samedi 21 avril 2018

Arméniens de diaspora, nous avons un devoir de solidarité avec la lutte du peuple d’Arménie, par Yériché Gorizian

Yériché Gorizian

Arméniens de diaspora, nous avons un devoir de solidarité avec la lutte du peuple d’Arménie, par Yériché Gorizian

Au rythme des révoltes et des guerres, ces dernières années nous ont permises d’exprimer notre solidarité avec des causes et des peuples. Les Arméniens ont ainsi, tour à tour, soutenu le peuple de Turquie, qui dans sa grande diversité, luttait contre les projets urbains d’Erdogan et sa politique de manière générale. Attentifs aux manifestations de Taksim et Gezi, nous avons été nombreux à être soucieux des vagues d’arrestations d’opposants politiques et de journalistes qui s’intensifiaient dès 2013. Les Arméniens ont également été solidaires des Kurdes, lorsqu’ils étaient réprimés en Turquie, notamment à Dyarbekir en 2015. Toujours aux côtés des Kurdes dans les rues de France, pour dénoncer chaque année depuis 5 ans, l’assassinat impuni, à Paris, des trois militantes de la cause de ce peuple. Nous avons également dénoncé les crimes de Daech et des groupes islamistes en Syrie à partir de 2011, exprimé notre compassion lorsque les chrétiens d’Orient ou les Yezidis étaient opprimés. Ces quelques marques de solidarité, même si elles auraient pu être encore plus prononcées et généralisées, sont le signe d’une humanité qui honore les Arméniens dans leur globalité. C’est un devoir, en tant que peuple violenté à travers les siècles de se tenir aux côtés des naufragés de notre temps.

Aujourd’hui, c’est le peuple d’Arménie qui défend sa dignité dans les rues de Yerevan. En réalité il a pris le chemin de la révolte depuis plus longtemps. Dès 2008, pas une année ne s’est écoulée sans un printemps, un hiver ou un été de lutte intense. Les motifs des mobilisations ont pu varier au gré des contextes. Le peuple a manifesté sa colère à cause de la totalité des élections truquées, mais aussi en raison de l’augmentation du prix de l’électricité décidée par Moscou, ou encore pour soutenir les Sasna Dzrer (les “enragés de Sassoun“) ou plus généralement pour dénoncer la corruption généralisée qui a permis aux dirigeants d’Arménie et leurs amis, de devenir les personnalités les plus riches du pays. Mais les raisons profondes de la révolte qui gagne le pays sont constantes et se sont accentuées au fil du temps ; les désirs d’égalité, de liberté et de justice.

Le peuple est las de se faire exploiter par une oligarchie sans foi ni loi, à part celle de ses maîtres au Kremlin. Les injustices sont en train de tuer l’Arménie de l’intérieur. Toutes les richesses du pays sont vendues à des multinationales. Toutes les ressources sont pillées par un clan, dont les membres se partagent le pouvoir. Bientôt il ne restera plus rien pour assurer la défense du pays contre un voisin, l’Azerbaïdjan du dictateur Ilham Aliyev, particulièrement expansionniste. Par lassitude et écœurement, les Arméniens partent, s’exilent massivement pour vendre leur force de travail à un autre pays et tenter de construire un avenir meilleur pour leur famille. Quel avenir pour une Arménie vidée de ses habitants ?

Si, en tant qu’Arméniens, nous avons été capables d’empathie, voire de solidarité, avec les minorités de Turquie et de Syrie, quel serait le symbole d’une diaspora qui fermerait les yeux sur un peuple d’Arménie qui défend ses droits et résiste contre le régime politique qui l’opprime ?

Faire preuve d’unité, dans ce cas de figure, consiste à choisir un camp. La diaspora sera soit en faveur du gouvernement, soit du côté du peuple. Dans ce contexte, opter pour le silence équivaudrait à se ranger du côté du gouvernement. Gardons toujours à l’esprit que ce sont les nouvelles générations, celles qui s’organisent dans la rue pour changer de régime qui auront la tâche de bâtir l’Arménie de demain, ne les abandonnons pas.

