mercredi 1 avril 2020

L’UGAB Pleure la Perte de Patrick Devedjian, Fils du Peuple Français et Arménien



L’UGAB Pleure la Perte de Patrick Devedjian, Fils du Peuple Français et Arménien

Lors de sa 90e Assemblée Générale qui se tenait à Paris en février 2019, le Conseil d'administration central de l’UGAB a décerné à Patrick Devedjian le prix Boghos Nubar, la plus haute distinction décernée par l'AGBU aux membres de la communauté qui oeuvrent sans relâche au service de l’intérêt général.

Retrouvez le discours du président de l’UGAB, Berge Setrakian, prononcé à l'occasion de la remise de ce prix, dernier hommage à l'homme, au compatriote et à l'héritage qu'il laisse pour les générations futures.


Monsieur le Ministre, cher Patrick,

Il y a ceux qui veulent se rendre honorable par la politique, et ceux qui veulent rendre la politique honorable.

Il y a ceux pour qui, oublier ses racines est la condition de la réussite, et ceux qui tirent leur force et leur courage de ces racines qu’on veut leur faire oublier.

Il y a ceux, enfin, qui veulent laisser une trace dans l’Histoire, et ceux qui y parviennent parce qu’ils inscrivent leur vie dans l’Histoire.

Entre les uns et les autres, Cher Président, Cher Patrick, tu te reconnaîtras.

Mais pour ceux qui ne te reconnaîtront pas, il suffira d’évoquer ces onze années passées à la présidence du Département des Hauts-de-Seine dont la gestion, après avoir été longtemps « les écuries d’Augias » de la politique française, est devenue aujourd’hui le modèle français de la rigueur et de la probité.

Il suffirait également d’évoquer ces trois ministères, aux Libertés Locales, à l’Industrie et à la Relance économique que tu as occupés sous deux présidents, et de ces mandats passés à la Mairie d’Antony, où pendant dix-huit ans sans discontinuer, tes électeurs t’ont renouvelé leur confiance. Après trente cinq ans de vie politique, tu fais partie de ces hommes politiques qui, parce qu’ils ont été hommes d’honneur, ont rendu l’honneur à la politique.

C’est ce sens de l’honneur et ce sens du service, et pour une part, ce sens du sacrifice de soi, qui te fait l’héritier d’un autre grand soldat de la République, arménien d’origine lui aussi, qui a été un des premiers à rendre, au prix de sa vie, son honneur à la France. Je veux parler de Missak Manouchian.

Tu en es l’héritier au sens symbolique du terme, mais aussi, d’une certaine manière, au sens réel, quand on sait le soin que tu as pris, personnellement, jusqu’à la fin, au bien-être de son épouse Méliné Manouchian.
Lors du procès des quatre de l’Opération Van qui avaient pris d’assaut le consulat de Turquie en 1981, elle avait dit en désignant ces hommes qui se tenaient devant elle dans le prétoire : « Ce sont tous mes enfants ».  Tu faisais partie de ces hommes, toi qui fus l’avocat, dès la première heure, de ces combattants de la mémoire. Tu étais à leur côté, alors même que tu faisais campagne pour ton premier mandat de maire, conscient du poids que cet acte de conviction et de courage pouvait avoir sur ta carrière. Tu étais le défenseur de la Cause Arménienne avant de devenir le défenseur de la République, au nom de cette valeur commune avec Missak Manouchian, l’exigence de justice.

Mais ton combat pour la justice ne s’est pas arrêté là. Alors que grâce à l’ensemble de ces actions, le Génocide des Arméniens entrait dans l’espace public français ; il entra, par ton action personnelle, dans la loi française, celle du 29 janvier 2001. La vaste campagne négationniste qui l’a suivie a conduit l’Assemblée Nationale à examiner une nouvelle loi, pénalisant le négationnisme du génocide des Arméniens. Tu en fus l’un des défenseurs, certain que cette loi, visant la propagande d’un Etat étranger sur le sol français, n’était en rien incompatible avec la liberté d’expression qui te tient tant à cœur.

A tous ces combats, en succéda un autre : celui mené pour la survie de l’Arménie.

