jeudi 24 novembre 2016

Ceux qui s'intéressent à Denis Donikian


Denis Donikian et Sergei Paradjanov (cinéaste)

A 72 ans et riche d’une œuvre féconde à contre-courant des poncifs en vogue, Denis Donikian a l’Arménie dans la peau.
«Vidures», son dernier roman (traduit en arménien avec le titre non moins suggestif d’Akhpastan), dépeint un pays misérable jonchée d'immondices et livré à l’arbitraire d’un pouvoir corrompu. Primé en France par le festival de Chambéry de 2013, ce cri d'amour âpre et violent avait pourtant choqué plus d'un lecteur en Arménie.
Pourtant, réduire sa prose au pamphlet reviendrait à faire l'impasse sur l'étonnante diversité d'une œuvre singulière qui dérange, amuse, agace et émeut. Une œuvre qui, à l’image de cet artiste de la diaspora, a pour fil conducteur la fragmentation. Fils de rescapés du génocide, Denis Donikian a trouvé refuge dans la langue de Molière. Un terreau fertile sur lequel il s’est frotté à tous les genres possibles et imaginables - poésie, essai, roman, nouvelle, traduction, aphorisme. Comme si ces moyens d’expression ne suffisaient pas, il s’est fait peintre, sculpteur et plasticien. «Être apatride, c’est voir en soi éclater l’impureté de sa condition», écrivait Clément Greenberg, critique d’art new-yorkais. Rencontrer Denis Donikian, c’est se pencher sur un immense puzzle défait. Ensemble, nous avons tenté de recueillir quelques fragments d'une mémoire à l'état de braise.
Le génocide et son silence                                                                                          
Denis Donabed Donikian est né le 19 mai 1942 à Vienne il est le benjamin d’une fratrie de trois enfants. Originaires de Malatia, sa mère Takouhi (née en 1906) et son père Iskander Donikian (né Kéchichian, en 1904), se sont mariés très tôt, dans les années qui ont suivi le génocide. Mais c’est à Vienne qu’il a grandi. Dans cette petite ville proche de Lyon, il passe son enfance dans le Kemp, une ancienne usine d’armement désaffectée où loge une main-d’œuvre constituée de rescapés du génocide.
Comme au pays, une vie s’est reconstruite autour des entreprises de textile et des bâtiments industriels. Tous les soirs, ses parents se retrouvent avec leurs compatriotes de Malatia pour de longues veillées. En présence des enfants, les adultes se gardent bien d'évoquer explicitement un passé traumatisant. Aussi, c’est le langage codé qui prime.             
«On ne parlait pas du génocide, seulement par bribes. Mes parents se contentaient de prononcer le mot «aksor» (exil) ou bien ils parlaient en turc pour qu’on ne les comprennent pas. Petit garçon, il m’arrivait de m'endormir sur les cuisses de ma mère» se souvient-il. Et d’ajouter, «On peut dire que c’est dans cet état de somnolence, de manière inconsciente, que j’ai ingurgité leurs récits». Un beau jour, la maman de Denis branche le poste de radio sur les ondes de la voix de la Turquie. Elle lui dit: «ils nous ont fait du mal, mais j’aime bien leur musique».

L'ENFANT COMMENCE À CAPTER DES CHOSES, À  ENTREVOIR L’AMPLEUR DU DÉSASTRE ADVENU. «MON INCONSCIENT A ÉTÉ FORMATÉ PAR DES NON-DITS», RENCHÉRIT-IL.  




Le Kemp à Vienne
Sauvés par un juste
Curieux paradoxe, lui qui s’est attelé à la rédaction d’une «petite encyclopédie» sur le génocide arménien, ignore tout ou presque du calvaire enduré par sa propre famille. Il sait que sa grand-mère maternelle, Djohar Tchétakian, avait lors d'un incendie dans un marché, sauvé la caisse d'un agha kurde. Reconnaissant envers elle, ce dernier l’a prise sous sa protection.
Malatia, la capitale de l’abricot sec, était en 1915 un nœud important par lequel transitaient les convois des ....( voir le lien pour la suite)

https://auroraprize.com/fr/stories/detail/regular/5903/denis-donikian

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