Yériché Gorizian, chercheur à l’université de Lyon, membre du mouvement Charjoum

vendredi 20 avril 2018,
Ara ©armenews.com

vendredi 20 avril 2018

Et maintenant  ? - ARA TORANIAN


Et maintenant ?

Editorial -Ara Toranian (NAM)

Il n’y a que la foi qui sauve. Et il fallait être sûr de son bon droit pour se lancer comme Nikol Pachinian l’a fait dans cette longue marche à travers le pays qui allait aboutir à l’un des plus grands rassemblements que l’Arménie ait connu depuis l’indépendance. Ils partirent à une dizaine et se virent au moins 1000 fois plus nombreux en arrivant place de la République le 17 avril à 18h. Une initiative que son jeune parti, Contrat Civil, a pris seul, et même contre l’avis de ses partenaires de la coalition Yelk ( Lumineuse Arménie et le parti République) qui ne croyaient pas en l’avenir d’une telle entreprise.

Force est pourtant de constater que le pari a été jusque-là gagnant en terme de mobilisation. Et que, dans sa capacité à cristalliser les colères et les frustrations, Nikol Pachinian a réalisé un sans-faute. Mais le plus difficile reste à faire : transformer le rejet en espoir et lui donner un contenu politique.

La revendication sur la démission de Serge Sarkissian, désigné comme la cause de tous les maux de l’Arménie - il faut toujours un responsable-, a été le grand catalyseur du mouvement. D’autant que le tour de bonneteau constitutionnel auquel « la majorité » en place s’est livrée pour assurer la reconduction de son leader à la tête de l’exécutif passe mal. C’est le moins que l’on puisse dire.

Toutefois, Pachinian ne va-t-il pas trop loin en préconisant, comme il l’a annoncé, le début d’une révolution de velours, à savoir une stratégie de prise de pouvoir non-violente par la rue  ? L’Arménie n’est pas l’Ukraine, ni la Géorgie. La guerre qui couve à ses frontières porte en germe une menace existentielle pour le pays. Aussi, dans cette situation, les dirigeants en place auront beau jeu d’en appeler à l’éthique de responsabilité et aux arguments relatifs à la sécurité nationale.

Pour autant le peuple doit-il éternellement se taire et avaler toutes les couleuvres  ? La résignation politique, l’apathie sociale, la désertion civique et ses conséquences démographiques, ne sont-elles pas autant de facteurs de faillite morale et de capitulation nationale  ?

Dans ce contexte, le défi de Pachinian sera d’alimenter la part de rêve nécessaire à la pérennisation de son mouvement, tout en essayant de lui trouver, si possible, des débouchés politiques constitutionnellement corrects. Compliqué.

Sarkissian devra quant à lui veiller à ne pas assoir son pouvoir sur les baïonnettes, ce qui en général commence si bien et finit si mal...comme le supplice du pal...écrivait Victor Hugo.

Car tout recours à la violence ne ferait à ce stade de mobilisation qu’affaiblir la cohésion du pays et aller à l’encontre du besoin de renforcement national revendiqué. Au-delà de l’usage de la force, aléatoire à tout point de vue et politiquement délétère, il lui faudra à nouveau convaincre, retrouver encore du crédit politique.

Il y avait en partie réussi, après les grandes manifestations de juillet-août 2016 en promettant des réformes de fond et en nommant pour les mettre en oeuvre un Premier ministre jugé généralement crédible. Il a ainsi gagné un an et demi de répit. Puis il a remporté dans la foulée, quoi qu’on en dise, les législatives de mars 2017.

Face à la naturelle usure du pouvoir, il n’a pu pour autant incarner l’espoir, dire des choses aux gens, ce qui est beaucoup plus simple lorsque l’on se trouve sur les bancs de l’opposition que quand on doit défendre son bilan, après dix ans de mandat, dans un pays aussi volcanique et infortuné que l’Arménie.

Comment dans ces conditions Serge Sarkissian pourra-t-il résister à un ras-le-bol aussi massivement exprimé  ? De quels arguments dispose-t-il pour répondre à l’indignation d’une grande partie de l’opinion qui voit dans sa reconduction quelque peu forcée à la tête de l’exécutif, le coup de poker de trop  ? L’homme a montré qu’il avait du sang-froid, de la suite dans les idées et du répondant politique. Il lui faudra dans ces circonstances extraordinaires avant tout convaincre de son sens de l’intérêt général.