En 2008, l’Arménie fut classée parmi les pays les plus pauvres de la planète. A ce titre, elle entrait dans le cadre de la coopération décentralisée du département des Hauts-de-Seine que tu commençais à présider. Un an après, le 6 janvier 2009, tu signais avec le Fonds Arménien de France une convention en faveur du développement durable agro-pastoral dans le Tavoush. Aujourd’hui, dix ans après, en 2019, ce programme est plus que jamais actif et productif, et constitue un modèle de rigueur dans sa gestion et un exemple d’efficacité dans ses résultats. Grâce à l’action du Département des Hauts-de-Seine et ton action, le Tavoush est aujourd’hui un petit bout de la terre de France en Arménie.

Tout comme Aznavour dans l’art, tu es devenu, ne t’en déplaise, pour les Arméniens d’Arménie et de la Diaspora, l’emblème de la réussite, de la probité et du courage en politique. Certes, l’UGAB veut t’honorer parce que tu es ce que tu es, parce que tu fais ce que tu fais, mais elle veut aussi t’honorer pour ce que tu représentes aux yeux des générations futures, pour ces jeunes que l’UGAB veut accompagner dans leur rêve et leur désir d’excellence. C’est parce que tu démontres, par ton action et tes valeurs, que leurs rêves et leurs désirs peuvent se réaliser dans l’efficacité et le respect de l’éthique, que nous voulons te remercier aujourd’hui. Tu es, comme dit l’expression, le phare qui leur montre le chemin.

Et chaque fois que des jeunes voudront se dédier à la vie publique, à la vie politique, avec toutes les valeurs qui sont les tiennes, l’UGAB te montrera du doigt, et leur dira : suivez son exemple, cet homme d’honneur est notre honneur à tous.



 Berge Setrakian
Président de l'UGAB


lundi 30 mars 2020

Patrick Devedjian, inlassable défenseur de la cause arménienne

"Nombre de mes positions politiques sont conduites par le fait que je suis issu de cette tragédie. Cela m’amène à une Disparition de Patrick Devedjian, inlassable défenseur de la cause arménienne
                  Propos recueillis par Anne Dastakian et Guy Knopnicki
Propos Precueillis par ***
Publié le 29/03/2020 

En avril 2015, à l’occasion du centenaire du génocide des Arméniens, Marianne publiait le hors-série "Les Arméniens, une histoire française", pour souligner leur intégration exemplaire en France. Grand avocat de la cause arménienne, l'ancien ministre, décédé dans la nuit du samedi 28 au dimanche 29 mars du coronavirus, ne pouvait y manquer.

L'avocat et homme politique Patrick Devedjian, 75 ans, est décédé dans la nuit du samedi 28 au dimanche 29 mars 2020 du coronavirus. Salué par la classe politique française, l'ancien ministre, président du conseil départemental des Hauts-de-Seine a aussi reçu un hommage de Nikol Pachinian, premier ministre arménien, qui a fait part de son "immense chagrin". "Il était une personnalité exceptionnelle, un homme politique de convictions et de principes, combattant fidèle de la cause arménienne, acteur essentiel de l'amitié franco-arménienne", a-t-il tweeté.

A l'occasion du centenaire du génocide arménien, en avril 2015, Marianne avait publié un hors-série "Les Arméniens, une histoire française", pour souligner leur intégration exemplaire en France. Après sa disparition, nous partageons l'entretien que nous avions alors réalisé avec Patrick Devedjian.
 
Marianne : Vous avez beaucoup œuvré pour que la France reconnaissance le génocide des Arméniens. Est-ce par communautarisme ?

Patrick Devedjian : J’ai souvent entendu dire que les Arméniens étaient bien sympathiques mais que leurs problèmes avec les Turcs ne nous concernaient pas. Les Français ignorent leur histoire. La France porte une responsabilité dans ce qui est arrivé aux Arméniens.
Le génocide est perpétré pendant la Première guerre mondiale, la Turquie étant l’alliée de l’Allemagne. La France a alors exploité ce crime pour sa propagande et pour recruter les Arméniens sous son drapeau. Le 24 mai 1915, avec les puissances alliées, la France adresse à la Turquie un mémorandum pour lui notifier qu’elle devra rendre compte de ce crime contre l’humanité. Ce concept apparaît pour la première fois dans les relations internationales. Sans suite !
La France a signé les accords Sykes-Picot en 1916, se ménageant une zone d’occupation en Anatolie orientale. Elle y a constitué la Légion arménienne, avec des réfugiés qui ont combattu sous le drapeau français. En 1920, après la défaite de l’empire ottoman, le traité de Sèvres créait un Etat arménien. Etat aussitôt abandonné par le Traité de Lausanne, en 1923 ! Mais il restait la Cilicie, placée sous mandat français par la SDN. La France a donc eu l’Arménie comme colonie, sans jamais intervenir pour protéger les Arméniens persécutés. Elles les a abandonnés après les avoir enrégimentés. Il était donc tout à fait naturel qu’ils se réfugient en France.

