LA PAGE DE DENIS DONIKIAN







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Son dernier post : 


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http://dzovinar.blogspot.fr/2014/04/au-nom-de-tous-les-miens-pardon.html

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Moustapha agha Aziz Oglou


http://dzovinar.blogspot.fr/2014/05/je-dedie-cet-article-moustapha-agha.html

Cent ans de solitude pour un jour de colère


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 Écrit par ARMAND SAMMELIAN et prononcé par Edouard Kassighian
Avec l'aimable autorisation de l'auteur.

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Sauver la vie


Parole d'amour (d'un homme à une femme): Comme Je voudrais que tu me prennes dans tes bas!


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Petite encyclopédie du génocide arménien


361 - Tlön, la Turquie et le génocide arménien (1)

362 - Tlön, la Turquie et le génocide arménien (2)


358 - Angora et Berlin (1)

359 - Angora et Berlin (2)

360 - Angora et Berlin (3)


http://denisdonikian.blog.lemonde.fr/2014/07/02/363-sur-la-route-de-lexil-souvenirs/#xtor=RSS-32280322

363 - Sur la route de l'exil (Souvenirs)

http://denisdonikian.blog.lemonde.fr/2014/07/06/365-la-guerre-dindependance-de-kemal-ataturk/#xtor=RSS-32280322

365 - La guerre d'Indépendance de Kemal Ataturk


366 - Les grandes persécutions contre les Arméniens selon Harry Stuermer




 Ce Livre courageux traduit en plusieurs langues
est disponible aux Editions du CERCLE d’ECRITS CAUCASIENS


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367 - Le Mouvement national kemaliste
 paillares-michel-kemalisme


368 - Avant le Traité de Sèvres (1920)


Soldats français en Cilicie en 1919

369 - SELON Arméniens La confiscation des Biens

   Ümit Kurt

La Fonction de La confiscation des Biens Ümit Kurt 


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http://denisdonikian.blog.lemonde.fr/2014/07/13/370-lallemagne-et-le-genocide-armenien-%E2%80%A8selon-margaret-anderson-1/#xtor=RSS-32280322 

 

Docteur Johannes Lepsius

370 - L'Allemagne et le génocide arménien selon 

Margaret Anderson (1)


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  http://denisdonikian.blog.lemonde.fr/2014/07/13/371-lallemagne-et-le-genocide-armenien%E2%80%A8selon-margaret-anderson-2/

   

371 - L'Allemagne et le génocide arménien selon Margaret Anderson (2)


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         http://denisdonikian.blog.lemonde.fr/2014/09/02/400-lasala-3/#xtor=RSS-32280322            

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                     402 - Les arménophiles contre Pierre Loti et Pierre Benoit


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403 - Le chevalier à l'émeraude


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494 - L'Apocalypse écarlate


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- 405 Collectif Van


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L'Amante religieuse


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406 - Actions Unitaires autour du génocide arménien


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- 407 La Légion Arménienne (1)



- 408 La Légion Arménienne (2)


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409 - L'autodéfense d'Ourfa


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Putain de Figue !



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410 - Le cas de la famille Kherlakian

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411 - La "conversion" de Hasan Cemal

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"Colère de la vérité"




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412 - Les déportations de Zeïtoun et l'autodéfense de Fendidjak

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413 - Le livre noir de Talaat


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Pourquoi ils ne se reconnaîtront .....


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414 - Le massacre de Marache (février 1920)
par le RP Materne Muré


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Les événements d'Erzeroum d'après rapport des Nations Unies du Dr Y. Minassian


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416 - Rapports de voyageurs sur les atrocités de Cilicie


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Antranik



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417 - Les déportations d'Edirne et des environs


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418 - Déportations et massacres dans le vilayet de Konia


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419 -"Imprescriptible", la base documentaire sur le génocide arménien 


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420 - Les événements dans le vilayet de Kastamonou


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422 - Le conte de la pensée dernière


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423 - Un certain mois d'avril à Adana


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424 - Ravished Armenia (1)



425 - Ravished Armenia (2)



426 - Ravished Armenia (3)


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427 - Sort et dilemme des rescapées arméniennes


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DIEU ... va paraître


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A.R.A.M


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"Atatürk dans l'imaginaire nazi"


"Tôt dans sa carrière, Adolf Hitler s’est inspiré de Benito Mussolini, son collègue plus expérimenté dans le fascisme – ce fait est largement connu.
Mais un modèle tout aussi important pour Hitler et les nazis est resté presque entièrement négligé: Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur de la Turquie moderne. La convaincante présentation que fait Stefan Ihrig de cette histoire inédite promet de réévaluer notre compréhension des racines de l’idéologie et de la stratégie nazies...."


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http://denisdonikian.wordpress.com/2014/11/21/metaphorisme-1/

(Oeuvre d’ Alain Barsamian)

Mon corps est une rivière où jamais ne plonge le même homme. 


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http://denisdonikian.wordpress.com/2014/11/30/lactu-qui-tue/

L'actu qui tue

Les Turcs ont Tayyip Erdogan, les Arméniens ont Kim Kardashian. Car si le premier vient de découvrir le nouveau monde, l’autre découvre son corps au monde en permanence.

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En Arménie, les bébés tigres courent les rues. Après ça, dites que ce n’est pas la jungle....


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Voici un texte anonyme qui nous est parvenu dans la rubrique commentaire de notre blog. Inutile de dire que nous avons hésité avant de le poster. Mais quelques amis consultés, partisans de la confrontation, se sont montrés favorables à son affichage. A supposer que ce texte ait été traduit du turc et « arrangé »par une autre personne, complice ou non de l’auteur, nous sommes en droit de croire qu’il est l’œuvre d’un travail collectif d’intimidation.
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Depuis un certain temps, les rumeurs de votre centenaire montent le son pour commencer à nous casser les oreilles. Vous voulez nous montrer que ce sera bientôt le grand bazar autour des évènements de 1915 partout dans le monde où vous avez pousse votre mauvaise herbe. Mais sachez bien que l’herbe, nos chevaux la piétine et la broute depuis des siècles. Vous ne nous empêcherez ...


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"Mordre aux Turcs !"



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L'amputation

Jérôme Bosch


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Disparition de Samvel Mkrtitchian

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Samvel Mkrtitchian, écrivain, essayiste et traducteur, directeur de la revue Littérature internationale.


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Centenarisation en sardine


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K2 par KO


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Scanned-image-21



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Route


Noire de doutes


De pas et de peines


Mais sa fin lointaine


Argentée


(Photo Denis Donikian)

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Ton cœur soit l’œil


De l’aveugle dans les labyrinthes


Soleil du triste


Manne pour le transi


Et tes mains vers leur nuit


fleurissent


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Encombré


D’ors et de nombres


Tandis qu’au-dessus


Vont les nuages


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L’eau que tu as


Bois-la


L’eau qui te manque


Cherche-la


Avec l’eau qui te vient


Lève-toi


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http://denisdonikian.blog.lemonde.fr/

Petite encyclopédie du Génocide arménien

« Le génocide arménien dans les archives turques » est la 500 ème fiche de la Petite encyclopédie du génocide arménien  ou MEDZ YEGHERN . Il est possible que d’autres viennent compléter cet ensemble, sachant que le génocide arménien constitue un sujet inépuisable. Cependant, ce travail, conduit depuis 10 ans, avait pour but d’offrir aux profanes mais aussi aux curieux un outil informatif simple, fiable et exhaustif sur la plupart des thématiques relatives au sujet. Aujourd’hui, ces fiches ont vocation à devenir un livre pour qu’une trace plus pérenne qu’Internet soit laissée et qu’elles continuent d’agir par le souci de vérité contre le négationnisme de l’État turc. Ce livre, agrémenté de photos d’époque, devrait servir aux générations d’aujourd’hui, turques, arméniennes et autres, comme moyen de réflexion et objet de transmission afin de combattre l’oubli et la haine qui menacent à tout moment.

