samedi 5 octobre 2013

Livres d'Arménie (Bibliothèque nationale de France)

http://www.bnf.fr/documents/cp_livres_armeniens.pdf

Livres d'Arménie
Collection de la
Bibliothèque nationale de France

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Carte des principaux lieux géographiques cités



Lorsque la France, en 2007, organisa magnifiquement, il faut le dire, conférences, expositions, événements autour du thème "Arménie mon amie", je mis à profit cette occasion exceptionnelle pour aller à la découverte des trésors insoupçonnés que la France possédait dans ses propres cartons !
Je pense notamment aux incroyables livres et parchemins qu'elle détenait dans les archives de la Bibliothèque Nationale, depuis des décennies, sans même que nous puissions l'imaginer.
Je ne saurais vous dire l'émotion avec laquelle j'allai à la  rencontre de parchemins, enluminures, bibles surgis de ces temps où l'imprimerie arménienne produisait abondamment livres et documents avec l'usage d'un art consommé de l'enluminure ...


Traduction du missel romain
pour le rite dominicain. Ce premier manuscrit arménien entré dans les collections royales, relié superbement quelques années plus tard aux armes d'Henri II, a, selon toute vraisemblance, été rapporté de Venise sous François Ier. Copié à Bologne au XIVe siècle  par le moine Polos Arakeltsi à l'usage des premières communautés catholiques d'Arménie et des monastères arméniens d'Italie, il avait été vu à Venise en 1434. Il fut présenté à l'évêque Oskan Erevantsi en 1669 après son entrevue avec Louis XIV, comme l'atteste une note au début du livre.*Bologne, 1381. 



Lettre des notables arméniens à Louis XIV.
Adressée au monarque français, cette lettre signée par les principaux notables de Nor Djugha, faubourg arménien d'Ispahan, est en fait une profession de foi. *Ispahan 1er décembre 1671 - Papier rouleau 100 x 36,5 cm- Don en 1709.


Nersès Lambronatsi (1153-1198),Vartan Areveltsi(vers 1198-1271) - Commentaires des Saintes Ecritures.
Né en Cilicie, archevêque de Tarse en 1176, Nersés de Lambron est à la fois l'un des plus grands écrivains arméniens et l'avocat zélé de l'union des églises latine et arménienne. Poète et prosateur, on lui doit de nombreux commentaires des livres bibliques ainsi que des traductions patristiques à partir du grec, du copte et du syriaque. *Constantinople (?) XVIIe siècle - provient de la mission Sevin en 1730 - Papier 29,5 x 21 cm.



Grammaire abrégée écrite en français à Constantinople en 1730 par un Arménien, Paul Eremita (ou Hérémia), à la sollicitation de l'abbé Sevin, puis envoyée à la Bibliothèque du roi an 1731.*(Papier 142 p. 34,5 x 21,5 cm)


Ce délicat manuscrit copié en écriture minuscule "notrgir" reprend l'un des nombreux commentaires religieux de Nersés de Lambron. Les douze "petits" prophètes de l'Ancien Testament sont représentés sur la miniature d'ouverture encadrant la Vierge portant l'Enfant Jésus. De rares décors, mais d'une extrême finesse, ponctuent les pages.
*Lieu (?) - XVIIIe siècle.
Papier occidental -18,5 x 13,5 cm - Acquis en 1882.




















Psautier. Copié par un scribe nommé Vartanés, pour un certain Petros (Bedros). D'une facture naïve mais touchante, la miniature représente le roi David, traditionnel auteur des psaumes. La main sortant en haut à droite d'un nuage gris symbolise l'inspiration divine.* Lieu (?) - 1644 -  Parchemin et papier 9,5 x 7 cm - don en 1867.  