Marianne : Ce fut le cas de votre famille ? 

Patrick Devedjian : Dans cette tragédie, je suis issu d’une famille privilégiée. Catholiques, francophones et stambouliotes, les miens ont échappé au génocide. Mon grand-père, qui était fonctionnaire de l’Empire ottoman, a pu se cacher après avoir été prévenu par son voisin, colonel de l’armée turque. Mon père, qui avait passé son bac à l’ambassade de France, est arrivé ici comme boursier de l’Etat français en 1919, à 18 ans. Il est devenu ingénieur en fonderie et a inventé la cocotte minute.
 
Marianne : A quel moment vous êtes-vous engagé en faveur de la cause arménienne ?

Patrick Devedjian : J’ai défilé le 24 avril 1965, pour le cinquantième anniversaire du génocide Nous étions quarante étudiants ! C’est le terrorisme arménien qui a fait connaître la cause arménienne. Le premier fut l’affaire Kilndjian, un socialiste arménien, buraliste sur la Canebière, jugé par la cour d’assise d’Aix en Provence, en 1982, pour sa participation présumée à une tentative d’assassinat contre l’ambassadeur de Turquie à Bern.
Le procès, qui a duré 8 jours, a donné lieu à une mobilisation fabuleuse. Deux mille Arméniens campent en permanence au Palais de justice. Ce fut la première médiatisation forte du génocide. Kilndjian a été condamné à une peine qui couvrait sa préventive.
Puis il y eut l’affaire du boulevard Haussmann. Quatre Arméniens du Liban avaient attaqué le consulat de Turquie, tuant le policier turc de garde. Encerclés, ils s’étaient rendus. Ils ont été condamnés à 7 ans de prison. Mélinée Manouchian (ndlr : la veuve du résistant Missak Manouchian) a témoigné, déclarant devant la cour : « Je voudrais embrasser ces garçons parce que ce sont les enfants que nous aurions aimé avoir avec mon mari ».

Marianne: La loi sur la reconnaissance du génocide a été votée en 2001 à une large majorité. Ce fut un petit état de grâce ?

Patrick Devedjian : En 2001, j’ai été l’orateur du RPR. Le gouvernement socialiste était représenté par le dernier ministre dans l’ordre hiérarchique, le secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants, Jean-Pierre Masseret. Il m’a prévenu : son texte, entièrement rédigé par le ministère des Affaires étrangères, ne contenait pas le mot de « génocide ». C’était historique. J’étais content, même si je voyais bien les considérations électoralistes de part et d’autre. J’y voyais un signe du destin : la France respectait enfin sa parole –celle de la déclaration du 24 mai 1915 - et c’est un Arménien qui venait le dire.

 Marianne : Ce sont les parjures de la France qui vous ont poussé à vous engager dans la vie publique ? 

Patrick Devedjian: J’aspire à ce que la France soit plus digne. Je fais de la politique parce que c’est mon pays et je veux qu’il soit meilleur ! 

Marianne : Comment expliquez-vous l’attitude de rejet de certains historiens ? 

Patrick Devedjian : J’ai fait condamner l’historien Bernard Lewis, qui avait déclaré au Monde que le génocide était « la thèse arménienne ». Or, l’édition anglophone de son livre Islam et laïcité comprenait une page et demi sur le génocide arménien, affirmé comme tel. Ce passage avait disparu de l’édition française. Entre temps, l’ambassade turque l’avait menacé de lui refuser l’accès aux archives.
Lewis a été condamné pour avoir tenu des propos indignes d’un historien. Il n’a pas pris les précautions minimales que sa déontologie impose. Il a le droit de contester l’appellation de génocide, pas celui de prétendre que c’est une thèse arménienne ! C’est une falsification. Les éléments qui établissent le génocide ne sont pas, pour 90%, d’origine arménienne. Un certain nombre de pays ont reconnu le génocide. L’ONU l’a reconnu, l’UE aussi.
D’historien, Lewis se fait propagandiste. D’autres sont exclusivistes. Mais le génocide n’est hélas l ‘exclusivité de personne.

Marianne : Certains vous reprochent d’avoir porté l’affaire devant les tribunaux. Ou de vouloir faire l’histoire par la loi...