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Image Alain Barsamian

Aphorismes

Contre la bêtise

Beauté du monde

Résiste


Rubrique Aphorismes ici :

https://denisdonikian.wordpress.com/category/aphorismes/

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Mère Teresa est arménienne. Alleluia !


Prononcée par un Arménien, la formule « Mère Teresa est une arménienne »[1] semble initier un syllogisme qui se déclinerait comme suit : Mère Teresa est arménienne. Or, Mère Teresa est une sainte. Donc être arménien, c’est être… Vous m’avez compris. Vous pourrez toujours dire que j’exagère, qu’aucun Arménien n’oserait prétendre à la sainteté. Et pourtant, connaissant mon Arménien sur le bout des doigts, je parierais qu’au fond d’eux -mêmes tous les Arméniens se disent, mais sans l’avouer ouvertement, que c’est l’excellence de la race arménienne qui aurait permis que Mère Teresa accédât à la sainteté et que par conséquent cette possibilité serait virtuellement présente en chacun d’eux. En d’autres termes, puisque Mère Teresa est devenue sainte, nul doute que l’arménité constitue un terreau favorable à la sainteté.

Ici, je ferais remarquer que Mère Teresa a commué l’accident, à savoir le fait d’être arménienne et de naître en Albanie, en essence, à savoir l’opération qui consiste à transformer sa vie en sainteté. Mais entre l’accident et l’essence, il a bien fallu qu’une vocation la détachât du premier et la conduisît vers la seconde. Cette vocation a pour nom compassion. Une compassion absolue. Un amour inconditionnel de l’autre. Surtout du plus faible.

N’en déplaise à mes compatriotes dont l’âme jouit à l’idée d’avoir une proximité avec Mère Teresa, une différence de taille se fait jour ici. S’il est vrai que Mère Teresa s’est débarrassée de son arménité pour la sublimer en humanité, il est aussi plausible d’ajouter que ces Arméniens-là ont pour leur part toujours considéré leur arménité, à savoir l’accident, comme une essence. C’est dire que la courbe de leur évolution s’est apparentée à rien moins qu’à un cercle ethnocentrique englobant des formes nationales de sainteté. Ce n’est pas pour rien que les héros de telle ou telle guerre sont dits saints. Comme si tuer l’ennemi était devenu une marque supérieure d’humanité supérieure.

En revanche, ceux des Arméniens qui ont fait choix d’une profession visant la sainteté mais qui restent viscéralement attachés à leur arménité pervertissent forcément leur vocation dans la mesure où leur vie reste enfermée dans l’accident et n’accuse aucun mouvement spirituel en vue de le transcender. C’est le cas de nos prêtres et de leur maître en la matière, à savoir le catholicos HSBC de tous les Arméniens. Car le catholicos HSBC et ses sbires ont moins le souci de la sainteté que de bien bouffer, d’être honorés au nom d’un Dieu qu’ils ont enfermé dans des rengaines archaïques et de nourrir les banques suisses plutôt que de nourrir les pauvres d’Arménie.

C’est en Inde qu’Agnessa Boyadjian allait devenir Mère Teresa.

Grâce à Dieu, tous les Arméniens qui vont en Inde ne deviennent pas Mère Teresa, bien sûr. Je connais deux écrivains d’Arménie qui y sont allés pour de longs séjours. Ils n’y ont pas connu la lumière de la compassion pour autant, loin s’en faut. Mais l’Inde fut pour eux une manière de fuir momentanément leur arménité, c’est-à-dire une manière d’échapper à cette sorte de masturbation interraciale qu’ils pratiquaient en Arménie avec leurs sœurs pour maîtresses et de goûter la puissance exotique  de l’étrangère. Qu’ils aient « vu » des pauvres et des faibles dans les rues indiennes, j’en doute fort dans la mesure où leurs yeux triaient la réalité pour ne retenir que l’excitant et rejeter le malheureux. D’ailleurs une fois rentrés dans leur pays, leur regard n’en fut pas renouvelé pour autant. Ils continuaient comme avant d’effectuer leur voyage à ne voir ni les plus pauvres ni les plus faibles des Arméniens. Alors que c’était leur vocation de le faire. Un voyage raté en quelque sorte.

De fait, les Arméniens ne cessent d’être ballottés entre la honte et la fierté. La honte d’avoir subi un génocide, d’avoir été considérés comme des sous-hommes par leurs bourreaux et la fierté de donner au monde des personnalités qui l’ont changé. C’est ainsi qu’ils reconquièrent l’humanité que leur ont ôtée leurs bourreaux, lesquels ont moins enfanté de génies à vocation universelle, sinon des génies du sang et des causeurs de larmes. Bien sûr, tous les peuples sont dans le même cas. Les Arméniens autant que les Turcs. Il faut reconnaître que chez les Turcs, le génocide qu’ils ont perpétré contre les Arméniens est objet de fierté de la part de leurs fascistes et de honte de la part de leurs démocrates. Chez les Arméniens, l’affaire des Sasna Dzrer a suscité honte chez les uns qui allèrent jusqu’à les traiter de « cons », et fierté chez les autres qui en firent de vrais fédaïs.

L’actualité arménienne illustre à merveille ce partage entre honte et fierté chez les esprits soucieux de rester dans la vérité même la plus cruelle. On ne sait si le geste était intentionnel, mais il méritait d’être relevé. Le rapporteur d’Armenews, le journal en ligne de Nouvelles d’Arménie Magazine, a réussi à juxtaposer deux nouvelles dont l’une suscitait la fierté et l’autre la honte.

Pour la fierté, c’est le lutteur Artur Aleksanyan, champion olympique à Rio, déclarant : « Je suis fier que ma victoire soit le triomphe de tout le peuple arménien ».

Pour la honte, c’est le débat au Parlement arménien auquel participent nombre d’oligarques, sur l’entrée libre des citoyens arméniens dans les casinos de Macao. Quand on sait dans quelles conditions vivent les pauvres d’Arménie, dans quelles conditions les jeunes recrues défendent leur pays, c’est à se demander si les Arméniens ne sont pas tombés sur la tête. D’autant que souvent ces Arméniens dont on a honte (les hommes d’affaires) arrivent même à faire l’éloge de ces Arméniens dont on peut être fier (les soldats). L’Arménie, à l’instar de son Eglise, est le pays qui pratique une culture de l’hypocrisie comme nulle part ailleurs.

Ainsi ceux qui ont traité le commando des Sasna Dzrer de « cons » ou d’écervelés devraient aujourd’hui comprendre que la connerie est toujours du côté de la bêtise fasciste. Mais le peuvent-ils ?

