samedi 26 juillet 2014

"Vivre en écriture" - Denis Donikian

Denis Donikian - 4 avril 2013 - "VIVRE EN ECRITURE"

http://denisdonikian.wordpress.com/category/vivre-en-ecriture/

En guise de conclusion

Mon travail d’écriture n’est pas terminé puisque je suis attelé à un nouveau roman.
De nombreux textes expérimentaux sont restés inédits, qui ont servi à la maturation de ma propre manière d’écrire.
De fait, j’ai beaucoup exploré et dans tous les genres ( poésie, essai, aphorisme, texte de voyage, théâtre, récit, roman, textes d’histoire, etc.), guidé par le refus de me répéter et la fascination de l’inconnu. A chaque livre, nouveau défi. Pour éviter de tomber dans l’ornière d’une manière unique d’écriture, j’ai cherché soit à mélanger les genres au sein d’un même livre, soit à inventer des formes nouvelles. En ce sens, mes livres ne rentrent pas dans les formatages habituels attendus par les éditeurs ou les journalistes. Peu importe, l’important étant que j’ai réussi à écrire et même à publier, fût-ce pour un cercle confidentiel, les textes que je voulais vraiment faire.
Internet a joué un grand rôle mon travail. Certains livres ont été conçus uniquement avec ce support (mes aphorismes, mes essais, Hayoutioun, Petite encyclopédie du génocide arménien…). L’avantage étant qu’en publiant un texte chaque jour sur un forum ou moins régulièrement sur un blog, un retour de lecteur était immédiatement assuré.
Mes textes portent pour l’essentiel, mais pas exclusivement, sur la « chose arménienne » ( Arménie et diaspora). Elle me sert d’étalon pour explorer le monde, pour comprendre les problématiques liées à la démocratie, déconstruire les mythes, révéler certaines hypocrisies, dénoncer des injustices, expliquer la barbarie, promouvoir la compassion… Je pense que pour qui voudra comprendre les Arméniens, mes livres ne seront pas inutiles.
J’ajoute que je n’ai aucune réelle notoriété en dehors d’un petit groupe de Happy few. Mais même parmi eux, aucun, à ma connaissance, n’a une vue d’ensemble de ma production. Pour beaucoup de ceux qui me lisent un peu, il existe encore bien des coins et recoins à explorer. Ce qui est regrettable, c’est qu’aucun étudiant en lettres, qui soit d’origine arménienne, n’a encore reconnu l’intérêt d’explorer mon travail comme expression d’une diaspora en lutte dans son agonie, à un moment critique de son histoire.
C’est que je suis, dans mon genre et sans l’avoir cherché, le dernier écrivain de la diaspora en France à écrire principalement et dans toutes les directions sur l’actualité vivante de l’arménité. ( On le comprend. Quel écrivain d’origine arménienne voudrait condamner d’avance son travail en s’adressant à des lecteurs dont le nombre se réduit de plus en plus ou qui appréhendent de se découvrir tels qu’ils sont ?) J’ai toujours pris soin de rester au cœur de cette actualité, contrairement à d’autres qui trouvent dans le génocide et dans le passé l’essentiel de leur inspiration. Une aberration que j’ai toujours pris soin de dénoncer.
On aura compris à la lecture de cette rétrospective que je ne pouvais pas faire mieux que d’écrire à partir de mon identité d’origine. La pression du génocide, les pathologies d’une diaspora humiliée, les souffrances d’une Arménie soumise au joug soviétique, aux impératifs de la guerre, à l’accouchement douloureux de son indépendance démocratique, mes engagements et mon éducation ne pouvaient pas me donner d’autres sources d’inspiration. Cela n’a pas toujours été de gaieté de cœur. J’ai beaucoup perdu si je me compare aux autres écrivains de ma génération ayant pris une direction exclusivement française, mais gagné en profondeur et en interrogations.
Ainsi, mon isolement littéraire peut être sans nul doute lié à ces circonstances dans la mesure où j’écris sur l’Arménie dans une langue, le français, que les citoyens arméniens ne lisent pas, et que je m’adresse à une diaspora qui n’habite pas le pays. A cet isolement ne sont pas étrangères les mentalités qui sévissent en diaspora. Mon franc parler me vaut d’être tenu éloigné des radios arméniennes et des maisons de la culture ( pas de certains journaux). Quant aux divers salons du livre arménien, ils sont de plus en plus désespérants en dépit du dévouement de leurs organisateurs. C’est pourquoi j’ai voulu entrer dans l’édition française en écrivant un roman. Or, grâce à Vidures, je reçois aujourd’hui des lettres de lecteurs comme jamais je n’en ai reçu en 40 ans avec les Arméniens.
Terminons par un de mes aphorismes : « Ecrire. Etre à la croisée du possible et de l’impossible. Travaux d’approche faute de s’atteindre jamais. Nous tournons autour d’un mal dont l’horreur même nous interdit son évocation.»

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