lundi 11 janvier 2016

Albert Schweitzer - (Hommage en souvenir d'un humaniste, avant tout)

Albert Schweitzer
 né le 14 janvier 1875 à Kaysersberg - mort le 4 septembre 1965 à Lambaréné (Gabon)
  médecin, pasteur, théologien protestant...




Sa tombe à Atadié (Gabon) - Photo Caroline Daviaud 
L'hôpital à Lambaréné (Gabon) - Photo Caroline Daviaud


"Il est minuit, docteur Schweitzer"
Article paru dans "Marianne" du
Samedi 20 Avril 2013 

Il est minuit, docteur Schweitzer, qui se souvient de cette pièce de Gilbert Cesbron qui se vendit à plus de 700 000 exemplaires en 1952 ?

Le titre est resté dans les mémoires, mais la vie du médecin de Lambaréné, le mythe du missionnaire alsacien ne perdure que sur de vieilles couvertures de Match, trouvées au milieu de journaux usés dans une brocante.

En France, le Dr Schweitzer n'est plus une référence. Il est pourtant de la même famille que celle de l'ancien PDG de Renault ou du grand-père de Jean-Paul Sartre. Mais le rapprochement entre l'auteur de la Putain respectueuse (1946) et celui d'A l'orée de la forêt vierge (1923) n'est pas évident.

A part quelques cinéphiles avertis qui ont vu le film d'André Haguet sorti en 1952, avec Pierre Fresnay dans le rôle du docteur, celui qui fut dans les années 50 une sorte de vedette de l'humanitaire, un french doctor avant l'heure, un philosophe de la vie, est une figure qui s'efface.

Au Gabon, où il officia, c'est tout le contraire. Le cher docteur y a la stature d'une icône africaine. Et il est même un auteur, né à l'hôpital Schweitzer de Lambaréné, qui en a fait le sujet de son livre Docteur Schweitzer, une icône africaine. Il s'appelle Augustin Emane, et s'il n'avait croisé sur sa route le cinéaste camerounais Bassek Ba Kobhio, réalisateur du Grand Blanc de Lambaréné (1995), il n'est pas sûr qu'il se serait lancé dans cette passionnante enquête.

Car, si nombre d'historiens ont pris l'habitude d'évoquer « la période coloniale sans prêter attention à ce que disent les colonisés », ce n'est pas le cas d'Augustin Emane, qui réussit à expliquer la permanence de la notoriété dont Schweitzer jouit toujours au Gabon. Il a pris le temps d'interroger sur place tous ceux qui l'ont connu.

Comment rendre compte de la complexité du personnage qui était à la fois « un Blanc comme les autres » et « un Blanc pas comme les autres » ? Cette question est le fil rouge de ce livre.

Il se penche sur la période gabonaise de Schweitzer, enterré à Atadié, sur le lieu même où il officia. Il débarque à Lambaréné, le 16 avril 1913, avec sa femme, Hélène Bresslau. Et après de nombreuses péripéties provoquées par la guerre, il y retourne en 1924, alors qu'il est déjà âgé de 49 ans, sans son épouse. Schweitzer a tout sacrifié au service d'un idéal, ne jouant pas de son piano tant que le soleil n'est pas couché, et consacrant sa vie à soigner et à combattre la souffrance.

L'empathie de l'auteur ne tombe pas pour autant dans l'hagiographie. Il n'occulte pas la part d'ombre du bon docteur qui était persuadé de la supériorité culturelle de l'homme blanc. Schweitzer se désintéressait de la médecine traditionnelle. Il ne mangeait pas comme les Noirs. Mais il les considérait à sa manière comme des frères.

L'auteur prend la mesure de ces ambiguïtés. Sans jamais oublier le point de vue de ceux qui ont été soignés à l'hôpital Schweitzer et considèrent encore de nos jours le missionnaire comme un sauveur. Un livre qui a tout pour décevoir les professionnels de la simplification.

Docteur Schweitzer, une icône africaine, d'Augustin Emane, Fayard, 280 p., 22 €.

°°°°°°°°


Le thème de la pièce de théâtre :

Dans un hôpital primitif du Gabon, en pleine brousse, un homme joue du piano. Une voix vient l'interrompre. "Il est minuit, docteur Schweitzer": Marie, son assistante, rappelle au chirurgien la nécessité du repos. Mais déjà monte de la nuit le message d'un tam-tam : on apporte un enfant malade à N'tchinda, "celui qui coupe bien". Cependant nous sommes le 1er août 1914 : la Guerre, l'Amour, la Mort entrent en scène. Aux côtés de Schweitzer, des personnages, dans lesquels on n'aura pas de mal à reconnaître Lyautey et le père de Foucauld, sont les protagonistes d'une tragédie qui, en deux nuits, conduit à un dénouement dramatique autant que vigoureusement historique.
 http://www.babelio.com/livres/Cesbron-Il-est-minuit-docteur-Schweitzer/30877

Ce texte est remarquable. Cesbron est un grand. Il fait vivre des personnages d'une intelligence rare, qui cohabitent dans une atmosphère plombée : les dialogues en sont souvent splendides, des formules concises très puissantes qui expriment toute la singularité de ces héros. Une tension incroyable entre l'individu et le groupe, entre la foi et la vie, entre la mort et la joie, entre différentes formes possibles de fidélité... Un livre émouvant, spirituel...
Cesbron manie tout cela et tellement d'autres choses (il y a un nombre de niveaux de lecture insoupçonnable(s)) d'une main de maître. (Commentaire de Bruno_Cm.)
**Citation :
Leblanc :Je suis pour une religion de grands garçons : "Chacun pour soi et Dieu pour tous!"
Schweitzer : 
Mais c'est juste le contraire! Chacun pour tous et Dieu pour soi..."


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Quelques lignes signalant votre passage me feront toujours plaisirs. Si vous n'avez pas de blog, vous pouvez néanmoins poster un commentaire en cliquant sur "Anonyme" et signer de votre nom ou d'un avatar. Amicalement,
Dzovinar