Denis Donikian

[1] Njezë (Agnessa – Agnès) Gonxha Bojaxhiu (Boyadjian) serait née le 26 août 1910 à Üskübn (actuelle Skopje en Macédoine), alors dans l’Empire ottoman. Son père, Nicolaï, avait fui l’Arménie occidentale (ce qu’on appelle l’Anatolie) sous l’oppression des autorités ottomanes contre les Arméniens, pour se rendre en Albanie.

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Les taches rouges et les flèches indiquent le nombre d’Arméniens déportés et la direction prise par les caravanes.
Rond rouge : 1 millimètre = 10 000 déportés
Cercles concentriques : Bureaux de contrôle et lieux de massacres.
Carte figurant dans l’ouvrage de Jean Mécérian s.j., Le génocide du peuple arménien, le sort de la population arménienne de l’Empire ottoman, De la Constitution ottomane au Traité de Lausanne (1908-1923) Editions de l’Imprimerie catholique, Beyrouth, 1965.

© Denis Donikian

Voir Article  ici :

http://dzovinar.blogspot.fr/2016/10/petite-encyclopedie-du-genocide-des.html

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L’ARMÉNIE À CŒUR ET À CRI


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Paru en Arménie chez l’excellente maison d’édition Actual Art, le présent ouvrage est un recueil de textes parus en ligne sur le blog de Denis Donikian, ÉCRITTÉRATURES. Classées selon des thématiques d’actualité (essentiellement arménienne), ces chroniques portent un regard acéré sur notre réalité, reflétant la constance d’une même indignation. Dans la ligne droite de ce que nous avions pris l’habitude de lire depuis le regretté site Yevrobatsi, le ton souvent insolent de ces courtes réflexions oscille entre humour corrosif et noir désespoir. Reflet d’un écorché vif en mal d’Arménie, ces écrits que l’on soit en désaccord ou non, nous donnent à réfléchir sur la bêtise humaine et ses funestes conséquences. De fait, l’auteur n’a pas de mots assez durs pour hurler son indignation contre le mépris ahurissant des dirigeants arméniens contre l’intérêt général et le silence complice de la Diaspora. Chronique d’un observateur engagé qui, en se battant avec les mots, n’a jamais renoncé à scruter l’humanité, porteur d’une expression rebelle à toute forme d’allégeance.

Tigrane Yégavian

FRANCE ARMÉNIE / OCTOBRE 2016            55

EDITIONS ACTUAL ART, COLLECTION ZOOM – EREVAN – 2016 – 296 P. – 15 € PORT COMPRIS – disponible uniquement chez l’auteur : denisdonikian@gmail.com

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LAO ( roman, 37)

(Ecrit en cours)

« Maintenant, disait Varou dans sa voix d’au-delà la plaque de tôle, ton heure est arrivée. Tu n’échapperas plus à ton jugement. Sinon, cherche-toi le tunnel vers la lumière pour te libérer. Ah, tu ne fais plus le malin, n’est-ce pas ? Comme sur la place avec tes acolytes quand tu vociférais tes slogans à deux sous ! Qu’est-ce que tu croyais ? Sauver le pays ! Rien qu’en criant ? Comme ça ? Comme si des moutons avaient droit à quelque chose parce qu’ils se mettent en troupeau ! Mais quel juste fais-tu pour juger l’injustice des autres, piteux bâtard de l’indépendance ? Hein dis-moi ! C’est tout ce que vous faites dans votre capitale ? Des pets de bouche et des cris de cul ! Et de Martha ? Qu’as-tu fait de Martha ? Tu me l’as pervertie encore plus au lieu de la rendre à la raison. Et Dieu sait comme tu devais les lui attiser ses rêves de luxe, hein ! toi qui ne penses qu’à fuir… Tu es tombé chez nous au hasard et tu t’es mis à tout embrouiller. Maintenant, Martha me prend pour son bourreau. Et toi, pour son sauveur, son messie, celui qui va enfin la tirer de ce trou à rat. Un lâche, oui ! Et qui ne pense qu’à sauver sa peau au lieu de rester au pays pour le construire et le défendre quoi qu’il lui en coûte. En vérité, où que tu ailles, il se collera à tes trousses, ce pays. Il ne te lâchera pas. Jamais ! Il sera ton ver intérieur, celui par qui ton existence est à jamais marquée. Où que tu ailles désormais, il te manquera. Ce qui te manque, ne le cherche pas devant, mais derrière toi. Ainsi va tout exil… »

Qu’est-ce qu’il lui avait pris à ce Varou de le clouer à ce puits pour lui hululer ses haines ? Pourtant Lao n’avait rien d’un illuminateur ! Mais en fermant la sortie, Varou s’était mis brusquement à jouer au roi contrarié. Et brusquement, sa tête plongée dans le noir et l’air pauvre engouffré dans le goulot qu’il respirait, Lao se sentit mal. L’obscurité le serrait à la gorge. Les yeux lui sortaient du crâne. Il redescendit pour se tenir au sol, mais sans décoller de l’échelle. L’angoisse était là. Lui tombant d’en haut par la voix de Varou. Mais aussi le pressant de tous côtés tellement était dur et sombre le silence tout autour. Il suffoquait comme se noyant en pleine eau. Il se plia… Il s’affala… Puis toussa pour se dégazer. Un air fuligineux lui dévorait les poumons. Ce n’était pas le genre de trou où il aurait voulu crever. Piégé comme un animal. Mais en plein jour, dans une grande luminosité. Une suave et puissante et indicible luminosité. Une luminosité comme il en tombe ici et nulle part ailleurs sur les hommes.

Lao baignait parmi ses monstres… Un temps lourd était passé sur lui. Quand brusquement la tôle au-dessus se mit à crisser sur le béton. La lumière s’ouvrit sur ses pauvres yeux. Il entendit une voix : «  Montez ! Montez ! » Il se hissa. Il se tira vers le haut. Échelon après échelon. Jusqu’au moment où une main divine toucha la sienne, puis la saisit. Lao sortit la tête, et traîna tout son corps. Il resta couché un moment sur le sol frais. L’air vrai le ranima. À genoux près de lui, c’était l’homme aux fleurs.

Le souffle lui revint après quelques minutes et Lao se mit debout. Il fit enfin ses premiers pas hors de l’annexe.

Varou était en discussion avec le Père. Et il le vit. Et se tournant de son côté, il lança : « Viens à la lumière ! Viens ! Car pour connaître la lumière, il faut avoir traversé l’épreuve des ténèbres. N’est-ce pas, Père Soghomone ? » Le religieux sourit léger, mais complice. «  Alors, on l’a trouvé ce fameux passage ? Non ? C’est pourtant pas une pyramide de pharaon ! »

Lao cracha une salive âcre. C’était dire qu’il la lui trouerait, sa Martha. Qu’il s’y ferait un passage pour l’atteindre, lui. Et il eut de Varou aussitôt sa réponse par le noir regard qu’il lui jeta. Voulant marquer qu’il n’aurait qu’un mot à dire à Gabo pour le virer du coin. Et Gabo s’en ferait une bien bonne joie. Et comme ça, Gabo partirait pour la capitale, lui aussi.