                                                                              Ara Toranian

                                                                      Mercredi 18 avril 2018,
                                                                       Ara ©armenews.com

Ne change rien - Quand le théâtre - N. Lygeros -


Ne change rien

N. Lygeros
Traduit du Grec par A-M Bras

Ne change rien
si ce que tu fais
est une œuvre de l'Humanité
sinon fais
tout ce que tu peux
pour vivre
quelque chose de différent
que tu n'as pas
encore imaginé
car jamais
tu n'as vu
l’Humanité
en tant qu'entité
même si maintenant
elle est coincée
sur terre
sans accès
à l'espace.

*****
Quand le théâtre

N. Lygeros
Traduit du Grec par A-M Bras

Quand le théâtre
et la musique
s’associent
on voit alors
les fondations de l'opéra
dans un salon
avec une cheminée
où personne
n'avait osé
composer
quelque chose de nouveau
qui constitue
la profondeur
en relation
avec la surface
de la vie quotidienne
qui ne voit pas
le Temps
mais seulement les années.


*****

(1) http://dzovinar.blogspot.fr/p/blog-page.html
(3) Autres poèmes : mes choix**
(4) textes - poèmes (suite)
(5) textes - poèmes (suite)
(6) Nouvelles
(7) textes - poèmes (suite)
(8) textes - poèmes (suite)

jeudi 19 avril 2018

Quand tu es allé - La communication - Le test inverse de Turing - N. Lygeros


Quand tu es allé

N. Lygeros
Traduit du Grec par A-M Bras

Quand tu es allé
sur le lac
tu n'avais pas imaginé
que c'était un monde
entier
qui attendait
de regarder en face
l’oeuvre
de l'Humanité
à une si proche
distance
ainsi le futur
rencontra
le passé
et le pont
apparut
via la barque
qui passa
au-dessus du liquide
sous le ciel.

*****
La communication

N. Lygeros
Traduit du Grec par A.-M. Bras

La communication
n'est jamais
une compréhension
sans effort,
elle ne s’obtient
qu’avec la transcendance
donc ne crois pas
que ce soit si facile
de véhiculer
des connaissances complexes
à travers des informations
car celles-ci
ne peuvent supporter
leur poids
puisqu’elles vivent
seulement à la surface
du lac
sans absolument rien 
connaître
de la profondeur.

*****
Le test inverse de Turing

N. Lygeros
Traduit du Grec par A-M Bras

Le test inverse de Turing
est celui où une hyperstructure
examine sans voir
si elle repère des différences
entre un homme et une hyperstructure
et quand tu y penses
de cette façon
tu réalises que finalement
l'observateur
joue un rôle important
et même beaucoup plus grand
que ce que tu croyais
avant de découvrir
la vérité sur la question
derrière une approche
purement théorique
qui se solde
d'une manière très pratique
finalement.

*****

mercredi 18 avril 2018

À la veille de nos 25 ans - Editorial - Ara Toranian


À la veille de nos 25 ans
Editorial
 Ara Toranian

Dans une vie communautaire saturée par les dates anniversaires et autres commémorations, on éprouverait presque quelques scrupules à rappeler que NAM fêtera ses 25 ans au mois de mai. Pourtant, ce magazine est bel et bien en train de franchir la barre du quart de siècle. Et, à tout bien considérer, cet anniversaire en vaut finalement bien d’autres, tant il est vrai que NAM et son site internet armenews.com occupent une place de choix dans le dispositif organisationnel des Français d’origine arménienne.