Patrick Devedjian : Le tribunal, c’est une tribune, qui en vaut bien d’autres. Les lois ne prétendent pas faire l’histoire ! Nous, descendants de réfugiés arméniens, voulons justice et vérité. Le génocide est mon identité, il me structure. Nombre de mes positions politiques sont conduites par le fait que je suis issu de cette tragédie. Cela m’amène à une réflexion, à une prise de conscience peut-être plus vive que d’autres.

Marianne : La loi sur le négationnisme a été invalidée par le Conseil constitutionnel (ndlr en 2012). Quelle est votre analyse ?

Patrick Devedjian : J’avais déposé un amendement, afin que cette loi, ne sanctionne pas le travail à caractère scientifique. Il a été rejeté, notamment à cause du lobbying arménien. La loi ne doit pas entraver la liberté de recherche. Elle a pour objet d’interdire à un Etat étranger - la Turquie - de mener une propagande négationniste sur le territoire français. L’Etat successeur des organisateurs du génocide arménien vient me pourchasser dans l’exil, dans le pays où les miens ont trouvé refuge, pour nier ce qui est constitutif de mon identité, y compris mon identité de citoyen français. Je demande la protection de la République contre la continuité de cette agression. Je ne m’indigne pas d’une opinion qui me déplait !

Marianne : Comment voyez-vous l’avenir de cette question ?
Patrick Devedjian : J’attends la reconnaissance du génocide par les Etats-Unis (ndlr : en décembre 2019, le Congrès a voté une résolution reconnaissant le génocide arménien). C’est selon moi leur devoir, car le premier témoin de poids et indiscutable du génocide fut Henri Morgenthau, l’ambassadeur américain à Constantinople jusqu’en 1917. Si Washington reconnaît, je pense que la Turquie suivra, car elle ne peut continuer à le nier qu’avec la complaisance des Etats-Unis. 

Source Hebdomadaire Marianne : https://www.marianne.net/politique/patrick-devedjian-le-genocide-des-armeniens-est-mon-identite-il-me-structuretiques sont conduites par le fait que je suis issu de ce. Cela m’amène à une réflexion, à une prise de conscience peut-êStre plus vive que d’autres", nous expliquait Patrick Devedjian en 2015. - CG92/Jean-Luc DOLMAIREue d’autres", nous expliquait Patrick Devedjian en 2015. - CG92/Jean-Luc DOLMAIRE

dimanche 29 mars 2020

DISPARITION DE PATRICK DEVEDJIAN

Patrick Devedjian, lors de la 90e Assemblée Générale de l'UGAB Monde à Paris en février 2019

COMMUNIQUÉ UGAB France
 -  11, Square Alboni, 75016 Paris - +33 (0)1 45 20 03 18 

DISPARITION DE PATRICK DEVEDJIAN

Mercredi 25 mars 2020

C’est avec une immense émotion et une très grande tristesse que l’Union Générale Arménienne de Bienfaisance - UGAB France - a appris la disparition de monsieur Patrick Devedjian qui s’est éteint dans la nuit du samedi 28 au dimanche 29 mars.

Avocat, ministre, député, maire, président du Conseil Départemental, Patrick Devedjian demeurera éternellement dans nos mémoires cet homme d’engagement qui, toute sa vie durant, a défendu les valeurs en lesquelles il croyait.
Parmi ces combats, celui de la reconnaissance du génocide arménien au nom de l’idéal de justice qui lui était si cher. En tant qu'avocat, il avait été le porte parole de la cause arménienne avant d'être celui de la République, en défendant les combattants de la mémoire. Puis en tant que député il s'était engagé en faveur de la loi par laquelle la France reconnaissait le génocide des arméniens en 2001 et celle pénalisant sa négation.
A tous ces engagements, en succéda un autre, celui pour la survie et le développement de l'Arménie. Depuis plus de 10 ans, le Département des Hauts de Seine qu'il présidait  menait en collaboration avec le Fonds Arménien de France un programme agro-pastoral dans la région du Tavoush, créant ainsi un petit bout de terre de France en Arménie.
Convaincu que la culture est un vecteur de cohésion sociale et d’intégration, Patrick Devedjian fut à l’initiative de la création de La Seine Musicale. Comme un clin d’œil, il avait souhaité que ce haut lieu de culture soit construit sur l’Île Seguin, face au Collège Samuel Moorat où il avait fait sa scolarité et cultivé son arménité. 
L’un de ses derniers combats était d’ailleurs en faveur de sa réhabilitation, engagé avec force et passion comme Président de l’Association du Collège pour qu’un centre de recherche pour la mémoire arménienne puisse un jour y naître.
A l’occasion de sa 90e Assemblée Générale qui se tenait à Paris en février 2019, le Conseil d’administration central de l’UGAB lui rendait hommage en lui remettant le prix Boghos Nubar, la plus haute distinction décernée par l’UGAB aux membres de la communauté qui élèvent les autres et œuvrent sans relâche pour le service public.