Lao se retourna et il vit le mirador. Il vit la grande montagne et il vit le vaste ciel…

*
( roman, 38 )
Etrange fut ton entrée dans ta chambre après ton passage au trou de l’illuminateur. Bien sûr les cafards, les cafards encore et toujours, en train de faire leurs palpations d’obscurité avec leurs antennes. Mais cette fois, rien qu’à pousser ta porte, tu sentis une appréhension te contrarier le bras. Après un mal, un autre t’attendait sûrement. Un autre qui n’aurait pas de plus folle envie que de te déchirer à pleines dents.
C’était un journal, étalé sur ton lit comme un petit fauve hargneux. Le Matin, et celui du jour même. Mais pourquoi celui-là justement ? Sans doute qu’après des semaines d’interdiction, comme « on » voulait redonner au pays un semblant d’air démocratique, voilà qu’ »on » lui permettait de refaire surface. Même à un journal comme lui. Car ce n’était pas son genre de chanter des Gloria ! aux étrangleurs du peuple et de la presse. Pas le genre de son directeur. Tu savais donc les yeux fermés qu’il exhiberait à pleines pages les trouées dans les corps et dans les esprits. Tellement elles n’en finissaient pas de puruler durant ces longues semaines de traque et de haine ordinaire. Que cherchait-elle, Martha, en te jetant sous les yeux des mots qui t’agaceraient les nerfs ? À te montrer que tu avais raison de fuir la capitale ? Ou à te mettre du remue-ménage dans le cerveau ? Mais revenir au premier mars, ça te causait des répulsions. Tu aspirais à te perdre et voilà que refluait vers toi le bruit de vos fureurs désespérées.

Tu plongeas dedans malgré tout. C’était plus fort, lire ce qu’on y disait… MEURTRIS PHYSIQUEMENT ET MORALEMENT… Les premiers mots qui te sautèrent aux yeux… Ils ranimèrent parfaitement et absolument de veilles atrocités ! Le journaliste disait qu’aux premiers jours de mars, c’est par dizaines que les victimes se firent hospitaliser. Des matraqués, des gazés, des malmenés de hasard. Comme cette femme qui lui débitait sa plainte ainsi : «  Mon mari venait juste de sortir pour faire des courses, quand on apprit que c’était le chaos dans les rues. Avec mon fils, nous sommes allés le chercher. On s’est trouvés vers 9 h 15 devant la boutique « Milano ». Brusquement on a vu venir sur nous une cinquantaine de policiers armés de matraques, l’œil méchant. Ils nous sont tombés dessus à bras raccourcis. Je leur criais que nous étions des passants ordinaires, ils cognaient comme des sourds. Mon fils a voulu me défendre. Mais ils m’ont jetée à terre et lui, ils l’ont embarqué. À ce moment-là, un minibus roulait à proximité. Ils l’ont arrêté, ils ont fait descendre tous les passagers et se sont mis à les rouer de coups, pensant qu’ils étaient des manifestants en fuite… » Une scène que tu avais toi-même vu ce jour-là. La peur t’avait percé les yeux. Car si ces détraqués de matraqueurs t’avaient chopé toi aussi, tu aurais eu droit au même régime de coups et blessures.

Un autre gars, un certain Khatchik, raconte le déclenchement de cette journée. « On fumait tous en groupe au petit matin près d’une tente sur la Place des Libertés, certains dehors, d’autres dedans. Les policiers nous avaient encerclés. On pensait bien qu’ils nous préparaient une gâterie. Et brusquement sans crier gare, voilà qu’ils se mettent à frapper dans le tas. Nous n’avons même pas tenté de nous opposer, c’était à qui sauverait sa peau. Les adolescents étaient cueillis et emmenés au poste. J’ai reçu des coups sur la figure et sur les reins. » Et c’est en se protégeant qu’une main lui fut écrabouillée.

Parmi eux se trouvait un abîmé de la tête, un troufion, vu qu’un hôpital fait de la charité sans séparer les ennemis. « On avait garé notre voiture et on attendait près de la poissonnerie, dit-il à l’enquêteur. On nous avait ordonné de nous replier. À ce moment-là, on a vu venir sur nous une foule en furie. Je me suis alors jeté dans la voiture pour essayer de lui échapper, mais une pierre, qui venait de briser mon pare-brise, me prit en pleine tête, suivie d’une autre qui me sonna. Je réussis quand même à mettre le pied sur l’accélérateur pour m’éloigner. Qui sait si en abandonnant la voiture, j’aurais reçu ces coups. Mais comme j’en étais le chauffeur, je devais la sauver. Notre unité aurait pu lui résister si nous en avions reçu l’ordre. Les militaires se protégeaient avec leur bouclier et tentaient de barrer la route à la foule tout en subissant les coups et les injures du genre ‘‘Sales traîtres ! On va tous vous crever !’’ Nous n’avons jamais tiré sur la foule, mais seulement en l’air en guise d’avertissement. »

Tous qui s’étaient embourbés dans les enfers civils, ils étaient maintenant en photo dans les draps bleus de leur lit d’hôpital. Plus piteux que des paralytiques, l’un aux bras bandés comme une momie, et tous rongés par l’attente sage, après les sauvageries et les sauve-qui-peut. Les voir, tellement incertains, te rendait fou et mou. Tant de gâchis pour désespérer plus encore. Parce qu’un homme, un seul, avait volé à milliers d’autres leurs élections, quitte à mettre du foutoir dans leur existence. Leur vivre amer venant du sentiment que rien n’était au-dessus de cet homme ni aucune force qui lui fasse payer son crime. Au contraire, ce crime, il le multipliait. Ainsi étaient ces blessés au moral, comme toi… Rien à faire d’autre pour eux que se taire. Se terrer quelque part. Ou fuir… Comme toi encore.

D’autres images s’ouvraient des plaies dans ta mémoire.

*
( roman, 39 )

C’étaient des images de foules brûlantes, bien séparées d’abord de la horde harnachée des matraqueurs. À leur visage dur, on sentait que les antiémeutiers n’attendaient qu’un ordre pour frotter leur échine aux braillards. Mais le moment était saisi où ils se jaugeaient les uns les autres. Des chiens en arrêt qui fixaient leurs proies frénétiques. Une étincelle aguicheuse d’incendie planait dans l’atmosphère… Plus au fond, on voyait les exaspérés, épaule contre épaule, gueule ouverte et bras levé. Ils débondaient leurs rages qu’on imaginait en mots brefs et bruts contre l’équarrisseur de leur volonté. Ils s’époumonaient à clamer qu’ils auraient sa peau…

Lao se repassa tout ce cirque jusque tard dans la nuit, rien qu’en parcourant les clichés parus dans le journal. De fait, il ne cherchait rien d’autre que Gollo, tantôt dans la cohue, tantôt parmi les chefs. Mais le faciès de l’ami harangueur ne s’y trouvait pas. Son Gollo n’apparaissait nulle part.

Le lendemain, il finissait de s’habiller quand on frappa à sa porte. Une suite de coups tapés sec sur le bois, pareille à aucune autre. À peine entrée, Martha afficha un regard trouble, creusé par d’intenses interrogations. Du genre à se demander comment s’y prendre pour déchirer en douceur quelque chose qui devait l’être.

« Ton Varou, lui lança Lao, hier il m’a coincé dans la fosse pour me faire la leçon.

– Ça m’a été raconté, tu penses bien. Il mijote très fort ces temps-ci. Et quand il se colle à un sale coup, c’est en technicien. Je le vois. Ça se passe derrière ses yeux. Il fait bouillir sa marmite de sorcier.

– Et ce journal ? Qu’est-ce que tu voulais avec ça ? Me faire mal toi aussi ?

