naissance, le Prince Artashes avait été ensorcelé ... ou encore qu'un dragon avait volé le bébé Artavasd et qu'il fut remplacé par un diable ....
  
Jacqueline Siranouche Markarian
(Légende inspirée de histoire de l'Arménie, écrite par Moïse de Khorene,
sources complémentaires : "les anciennes croyances arméniennes" (Avetis Aharonian))
  
Borne frontière de Artashes - IIIème siècle avant JC, trouvée près du lac Sevan, Erevan, Musée historique d'Etat. (Photo Dickran Kouymjian)

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