Le conseil d’administration de l’UGAB France, adresse ses sincères condoléances à son épouse, ses enfants et petits-enfants, ainsi qu’à sa famille et ses proches.
Toute la Nation arménienne est en deuil.

Par son engagement et ses actions, Patrick Devedjian était et est à jamais pour les Arméniens d’Arménie et de la Diaspora, l’emblème de la réussite, de la probité et du courage en politique. 
Aujourd'hui nous perdons un homme d'exception, pilier de notre communauté qui sera pour nous et les générations futures un exemple à suivre.

Le Conseil d'Administration de l'UGAB France


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Voir aussi 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Patrick_Devedjian

vendredi 27 mars 2020

La foi des petites ombres - Conte de Nikos Lygeros

   

    La foi des petites ombres
                        Conte de  N. Lygeros                    
                                                                                   
                                                 (traduit du Grec par A.-M. Bras) 

Ils voulaient voir dans le noir. Et pour voir dans l’obscurité, ils pensèrent utiliser des bougies. L’autre lumière était très intense et les ombres la craignaient. Ils voulaient voir les ombres dans le noir. Les bougies faisaient des ombres, des petites. Mais ils n’avaient pas pensé qu’ils créeraient même des ombres sur les tableaux. C’était dans un salon qu’il y avait des tableaux. Ils les avaient placés là depuis longtemps, mais ensuite ils semblaient avoir été oubliés. Dès qu’ils virent les bougies, les tableaux pensèrent que les enfants voulaient les revoir. Même Nietochka était contente. Les enfants en regardant les tableaux se rappelèrent quand ils avaient été faits, quand ils avaient été placés sur le mur. Un mur en bois, un grand arbre droit, si grand qu’il ressemblait à un mur. Ils n’avaient jamais pensé que leur maison était dans un arbre. C’étaient des petits enfants, de très petits hommes. Dans d’autres contes de fées, nous les appellerions Lilliputiens, mais ici simplement des élèves. Ils avaient l’habitude de voir des choses qui étaient grandes, car ils étaient toujours sur une épaule et ne prêtaient aucune attention aux petites. Alors cette nuit-là, ils décidèrent de prêter attention aux petites ombres. Ils n’avaient pas pensé à ce que signifiait une petite ombre. La petite ombre est l’ombre que nous oublions petit à petit. Tout le monde oublie les petites ombres et à la fin on ne parle même plus des ombres, même si les bougies les ont toujours en mémoire. Donc, quatre petits hommes décidèrent d’allumer quatre petites bougies. Chacun avec sa bougie pensait au monde qu’il voyait à nouveau dans ce salon. Il était plein de livres, avait de belles étagères, la courbure d’Einstein, pour ne pas oublier le poids des livres. Mais ce n’était pas le sujet. Ils avaient appris cette nuit-là la différence entre le sacré et la croyance et n’en croyaient pas leurs yeux. Ils n’avaient jamais pensé à ce petit détail. La foi en la vérité, le sacré de la beauté. Ils regardèrent à nouveau les tableaux, ils étaient placés sur le bois, comme les icônes sur l’iconostase. Mais il existait cependant une grande différence, ils pouvaient entrer dans le lieu sacré sans que personne ne leur dise quoi que ce soit. Ils se demandaient si les ombres parlaient dans le sanctuaire et si elles croyaient. Anastasia à coup sûr. Le vieil homme y avait pensé. Il était clair que les deux femmes qui entraient à l’église croyaient. L’Apôtre le savait. Dostoïevski aussi. Même dans ce coin relativement perdu, ils réussirent à relire les fleurs qui s’ouvraient en braille. En fin de compte, ils pensèrent que ce serait une bonne idée d’allumer les bougies plus souvent et de réfléchir à nouveau sur l’espace. Ils n’avaient jamais pensé pouvoir vivre dans un sanctuaire, ils n’y croyaient pas, quelqu’un devait le leur dire. Qui pourrait vivre continuellement dans un sanctuaire ? Un homme… aucun. Et ils étaient tous des petits hommes. Mais ils pensaient que ce qui pouvait vivre dans le Sanctuaire, c’était leur foi. Leur foi que ce mur en bois, qui appartenait à un arbre, était leur propre temple. Ils le virent pour la première fois, de cette façon. C’est ce que les petites bougies vous montrent… Il fallait que la lumière soit douce, change la disposition d’esprit. Ils se réjouirent de voir les icônes byzantines sous ce jour aussi, elles étaient toutes alignées, blotties les unes contre les autres, l’une protégeant l’autre et se protégeant mutuellement. Comme c’était finalement facile de voir les petites ombres, de les voir revivre. Ils se souvinrent du Crépuscule de Nietzsche et réalisèrent finalement que la foi n’apparaît pas quand il y a trop de lumière. La foi apparaît lorsqu’il y a peu de lumière, lorsqu’apparaissent doucement les petites ombres, car alors ce qui abreuve le monde, c’est la foi. Voilà comment ils se réjouirent. Ils comprirent qu’ils étaient aussi des petites bougies. Ils ne voyaient pas tout le temple, mais ils savaient où était son iconostase, alors ils décidèrent d’agir et de retrouver l’essence. Même quatre petits hommes sur un canapé pouvaient aider le monde parce qu’ils fabriquaient des jouets. Bien sûr, au début, ils pensèrent que les jouets n’étaient que des constructions. Ils n’avaient pas remarqué qu’ils agissaient comme des cadeaux à l’Humanité, surtout en les donnant aux autres. Les grands portaient des croix, les petits des jouets. L’étrange, quand ils seraient vieux, c’est qu’ils sauraient ce qu’ils avaient fait quand ils étaient jeunes. Ainsi du salon de bois avec son coin, car un seul était en bois, l’autre manquait pour être ouvert sur le monde, d’ailleurs le temple ne fermait jamais. Et ils pensèrent que le fauteuil qu’ils voyaient, parce que c’était un fauteuil et non une chaise, se rappellerait à ceux qui racontent des contes aux petites hommes parce qu’ils les ont toujours en eux. Ils ne pouvaient pas imaginer comment être en eux. Ils regardèrent à nouveau l’iconostase et pensèrent que la foi dans le Maître change tout, mais ils ne savaient pas qu’ils avaient changé et finalement, comme des petites âmes, ils résidaient dans le Maître. Au début, ils pensaient que ce n’était qu’un espace, puis ils réalisèrent que c’était le Temps. À l’intérieur du salon en bois, ce qu’ils virent finalement, c’était  à quel point la vérité était belle et à quel point la beauté était vraie, tout simplement. Ainsi ils allèrent bien dormir et nous encore mieux.