– Je savais que tu y chercherais Gollo. Mais tu ne l’as pas trouvé, n’est-ce pas ? Et pour cause…

– Qu’est-ce que tu as appris ? Mort ? Non. Il ne fait pas partie des dix cadavres. Mais peut-être des non déclarés…

– Au contraire, bien vivant. Mais qui sait si ça ne va pas te tuer ?

– Comment ça ?

– Ce que je vais te dire…

– Eh bien, dis-le !

– Gabo m’a parlé. Pas pour m’être agréable, mais en sachant que je te transmettrais sa confidence. C’est que lui aussi, il a son idée te concernant.

– Lui aussi est contre moi… Il m’a à l’œil. Ce n’est pas nouveau.

– Disons plutôt que grâce à toi il compte faire avancer ses pions.

– Il l’a retrouvé, Gollo ? Dis-moi ! Dans les locaux de la police, c’est bien ça ?

– C’est bien ça. Seulement, pas du bon côté de la table…

– Pas du bon côté ?

– Le type qui ne veut pas qu’on touche à ta personne… C’est Gollo. »

Lao était dans la confusion. Martha lui pilonnait la tête avec ses mystères. Soit elle avait des intuitions et elle pythonissait pour l’embrumer. Soit elle avait des informations fiables et se mordait la langue pour lui épargner une crise de nerfs. Ou bien elle attendait un peu pour voir. Histoire de marchander sa fuite avec lui… Mais Lao, pressé de tous côtés, par Gabo, par Varou et par Martha, n’avait pas les bonnes oreilles pour entendre.

«  Ton Gollo, finit par lâcher Martha, il dansait avec vous, mais il se mettait à table avec la police. Tu entends ce que je dis. Fais pas le bébé qui regarde sans voir. Ton Gollo… Il sous-marinait à mort pendant vos manifestations. Et si tu n’as pas reçu plus de coups, c’est lui que tu peux remercier. Et si on t’a laissé prendre le minibus, c’est encore grâce à lui. Et si Gabo n’a toujours pas fait une bouchée de toi, c’est bien que quelqu’un l’a mis en garde. Mais crois-moi, il doit se chercher d’autres appuis. Gabo ne laisse jamais filer une proie. Et c’est pas ton Gollo qui l’empêchera de te mettre le pied dessus pour qu’il monte en grade.

– Tiens ta langue ! lui jeta Lao. Tu perds la tête.

– Prends-le comme tu veux ! Mais bouge-toi tant qu’il en est encore temps. Et tout de suite. Si tu ne tiens pas à être rattrapé par Gabo.

– Partout où j’irai, j’aurai toujours un Gabo au collet.

– Sauf dans la capitale… Dans la capitale, on peut se noyer.

– Détrompe-toi. La capitale se résume à deux ou trois rues où tout le monde finit par se croiser.

– Prends-moi avec toi ! Ne me laisse pas croupir dans cette cave !

– Si j’étais encore fréquentable. Mais avec moi tu n’aurais plus de vie. Tu cherches la lumière, et je ne suis qu’un cafard. Cette femme avec qui j’étais en sait quelque chose. Je suis un homme fatigué, Martha. Fatigué, tu m’entends ? J’ai du mal à me remettre. Et là où je suis tu ne peux pas me remonter. Ce pays ne me convient plus et tout le reste du monde où je voudrais aller, on nous l’interdit… Gollo. Tu dis qu’il… Tu mens. Il est des nôtres. Tu mens ! Tu mens ! Tu mens ! Tu me veux tout entier à toi, c’est ça ? Et que je serve tes lubies ? Gollo n’a pas pu faire ça ! Si lui aussi… Alors plus rien n’est possible. Rien…

– Quelque chose est possible. Quelque chose toujours doit l’être.

– Rien de bon ne peut naître dans le noir. Nous sommes nés dedans. Dedans ! Dans le noir je te dis ! Et maintenant Gollo… Lui aussi. Mais je n’en veux pas de son aide ! Qu’il la réserve aux siens, pas à moi !

– Partons ! Là, tout de suite…

– Là tout de suite… Rejoindre la capitale ! C’est ça ? M’étourdir ? M’écraser et m’étourdir… Et tu m’en crois capable… »

Et Lao vint se coller à Martha. La vie lui manquait. Tellement que ça lui donnait des spasmes. Et le cou de la femme lui était bon. Bon et chaud par le sang de la vie qui coulait en elle… Il se blottissait dans cette chaleur et s’y noyait comme en sa mère. En sa chair il voulait se fondre. S’y enfoncer pour ne plus rien entendre. Cette voix de Gollo rugir sur les tribunes. Et perdre le nom de celui qui s’était révélé d’une autre foi que la sienne… Une foi sourde et aveugle… Prête au pire pour la faire triompher… Il serra son visage contre la joue de Martha et elle, Martha, accueillit de ses mains sa tête confuse et martelée. Elle en oubliait ses obsessions, laissant se réveiller en elle une tendresse trop longtemps recluse. Lao brusquement lui remuait des obscurités, des intimes, des enfouies de longue date, écrasées sous l’ordinaire des jours. Surprise, elle l’était. Et heureuse aussi de ce retournement. Et en elle se levait une douceur venue d’avant sa rencontre avec Varou et que des contrariétés l’une après l’autre avaient recouverte.

Mais ce Gollo, il était planté là dans cette chambre. Sa voix, Lao ne pouvait se l’arracher des oreilles. Maintenant ça le lancinait d’avoir su. Et il s’enivrait d’injures acérées comme en train de les jeter sur Gollo, le faux, le Gollo qu’il n’arrivait pas à faire mourir.

*
( roman, 40 )

Écrasé et suffoquant, tu t’étais jeté hors de la chambre. L’infernal bazar des questions sans réponses te broyait les nerfs. Et Martha prise au dépourvu… Elle te criait de rester. Mais tu étais déjà dans les escaliers, à débouler pour échapper à une suffocation. Au passage, tu remarquas Varou dans son cabinet. L’œil mauvais, avec son sale air de hyène cynique… Et déjà les pas claquaient de Martha sur les marches. Tu franchis la salle du café, poussas la porte. Et devant toi, brusquement le monstre irrité de route. Par chance, à ce moment-là, aucune voiture pour t’empêcher de traverser vite…

Une brume sale saturait le jour.

Martha, debout devant son café, s’arrachait la gorge à crier ton nom. Mais des roulements de voiture lui hachaient la voix. Et tu t’éloignais à pas de fou sur le chemin. Puis tournant la tête, tu vis Martha qui tirait l’homme aux fleurs par la veste, puis le poussait sur la route. Tu compris ce qu’elle lui avait demandé. De te suivre, de te rattraper à tout prix. Tu accéléras le pas. À mesure que tu avançais, la brume faisait masse contre tes yeux. Elle avait déjà englouti la montagne. Tu t’enfonçais dans un gris humide et froid. Qui cherchais-tu à détruire ? Car tu avais le dépit meurtrier. Ta rogne, tu voulais la vomir rien qu’en plongeant dans cette chose qui masquait tout… Derrière, incessants, les appels de l’homme aux fleurs. Sa voix lancée pour te retenir tandis que la grisaille l’assourdissait. Hurlé, hululé, ton nom se noyait dans le cotonneux. Et tellement le spongieux du vide te ventousait à pleine force. Une aimantation incertaine là-bas venant de l’inconnu…

Tu commençais à perdre ton souffle. Tes jambes devenues flasques sous le poids de cette révélation ironique : Gollo s’était mêlé aux opposants pour mieux les abattre. Pour donner plus de pouvoir au pouvoir. Et toi, à ses discours, à ses racontars, à ses bobards, tu avais cru, tu avais accroché. Pauvre gogo ! Pitoyable gobeur de baratin ! Impropre à changer les choses de ce pays. À faire que les marmiteux se remplument. Que les nababs ne jouent plus les rogues. Que les fortunes soient décentes. Enfin, qu’il y ait de la compassion dans les cœurs… Compassion ! Compassion ! Compassion ! Voilà ce que tu aurais dû proposer comme programme. Compassion obligatoire pour tous, par tous… Car avec la compassion le pays aurait viré au miel. Il aurait changé de route. C’est sûr.