Des six jours de la création.
Mort en 1333, Barthélémy de Bologne, archevêque dominicain de Maragha, fut l'une des grandes figures du milieu "uniteur" arménien prônant le rapprochement avec l'Occident catholique. C'est à son instigation qu'un ordre des frères "uniteurs" arméniens fut installé en 1330 au Nakhidjevan, dont le siège se trouvait au monastère de K'rna, et qui perdura jusqu'au XVIIIe s.
Durant les années qui suivirent sa création, des dizaines d'oeuvres tirées uniquement de la tradition médiévale latine furent traduites, s'opposant à la littérature arménienne classique basée sur des traditions hellénistiques.
Faisant face à un frontispice enluminé de couleurs vives, une miniature, sans doute inspirée par l'art occidental, évoque le paradis terrestre.
*Eglise Notre-Dame de K'rni (Nakhidjevan) - vers 1670- 1680 - Papier occidental - 26 x 18,5 cm - Acquis en 1847.



Roman d'Alexandre
Le récit fabuleux des exploits réels ou fictifs d'Alexandre le Grand, l'une des rares oeuvres abondamment illustrées, connut en Arménie un engouement exceptionnel. Dans l'adaptation qu'il fait du "Roman d'Alexandre"  Kkatshatur Ketsaretsi (vers 1260-1331) ajoute à chacun des cent chapitres des pièces en vers, les "kafa". Copié par un scribe nommé Toros, le manuscrit riche de cent vingt cinq miniatures, s'ouvre avec le portrait du conquérant sur son blanc destrier.
Les deux miniatures montrent comment les chevaux des troupes d'Alexandre font fuir les éléphants de l'armée de Poros, roi des Indes, en se jetant sur eux.
*Nord de l'Arménie ou Ispahan, vers 1646 - Papier occidental - 21 x 14,5 cm - Acquis en 1886.



Lectionnaire
Caractéristique de la province du Vaspurakan, ce lectionnaire, arrivé sans reliure et incomplet à la Bibliothèque, a probablement été enluminé par Tserun (actif dans la ville de Vostan à la fin du XIVe siècle). Reproduite ici avec la belle page enluminée qui lui fait face, cette miniature évoque la Pentecôte. Dans un cadre délimité en haut par trois arcs surmontés chacun d'un clocheton, une colombe noire symbolise la descente du Saint-Esprit sur les apôtres au Cénacle. *VJostan (Lac de Van), vers 1390-1412 - Papier oriental - 34,5 x 26 cm - Don en 1955.

Tétraévangile
Actif au Vaspurakan entre 1432 et 1483, le peintre Minas, l'un des artistes les plus prolifiques de son temps, enlumina plus d'une trentaine de manuscrits. Son style luxueux qui utilise l'or et de nombreux pigments forme une véritable école locale et se démarque notablement des manuscrits de facture plus populaire peints dans cette région. Outre les habituels décors marginaux - ici de délicats oiseaux - chaque frontispice développe une composition géométrique différente. La miniature reproduite met en scène l'Ascension : le  Christ se détache sur un fond mauve, en dessous Marie d'une taille inhabituelle occupe la place centrale entre les apôtres. *Ile Monastère de Ktuc (Lac de Van) - 1456 - Parchemin 20,5 x 15 cm. Acquis en 1899.





Evangile
Sur l'une des deux pages exposées : à gauche, l'entrée du Christ à Jérusalem. Une légende précise le titre de la scène en syriaque et en arménien, "le dimanche des Rameaux". *Sürt, Khizan (sud-ouest du lac de Van) - XVe siècle. Acquis en 1909.




 Tétraévangile

...Réalisé sans doute à Constantinople par un scribe inconnu, cet évangile caractéristique de la production tardive, reprend des motifs ornementaux des siècles précédents. Venus de la tradition occidentale, les singes portant des cierges allumés représentent l'Eglise du Christ, tandis que les hérons renvoient traditionnellement aux apôtres, "pêcheurs des hommes" selon le Christ. * Constantinople (?) - XVI-XVIIe siècle - Parchemin 14 x 10 cm. Entré avant 1739.



 Tétraévangile
L'épisode du Baptême, met en scène Jean Baptiste imposant les mains sur le front de Jésus, immergé jusqu'aux genoux dans l'eau du Jourdain.  
Copié au célèbre scriptorium du Monastère Surp Gamaghiêl au sud-ouest du lac de Van, ce manuscrit dû au copiste-miniaturiste Yovhannès, est caractéristique du style du Vaspurakan, et particulièrement de celui des ateliers proches de Khizan. La richesse des fresques et des sculptures de l'église d'Aghtamar, construite sur une île du lac de Van au Xe siècle, a sans doute largement inspiré les peintres de la région.