                                                                                    26 mars 2020

mercredi 25 mars 2020

MESSAGE DE MAITRE PHILIPPE KRIKORIAN - MESSAGE FROM MASTER PHILIPPE KRIKORIAN




MESSAGE DE MAITRE PHILIPPE KRIKORIAN 

Nous nous efforçons de nous acclimater, comme des millions d’autres personnes, aux nouvelles conditions de vie qu’imposent les dernières mesures gouvernementales de police sanitaire.
Le télétravail est privilégié.
La pandémie de COVID-19 aura, en tout état de cause, révélé la fragilité des sociétés humaines du XXIème siècle.
Gageons que ce sera l’occasion d’une prise de conscience mondiale, pour un avenir durable.
Il est à craindre, en outre, que la journée commémorative du 24 Avril ( décret n°2019-291 du 10 Avril 2019 relatif à la commémoration annuelle du génocide arménien de 1915 ) ne soit, cette année, reportée.
Sachons, cependant, dans l’adversité, demeurer solidaires et conserver l’Espérance.


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Marina Victoria Gale MESSAGE FROM MASTER PHILIPPE KRIKORIAN
(traduction du français)


We are trying to acclimatize ourselves, like millions of other people, to the new living conditions imposed by the latest government health measures.
Telework is preferred.
The COVID-19 pandemic will, in any event, have revealed the fragility of human societies in the 21st century.
We bet that this will be the occasion for a global awareness, for a sustainable future.
It is to be feared, moreover, that the commemorative day of April 24 (decree n ° 2019-291 of April 10, 2019 relating to the annual commemoration of the Armenian genocide of 1915) will be, this year, postponed.
Let us know, however, in adversity, to remain united and to keep Hope.