Tu avançais… Avançais sans trop savoir… Dans une incertitude qui te jetait loin. Impossible de dire si tu avais déjà dépassé la statue du combattant et le monastère. Tellement rien ne t’apparaissait plus. Ni le village, ni les arbres. Mais l’homme aux fleurs à tes trousses te gueulait qu’il fallait maintenant rebrousser chemin. Qu’aller par là où tu t’étais engagé, c’était rencontrer le Dragon à coup sûr. Et alors ? Tu t’accrocherais à ses grilles, bien exposé pour qu’il crache son feu sur toi.

Le gris des brumes tantôt s’épaississait, tantôt s’ouvrait en zones claires. Et par moment, des choses surgissaient, vagues ou franches. Les vignes du vieux paysan, des cimes de peupliers, des bouts de mirador ou des bribes de monastère sur ta droite. Puis tout sombrait de nouveau en un clin d’œil. Comme effacé définitivement. Dévoré par les vapeurs qui se mouvaient au gré des instabilités de l’air.

Et voilà que brusquement tu te trouvas le nez sur le Dragon. Les barbelés s’enfonçaient dans le brouillard. Il aurait suffi d’une trouée dans le ciel pour que du mirador s’aperçoive ta silhouette.

L’homme aux fleurs venait de te rattraper. Il te mit la main sur l’épaule. « Reculons ! dit-il. Ça peut cracher à tout moment. » Et il sortit une cigarette, la mit dans sa bouche, puis actionna son briquet. La petite flamme lui éclaira le visage à mesure qu’il l’en approchait. Alors l’air se déchira d’un coup sec et se remplit d’un éclair vaste et brutal. Faisant exploser le ventre des brumes. Et l’écho parti vers la montagne en retourna aussi vite pour s’écraser dans la plaine et traverser la route, faisant trembler les corps et s’envoler les oiseaux réfugiés dans les arbres. Puis aussitôt après, le même silence. Mais glacé. Plus dense qu’avant l’éclair. Et qui de nouveau infusait les brumes tandis qu’elles se reconstituaient.

Tu vis alors que l’homme aux fleurs s’était écroulé. Qu’il saignait abondamment d’une plaie qu’il avait au cou. Affolé, tu l’étais. Baissant l’échine, tu bouchas la trouée avec ton écharpe, puis tu tiras le corps mou du malheureux vers l’arrière.

Tu pleurais. Tu pleurais dans ta propre bêtise. Sanglotant et perdu, une loque, un esprit abandonné tant la mort brusquement était autour de toi partout…

Alors tombée du ciel vint une clarté blanche. Et le mirador t’apparut avec son vigile tourné vers toi. Il te semblait si proche. Tu reconnus sa grosse moustache. Il tenait son arme, le canon vers le haut. Il semblait chercher des yeux quelque chose, là même où il venait de tirer.

Des minutes passèrent. Jusqu’au moment où tu entendis un vague bruit de moteur. De plus en plus pressé d’arriver sur toi.

Une jeep s’arrêta. En descendit Gabo. Seul.

«  Aide-moi à le porter dans la voiture, dit-il. Et cesse de chialer comme ça !»

L’homme aux fleurs semblait entré dans des songes. Mais comment savoir si lui restait encore un peu de vie derrière ses paupières closes ? Ou peut-être s’était-elle déjà retirée ? À cause de ce bout de métal qu’on lui avait planté dans le corps. Comme on fait quand on veut tuer…

« Monte ! t’ordonna Gabo. Et maintenant, va falloir causer tous les deux… »

La jeep fit demi-tour et se remit sur le chemin pour rentrer.

*
( roman, 41)

L’enterrement de l’homme aux fleurs, ce fut pour tous un embarras. On ne lui connaissait pas de nom véritable ni de domicile. Sans compter qu’au moment de sa mort, il ne portait sur lui aucun papier. Seulement des pièces de monnaie. Ses poches en étaient pleines. On eut beau interroger des gens, on était dans le cirage bien qu’il fût partout mais sous l’indifférence de tous, étranger comme une bête errante… Et sa vie passait tellement inaperçue qu’il avait perdu toute réalité… Pour autant, qui pouvait accepter qu’on abandonne son corps au vent et à la terre ? On le mit au frais dans une annexe du couvent. Gabo fit constater le décès par le médecin de la cimenterie et rédigea son procès-verbal. C’est lui-même qui commanda le cercueil. «  Du bois, dit-il à un bricoleur du coin. Rien que du bois. Une croix dessus, mais pas de taffetas dedans. C’est moi qui paye… »

Il fut convenu que l’homme aux fleurs serait enterré dans le cimetière du village avec un service funèbre minimum dit par le Père Soghomone. Or, ce jour avait un beau ciel et un groupe de choristes était descendu en car de la capitale avec l’intention de chanter dans l’église en hommage à l’Illuminateur. Le cercueil était posé ouvert au pied de l’autel. Varou, Martha, Lao et Gabo l’entouraient en attendant le Père Soghomone pour la cérémonie. Non loin se tenaient quelques villageoises dont une jeune gravide qui se caressait le ventre.

« Que veux-tu, disait l’une. C’est à peine si on arrive à joindre les deux bouts. Il n’y a pas de travail. Mon aîné est obligé de travailler à faire du pain dans la capitale. Le reste du temps, il dort. Et voilà plusieurs mois qu’il n’est pas rentré, faute d’argent pour le voyage… » Une autre répliqua : « Chez nous, c’est nous qui faisons le pain. Sinon ça nous fait trop cher. D’ailleurs, l’essentiel de ce que nous mangeons est à base de farine et de sucre. L’hiver on dépense plus. Comme tout le monde cherche de quoi se chauffer, on trouve peu de choses. Et sans chauffage, nos enfants sont constamment malades… »

Maintenant, celui qu’on appelait l’homme aux fleurs reposait dans sa caisse de bois avec les vêtements qu’il avait portés le jour de l’accident. Pour dissimuler sa blessure, Martha avait remplacé par l’une de ses écharpes celle, trop chargée de sang, de Lao. On avait tendu ses jambes et disposé ses bras le long du corps pour qu’il ne donne pas une piteuse impression de recroquevillé. Et sur son air de crucifié tout juste descendu de la croix tombait du ciel une paix mélancolique. Une paix d’ailleurs, trop surnaturelle pour toucher ceux qui avaient côtoyé le malheureux de son vivant. À commencer par Martha qui avait du mal à se maintenir sur ses jambes. Son visage, qu’elle n’avait pas fardé, n’était plus qu’un masque aux traits lourds, aux yeux à fleur de larmes. Varou s’était retiré derrière l’opacité de ses lunettes tandis que Gabo conservait une attitude conforme au militaire sanglé dans son devoir. Quant à Lao, glacé, figé, habité par l’effroi, il regardait sans voir et n’avait plus d’oreille pour les bruits extérieurs.