La nativité sur trois registres: 
registre supérieur les anges, celui du centre délimité par des contours désignant la crèche, montre Marie allongée entre le boeuf et l'âne, l'Enfant à ses côtés ; celui du bas figure Joseph recevant les Rois Mages. 









 Evocation des miracles de Jésus. La guérison du paralytique, en bas la résurrection du fils de la veuve  






*Khizan 1335 - Papier 24,5 x 17,5 cm - Acheté en 1934.



Réalisé dans le Vaspurakan 
Vie du Christ
* Monastère de la Sainte-Croix et de la Sainte Lance.
Aghtamar, 1430. Papier - 27,5 x 20 cm.



 La fabrication d'un manuscrit arménien.

Bien que cette connaissance ne repose que sur des fragments datables des Ve-VIIe siècles, on suppose que les premiers livres arméniens se sont inspirés de modèles grecs et syriaques qui, durant plusieurs décennies, ont constitué le seul accès aux Ecritures avant l'invention d'un alphabet permettant leur traduction. Dès l'apparition de l'alphabet en Arménie au Ve siècle, il émerge très vite un art du livre spécifiquement arménien et, lorsqu'apparaissent au XVIe siècle les premiers imprimés, la tradition du livre manuscrit continue néanmoins à se perpétuer jusqu'au XVIIIe, voire jusqu'au XIXe siècle.
Délaissant le rouleau de l'Antiquité grecque, le christianisme a adopté le codex composé d'une suite de feuilles pliées en deux et cousues en cahiers, réservant le rouleau, dans un usage très tardif, aux amulettes et aux phylactères. On écrivit d'abord sur du parchemin puis sur du papier - le parchemin continuant d'être utilisé pour des copies précieuses jusqu'au XVIIe siècle.
Traditionnellement inventé en Chine vers le IIe siècle et diffusé à l'ouest par les Arabes, le papier s'était répandu rapidement dans tout le bassin méditerranéen. Des papiers fabriqués exclusivement à base de coton sont attestés dès 960 en Arménie mais, selon des indications trouvées dans des colophons, on continue à en importer de Tabriz ou de Damas, principaux centres de fabrication du monde islamique. Plus tardivement, on utilise du papier occidental filigrané. Quelle que soit son origine, le papier est encollé par trempage ou au pinceau puis poli et, afin de ne pas absorber l'encre, lissé pour donner une surface brillante.


  
Tétraévangile
Copié au XVe siècle par un scribe nommé Sirun dpir, ce volume offre un parfait exemple des reliures arméniennes traditionnelles très présentes dans les collections de la Bibliothèque. C'est sur le plat supérieur que se trouve le motif le plus caractéristique, une croix décorée d'une tresse d'entrelacs posée sur un socle à degrés, tandis que sur le plat inférieur se détache un rectangle rempli de motifs entrelacés dont la signification reste incertaine.
*Lieu (?), XVe siècle. Papier oriental - 24,5 x 16,5 cm - Acquis en 1882.


  
Tropologion
offert par Oskan Erevantsi à Louis XIV
Contrairement aux textes profanes, les livres religieux, psautiers, tropologion, bibles et bréviaires étaient largement illustrés.
Les superbes tranches dorées à l'or fin de ce volume, gravées et peintes en polychromie, montrent sur leurs tranches supérieure et inférieure, la Vierge à l'Enfant et la Crucifixion, et sur la tranche centrale sainte Véronique déployant le saint suaire. Selon Frédéric Macler, ce ne serait pas la représentation de la Vierge mais celle de la reine légendaire Pétronice, femme de l'empereur romain Claude, qui, selon la légende, aurait découvert la vraie Croix.
*Oskan Erevantsi et Karapet Andrianatsi (éditeurs) Amsterdam. imp. Surp Etchmiadzine et Surp Sarkis Zoravar, 1884.

(Sources "Livres d'Arménie" - Collection de la Bibliothèque nationale de France - ouvrage réalisé avec le soutien financier de la Fondation Calouste Gulbenkian)



Feutres - Enluminures arméniennes - Dzovinar

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