À première vue, les choses semblent aller de soi : chaque mois le magazine explore en profondeur l’actualité tandis que, tous les jours de l’année, le site diffuse les nouvelles en flux continu. Rien à signaler donc. Si ce n’est que, derrière cette normalité devenue aujourd’hui une évidence, se cache une somme considérable de moyens humains et financiers, beaucoup de travail et de militantisme qui demandent à être davantage soutenus. La liberté n’a pas de prix, ce n’est pas nouveau. Mais celle des médias a un coût. Et, dans ce domaine, on ne rappellera jamais assez la communauté à ses devoirs. D’autant que, pour elle, la presse n’a pas pour seule vocation d’informer ou de créer du lien. Elle est aussi un vecteur de l’action. L’engagement ne se divise pas. En particulier à l’ère de la communication triomphante et de la lutte pour l’hégémonie culturelle. Un monde où l’on sait qu’en matière politique, le « dire » et le « penser » sont des modalités du « faire ». Ainsi n’est-il pas fortuit que les racines de Nouvelles d’Arménie plongent dans le réveil arménien des années 70. Comme ne l’est pas non plus son implication au plus haut niveau de l’exécutif politique franco-arménien, à travers le CCAF. Il y a dans cette histoire un fil conducteur, une logique. Celle de permettre l’expression d’un peuple réduit au silence après avoir été réduit à néant.

L’information est le prélude à la formation, à l’action. Pour le peuple arménien encore plus que pour tout autre, elle ne se résume pas à un bien de consommation marchand. Elle est une conquête, le fruit d’un combat, un indispensable instrument de connaissance pour agir et peser collectivement. Cette approche est parfaitement intégrée et assumée dans la ligne éditoriale de NAMqui s’implique depuis sa naissance dans toutes les luttes de la communauté. Ce qui ne l’empêche pas de revendiquer son statut de média à part entière. Un mensuel qui n’a pas à rougir de la comparaison avec les grands news magazines, malgré la modestie de ses moyens. Et plus il se hissera à leur niveau, plus il sera efficace.

« Un journal c’est la conscience d’une nation », écrivait Albert Camus. Certes. Mais pas seulement. C’est un contre-pouvoir et donc un pouvoir. On le sait depuis au moins la seconde moitié du XIXe siècle. Et l’histoire arménienne, dont la trajectoire a été jalonnée par des titres mythiques, ne fait pas exception à la règle. Aussi ne fautil pas s’étonner que la presse arménienne constitue une cible privilégiée. À cet égard, il convient de se féliciter et non de se plaindre des attaques dont NAM fait l’objet. Même s’ils l’affaiblissent financièrement, les procès qui lui sont intentés par l’Azerbaïdjan ou par des négationnistes sont en réalité à considérer comme autant d’hommages à son action. Et ses victoires devant les tribunaux comme autant de trophées contre l’adversité.

25 ans après, il est donc plus que jamais nécessaire de soutenir l’attelage NAM/armenews.com. Lui donner les moyens, en particulier économiques, de sa liberté et de ses ambitions. Il s’agit d’un combat arménien, bien sûr. Mais aussi d’un engagement citoyen, car la République est riche de sa part arménienne et a intérêt à son rayonnement, comme l’ont souligné les quatre derniers présidents de la République.

Pour préparer l’entrée de NAMdans le deuxième quart de siècle de son existence, de nouveaux chantiers ont été ouverts par son équipe. On en verra très vite les fruits sur internet, avec une refonte d’armenews.com, rénové, remaquetté, professionnalisé. Mais aussi avec une série d’initiatives publiques qui traduiront l’envie du titre d’élargir son champ d’intervention, notamment dans la vie politico-culturelle franco-arménienne.

Face aux immenses besoins auxquels elle doit répondre, en particulier ceux de l’Arménie, la communauté arménienne de France, extrêmement sollicitée, a tendance à s’investir dans l’aide directe. C’est compréhensible. Mais quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que lui donner un poisson. La presse est ce levier qui permet de potentialiser l’effort sur tous les fronts. Aussi, soutenir les médias arméniens, et singulièrement NAM, relève d’une incontournable nécessité stratégique. Il faut donc s’abonner , non seulement pour profiter d’un support essentiel d’information, mais également pour enrichir notre « intellectuel collectif », faire vivre le débat public, orienter, influer, infléchir, faire avancer. En s’aidant ainsi soi-même, on aide de la meilleure façon le monde arménien. C’est un combat à part entière. Il faut continuer à le gagner. ■

                                                                    dimanche 15 avril 2018,
                                                                      Ara ©armenews.com