Le défunt étant resté anonyme, le Père Soghomone fut d’abord embarrassé pour l’évoquer dans la prière qui le confierait aux mains de Dieu. Mais tandis qu’il récitait son De profundis, d’inventives périphrases vinrent miraculeusement fleurir dans sa bouche : « l’homme qui est là », « l’homme que nous enterrons » ou « l’homme que nous t’implorons d’accueillir »… Même l’inattendu « fils de l’homme dont la mort nous juge »… Et alors qu’il terminait sa litanie en la muant en aria d’imploration, un autre s’éleva spontanément de la bouche des choristes. Poussées uniment vers les hauteurs de la voûte, ses résonances, tantôt enveloppantes et tantôt ailées, se décomposaient sur les gens en pluie de grâces, vivifiant les sens et baignant le cercueil. Tous qui étaient là autour du mort en cette église, saisis par les intonations du chant, mariaient leur âme aux pierres en un mystère d’alliance pur et puissant. Puis, le silence retombé, les hommes de Gabo s’approchèrent pour porter le cercueil jusqu’à la jeep.

Le cimetière n’était pas très loin. Varou, Martha, Lao et le Père Soghomone prirent place dans une voiture de la police conduite par Gabo. Les véhicules roulèrent au pas dans un air infusé de clarté blanche et or, au pied des grandes neiges de la montagne. Son ombre traversant le chemin, le combattant caressa au passage l’homme aux fleurs à découvert dans sa boîte. On posa le cercueil près du trou et les jeunes policiers ajustèrent le couvercle. Les coups de marteau sur les clous éclataient sur la plaine, traversaient l’enclos du Dragon et en revenaient pour s’éteindre en se disséminant. Après avoir dit une rapide prière, le Père s’en fut avec Gabo. Varou prit seul le chemin du retour. Martha déposa des violettes sur la terre fraîche et resta un temps les yeux dans le vague avant de rentrer. Lao regarda longuement les policiers déverser la terre sur le cercueil, attendant jusqu’au bout que le trou soit rempli. Un petit vent vint souffler sur le sol et souleva une fine poussière.

*************


Grandeur et misère des intellectuels arméniens (1)

Qu’allait-il faire dans cette galère, le romancier Émile Zola, en publiant le fameux « J’accuse », à la une du journal L’Aurore le 13 janvier 1898 ?

Il défendait un homme.

Le capitaine Alfred Dreyfus, injustement accusé de trahison.

Zola le défendra comme d’autres plus tard auront défendu d’autres victimes au détriment de leur confort intellectuel et matériel. Certains, dans les moments les plus noirs de la répression soviétique, chercheront à sauver Sergeï Paradjanov comme d’autres aujourd’hui, dans ces moments les plus noirs de la répression turque, restent solidaires d’Osman Kavala.

En son temps, Maurice Barrès traitera les anti-dreyfusards d’ « intellectuels », avec tout le mépris que suppose l’attitude d’un auteur mettant momentanément sa plume au service d’une chose qui ne le regarde pas.

De fait, au service d’un homme dépouillé de sa vérité et affublé des oripeaux de la trahison.

Or, de péjoratif qu’il était, le mot « intellectuel » va acquérir, au fil du temps et des injustices, ses lettres de noblesse.«  Spectateur engagé » pour Raymond Aron, l’intellectuel sera aux yeux de Jean-Paul Sartre justement « quelqu’un qui se mêle de ce qui ne le regarde pas ». C’est que l’intellectuel peut rester un temps spectateur des injustices, mais il ne peut le faire tout le temps sans trahir sa conscience. Vient le jour où il doit quitter sa tour d’ivoire et pénétrer dans l’arène de la rue, crotter ses bottes, souiller sa plume et donner de la voix.

Vient le jour où l’intellectuel penché sur le passé pour en semer les leçons sur un monde « tel qu’il ne va pas mais devrait aller » éprouve le besoin d’ouvrir ses fenêtres pour entendre la rue, ouvrir sa porte et ajouter sa voix à celle des autres. Les autres ? Ceux qui souffrent d’être ignorés ou qu’on maintient dans l’ignorance de leur malheur.

Ce qui veut dire, qu’on ne s’y méprenne pas, qu’un intellectuel, s’il est honnête homme, aura pour tâche de rendre par ses textes le présent intelligible. Et à ce titre, il utilise les grilles du passé pour les appliquer au monde contemporain afin d’aider les profanes à mieux voir ce qu’ils sont et où ils vont. En d’autres termes, l’intellectuel permet à la conscience politique de chacun de s’éveiller et de grandir. Le monde n’avancerait donc que si l’intelligence du monde mute en conscience politique.

Seulement voilà : si l’intellectuel s’aime, il s’enferme dans sa recherche. Mais si l’intellectuel sème, il devient producteur de conscience. Dans le premier cas, son exercice consiste à rendre le monde actuel plus transparent en s’appuyant sur celui d’hier. Dans le second, il met sa parole au service des actes destinés à libérer la société.

Mais comme dit Camus, il faut savoir de quel côté du fléau on doit se trouver.

De fait, il y a deux catégories d’intellectuels : l’intellectuel de l’intelligibilité et l’intellectuel de la compassion. Sartre aussi bien que Camus réussirent à pratiquer les deux, sachant que Sartre était beaucoup plus un intellectuel de l’intelligibilité au risque d’une certaine radicalité, tandis que Camus était un intellectuel de la compassion au risque des frustrations et contradictions que cela suppose. Mais au moins l’un et l’autre étaient « engagés » dans le monde pour autant qu’ils pouvaient l’être.

( Précisons que l’intellectuel n’est pas forcément un homme qui s’occupe des choses de l’esprit. Dès lors que nous nous exprimons en citoyen responsable, que nous nous mêlons de ce qui ne nous regarde pas, que nous ajoutons du sens à la conscience des autres, nous agissons en intellectuel. Le cas le plus emblématique est celui d’Yves Montant qui ne s’interdira pas d’interpeller les dirigeants soviétiques sur l’invasion de la Tchécoslovaquie et qui, en rupture avec le communisme naïf de ses origines, seul ou avec des intellectuels de profession, soutiendra les réfugiés du Chili ou militera pour les droits de l’homme en s’engageant en faveur du syndicat Solidarnosc de Lech Walesa) 

( à suivre) 

*******

Grandeur et misère des intellectuels arméniens (2)

Depuis plusieurs années, une pincée d’intellectuels de la diaspora arménienne, diplômés au plus haut degré, fait la navette entre la France et l’Arménie, pour prêcher la bonne parole universitaire auprès de leurs frères autochtones. Qu’on ne s’y méprenne pas. Leur activité n’a rien d’officiel. Si elle ne s’exerce que parcimonieusement au sein de l’université arménienne, au gré d’amitiés respectueuses de leur savoir ou autres, c’est principalement dans des lieux « underground » que viennent les écouter les générations les plus vives du pays, titillées par la nouveauté, une certaine mode ou le bouche-à-oreille.

