mercredi 5 mars 2014

Poèmes (2008 - 2009 - suite)


Si tu poses ta main sur ses yeux
pour cacher ce qu'ils disent ...
- non, il ne faut pas
Si tu poses ta main sur sa bouche
pour enfermer ses mots ...
- non, c'est impossible
refusant de voir et d'entendre l'aveu
 - offrande de joies ineffables -
dont ton être plein de fièvre s'émeut,
 alors sonnera de tes espérances le deuil
car son coeur las, blessé,
cherchant asile, trouvant accueil
ne battra plus pour toi.

*****
Ces jours où règne la mélancolie
elle s'assoit au piano et sans attendre
ses doigts courent et trouvent aussitôt
le chemin des airs qu'elle jouait là-bas,
en Arménie ..
Et sa voix jaillit vibrante d'émotion
se mêle à celle du piano ; son chant
parle d'amour blessé, de passion vaine,
d'oubli, de regret, de peine ...
Elle me regarde et son regard m'entraîne
dans les sentiers des souvenirs passés ;
alors le charme agit, nous unit et,
moi aussi, je me mets à chanter.
Moment unique et miraculeux
laissant le coeur moins lourd,
plus clairs les yeux,
dont on sort, somme toute,
presque heureux.

*****
Jour livide à la fenêtre
heures creuses à l'horloge
rien ne trouble le mortel ennui
suivi de son morne cortège.
Patiente, en attente du signe,
immobile, en alerte,
une petite lueur résiste.
Privée du souffle créateur,
son moteur, sa raison d'être,
elle faiblit, elle va disparaître ...
Rayon de vie, de joie ...
Soleil ! Montre-toi !

*****
A cette heure
qui n'est plus la nuit,
pas encore le jour,
regard levé vers toi,
étoile qui luit
- un peu pour moi aussi -
je me demande
ce que sera
le jour qui vient.
Je n'attends rien
mais je veux tout.
Un regard, un sourire
de qui j'aime déjà,
de qui je ne sais rien,
surprises que la vie sème
parfois pour nous ravir :
imprévu, inconnu, hasard,
nouveaux élans 
que l'on espère,
souffles qui régénèrent ...
Demain, sûrement.

*****

J'attends ton dernier baiser
comme l'adieu que l'on destine
à une vie de souvenirs,
aux surprises, bulles évanouies,
aux bonheurs mêlés de sanglots,
aux regrets voilés de tendresse,
aux matins légers comme zéphir,
aux nuits couleur de passion,
aux griseries, aux douleurs,
aux sourires, aux pleurs...
Adieu de la fin d'un jour
pour que naisse 
le matin nouveau.
Je te confie ma vie, ô hasard !
Mène-là, là où il faut ! 

*****
 *****


Il tient dans ses bras
un frère, un fils.
Secoué de sanglots,
son corps offre l'image
d'un insupportable désespoir.
Pourquoi ? supplie le visage
couvert de sang de cette femme
à l'hiver de sa vie, pourquoi ?
Qu'ai-je fait que je n'aurais dû faire ?
De quelle faute suis-je donc punie ?
Tourments sans réponse,
poison d'une culpabilité
que la violence humaine engendre,
qu'elle distille dans le coeur des innocents.
Le monde évolue et rien ne change.

*****

A quoi levons-nous nos verres
à la connerie humaine
qui ne cesse de s'exprimer ...
Encore des guerres,
encore des luttes ...
C'est pour vous que je bois mes larmes ...
malheureux humains
que l'horreur poursuit.
 Je bois mes larmes
... que puis-je faire d'autre ...

*****

Faut-il être frappé d'amnésie
Devenir aveugle et sourd
pour garder intact le goût de vivre
quand tout donne l'envie de mourir ?
Le désespoir ne tue pas toujours
tant la vie, misérable pourtant,
est chevillée au corps !
Mais la main de l'homme peut sans faiblir
détruire de l'autre son droit sacré.
Le courage de lutter semble vain
quand l'horizon chaque jour est plus sombre
quand l'espoir de justice et de paix
pèse si peu dans le  plateau de la balance
que régit notre monde.
Nous jouissons émerveillés de son apparence trompeuse, de sa beauté,
nous aimons ses créatures
 que peintres et poètes subliment, exaltent.
Pourrons-nous un jour
en anéantir les prédateurs
et rendre à l'existence sa raison d'être ? 


*****
*****

2 commentaires:

  1. Bonjour,
    Ce poème "résonne" ... le désespoir peut-il ne pas tuer, au propre, au figuré ? Cependant, ce qui m'a le plus touchée est un de vos commentaires sur le blog de Denis Donikian à propos des noms arméniens "turcquicisés" si on peut dire... Coupée de toute famille paternelle (arménienne donc), j'avais appris que ce nom était formé d'une racine turque, avec sa signification approximative lourde à porter (souffrance, douleur, maladie ? fille de... ) mais j'ignorais que ces noms pouvaient avoir été donné par les turcs. Pourrions nous en parler davantage ? Catherine , un email cth.sand@gmail.com

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  2. Bonjour,
    Ce poème "résonne" ... le désespoir peut-il ne pas tuer, au propre, au figuré ? Cependant, ce qui m'a le plus touchée est un de vos commentaires sur le blog de Denis Donikian à propos des noms arméniens "turcquicisés" si on peut dire... Coupée de toute famille paternelle (arménienne donc), j'avais appris que ce nom était formé d'une racine turque, avec sa signification approximative lourde à porter (souffrance, douleur, maladie ? fille de... ) mais j'ignorais que ces noms pouvaient avoir été donné par les turcs. Pourrions nous en parler davantage ? Catherine , un email cth.sand@gmail.com

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