De fait, c’est un pur produit de la pensée universitaire occidentale qui vient percer la carapace de 70 années de soviétisme dur. En ce sens, l’effort est louable pour autant que les autochtones consentent à se faire violer par l’étrangeté des leçons que leur fournit tel ou tel membre avancé de la diaspora, avec l’illusion probable de rattraper à bon compte un retard intellectuel inexorablement perdu. Et sincèrement, sont dignes d’être salués les efforts pédagogiques de ces conférenciers tout entiers dédiés à ces Arméniens qui n’en finissent pas de souffrir des pathologies de l’enfermement culturel, prisonniers des affres qui accompagnent l’accouchement d’une démocratie minée par les tics et les tocs de l’amour incestueux que les Arméniens se portent à eux-mêmes.

En effet, cette période transitionnelle d’une république soviétique à une république arménienne, allant du même au même, n’aura produit aucune révolution impliquant le passage d’un monde fini à un monde vivant. De fait, si la désoviétisation s’est inscrite dans les surfaces du système, les mentalités ne pouvaient pas changer aussi profondément que l’aurait fait une révolution radicale dans la mesure où la mutation s’est opérée sans douleur, sans chambardement, les acteurs institutionnels de l’ère nouvelle demeurant les purs produits des temps anciens.

C’est que ces acteurs n’ayant pas les outils conceptuels pour reformuler un appareil d’État « soviétisé » ou un système culturel autocentré et narcissique se sont contentés d’adapter le référentiel désuet des années de plomb aux temps qui, pour être nouveaux, sont loin d’être aussi légers qu’une plume. Pour exemple, les professeurs d’université furent reconduits d’une république à l’autre sans opérer de changement tant en matière de pédagogie que de contenu. Si des individus ayant fait des études à l’étranger pouvaient souffler un vent neuf sur le système d’éducation, ils se sont vite heurtés à la léthargie du corps enseignant. Nous pouvons témoigner de cette apathie pour avoir proposé, sans succès, d’introduire les ateliers d’écriture à l’institut Brussov. Autre image d’un changement sans changement, celui des campagnes arméniennes affectées d’une indigence crasse qui diffère plutôt en mal de celle qui sévissait avant l’avènement de la république. Mais le pire se voit à cette sorte de désertification, doublée d’une désertion des mâles partis travailler en Russie ou ailleurs.

De plus, on peut s’étonner que nos amateurs d’idées nouvelles soient mis en demeure d’assimiler en une soirée des concepts qui ont mûri des années durant avant d’entrer dans les universités occidentales, alors qu’au cours de ces mêmes années ils subissaient, eux, le matraquage du marxisme et du léninisme. Pour exemple, Hélène Piralian a dû renoncer à faire traduire ses livres dans la langue du pays tant l’équivalence de ses mots et concepts vers la langue cible faisait défaut.

Dès lors, il peut paraître frustrant à nos conférenciers d’avoir à se censurer dans leur analyse faute de trouver un auditoire qui soit à même de saisir des concepts opérants dans le monde universitaire occidental, mais quasiment inconnus en Arménie. Ce n’est pas que ce public soit inapte aux subtilités d’un discours s’appuyant sur les piliers de l’exégèse occidentale : s’ils n’en possèdent pas les clés c’est avant tout pour la raison qu’ils sont imprégnés par d’autres modes d’intelligibilité du réel.

On mesure ici la vertu de nos conférenciers qui, devant une tâche aussi démentielle peuvent à bon droit démissionner sur des sujets contemporains au point de se cantonner à des thématiques « arméniennes » qui n’ont pour d’autre résultat que celui d’entretenir une forme d’ethnocentrisme tribal. Même des auteurs du milieu arménien les plus « anti-tabou » n’échappent pas au ronron ambiant, lequel est alimenté par le devoir de soumettre leur plume aux impératifs d’une guerre qui mine les esprits à leur insu et expose quotidiennement leurs défenseurs. L’exaltation nationaliste ne favorise guère la pensée, laquelle demeure le luxe des démocraties prospères, aux frontières stabilisées et aux esprits faisant de la connaissance un chemin d’aventure et de découverte.

Pour dire le poids de la guerre sur la culture, il suffit de retenir le débat houleux que le livre de Hovhannès Iskhanian « Jour de démobilisation » a provoqué lors de sa parution en 2012 ( voir ICI). De fait, la société arménienne la plus avant-gardiste est déchirée entre les impératifs de la guerre et les impératifs de la culture, les tenants de la guerre et les tenants de la culture ayant les uns des objectifs de concentration et les autres des objectifs d’ouverture. Cependant, dans un contexte de survie, les poètes n’ont qu’une marge réduite d’expression. C’est peut-être pour cette raison que ni les intellectuels d’Arménie, ni ceux de la diaspora n’osent bousculer les lignes.

Pour autant, nous n’aurons rien lu d’un auteur d’Arménie ni d’un intellectuel de la diaspora qui ressemblerait à l’aveu de Ronit Matalon, romancière israélienne, récemment disparue : «  Ce qui m’inquiète le plus, c’est le fait que ces deux dernières années j’ai commencé à avoir peur d’exprimer mes idées. Ce qui se passe à l’intérieur de la société israélienne me fait plus peur que les couteaux. Plus que des coups de couteau, j’ai peur que l’on ne perde notre démocratie. Et je ne suis pas la seule. Nous commençons à nous méfier les uns des autres. »

Cette peur qui prend sa source à l’intérieur du pays, nos intellectuels conférenciers ne pouvaient l’éluder. Elle constitue la limite en deçà de laquelle ils sont autorisés à parler à leur guise, tandis qu’ils risqueraient gros si leur indignation devant l’état déplorable du pays osait franchir le champ politique qui leur est tacitement imparti. Ce fait, je le comprends. Mais dans ce cas, que reste-t-il à faire sinon à parler pour ne rien dire ou à se taire en guise de protestation. Toujours est-il que nous serions horrifié si l’un de ces intellectuels conférenciers venait à accepter une récompense quelconque pour service rendu à la nation. Un intellectuel, dans ce cas, ça refuse. Sinon, ça collabore.

En 2013, un écrivain de l’intérieur, Lévon Khétchoyan, aujourd’hui disparu, n’avait pas, lui, hésité à franchir les limites de la peur. Voici ce que nous écrivions en mai 2013 à son propos sur notre blog : « Tout arrive, même en Arménie. Il faut se réjouir qu’un écrivain aussi important que Lévon Khétchoyan refuse une récompense offerte par Serge Sarkissian pour protester contre la déplorable situation sociale des Arméniens. Voilà quelqu’un qui en a… Voilà quelqu’un qui ne se contente pas de décrire l’état des campagnes. La pauvreté qu’il côtoie chaque jour l’étouffe. Certes, qui ne la voit cette pauvreté ? Qui ne la déplore ? Ce refus d’une récompense est un acte de courage. Dire non et le montrer, c’est refuser de participer au fléau, d’être de son côté en tout cas. Voilà un acte de compassion active qui va déplaire à plus d’un collabo qu’il soit d’Arménie ou de la diaspora. Car c’est aussi aux optimistes et aux idéalistes de la diaspora que ce refus s’adresse. Que faites-vous pour enrayer cette pauvreté qui fait honte à tout le peuple arménien ? » Ce jour-là les Arméniens semblaient avoir une conscience. Conscience non du moi collectif, mais de l’Autre.

Dans ce cas, comment comprendre l’Arménie ? Entité abstraite et idéologique ou pays où tentent de vivre des hommes de chair et de sang ?

(à suivre)

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