samedi 23 septembre 2017

Le Champagne rosé - Quand tu découvres - L'innovation - N. Lygeros


Le Champagne rosé

N. Lygeros

Le Champagne rosé
à côté des roses thé
représente la début
de l’initiation
à un repas
de Maître
qui n’a jamais
oublié
la tradition
du savoir-faire
pour découvrir
l’avenir
d’une maîtrise
jamais égalée
car son innovation
a transcendé
les époques
et les frontières
pour montrer
l’état de grâce.

*****
Quand tu découvres

N. Lygeros

Quand tu découvres
l’escalope
de foie gras
de canard
poêlée
avec sa sauce
passion
tu comprends
pourquoi
le Maître
a déjà
laissé
sa trace 
dans le patrimoine
immatériel
de l’Humanité
avec seulement
quelques touches
de son art.

*****
L'innovation

N. Lygeros

L’innovation
d’un pigeon
en feuilleté
au chou nouveau
ne se voit pas
seulement
à la dégustation
car la présentation
montre
les traces
d’un art caché
qui se sublime
pour rendre
service
au palais
des hommes
qui respectent
la subtilité
des saveurs.

*****



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mercredi 20 septembre 2017

"La croix du dragon" Poèmes (extraits)- Nikos Lygeros


Le dragon arménien

 Caché au milieu des innocents
Dans le corps de chacune des victimes
Le dragon blessé
Demeurait muet.

Il regardait son peuple
Souffrir
Mais il pensait déjà à la mémoire
Du futur.

Il resterait vivant malgré le martyre.
Car il était désormais
Son peuple ;
Les victimes prendront corps en lui
Et l'innocence sera la force du juste.

Tel était le Vishap.

*****
La voie arménienne


Innocent j'étais,

De sang arménien je suis,

Dragon je serai

*****
Arménien
(traduit du grec par A.M. Bras)

Je ne savais pas ce que disaient les lettres du mémorial...
C'était de l'arménien.
Cependant je voulais apprendre aussi je cherchai autour de moi.
Alors je vis la petite qui pleurait en silence.
- Qu'y a t-il d'écrit ici ?
Elle ne répondit pas tout de suite...
Elle ânonna la phrase étrange,
Me regarda et dit :
- Notre histoire, leur péché.
- Merci, ma vie.

*****
Le serment de 1915

Toi qui n'étais pas né
Tu n'as pas le droit de mourir
Avant de lutter.
Toi qui n'as pas été torturé
Tu n'as pas le droit de souffrir
Sans lutter.
Toi qui n'es pas mort
Tu n'auras le droit de vivre
Qu'après avoir lutté.
Car sans lutte, tu ne seras.

*****
Sinon

Si l'horizon st grandiose
C'est en raison des hommes,
Du peuple des pierres.

Si le monde est crucifié
C'est en raison des Khatchkars
Qui se souviennent de tout malgré tout.

Si nous méritons d'exister
C'est pour réparer les injustices
Commises sans aveux.

Si tu es encore là demain
C'est que sans toi
Le temps n'est devenir.

Car pour exister
Il doit être reconnu.


Ignitions - 2007

Le premier jour de la nuit - ( Les trente baisers du soleil - Roman) - Nikos Lygeros

 Les trente baisers du soleil


Feuille 3

Le premier jour de la nuit
(extrait)

Leur barque déchirait les eaux du lac. Autour d'eux on n'entendait que le silence. Ils étaient seuls, complètement seuls. La femme se tenait debout, elle regardait le fond du lac, cet endroit qui portait la même couleur que ses vêtements. L'homme tirait vigoureusement sur les rames. Il sentait la résistance du lac. Mais seule la nécessité existait. Son front ruisselait de lumière. Silencieux, il regardait seulement la femme, phare de son amour. Il savait qu'elle souffrait chaque fois qu'elle se trouvait sur le lac et il tirait sur les rames encore plus fort. Cependant quand ils atteignirent le milieu, la femme fit un mouvement et lui, releva les rames. C'était là. La barque avec ses deux ombres s'arrêta au centre du bleu. Ici avait chaviré leur mémoire. Ici s'était noyée la lumière. La femme fit sa prière et jeta sa croix dans le lac. Alors l'homme replongea les rames dans l'eau et se remit à ramer. Ils n'avaient rien dit, ils avaient tout fait. Tout sauf la dernière rencontre. Le lac essayait de refermer la blessure de la barque mais celle-ci s'avançait plus profondément. Rien ne pouvait l'arrêter et même la mort les laissa passer. Elle connaissait le poids des ombres. Enfin la barque glissa sur la rive de la terre oubliée. Il y avait des années qu'elle n'avait vu un homme. Quand la femme descendit, elle se baissa et l'embrassa avec amour. L'homme laissa les rames dans la barque et la repoussa. Il la regarda s'éloigner puis détourna son regard. La femme avait avancé et il la suivit. Il voyait sur ses traces la passion de la mémoire et ne supporta pas sa douleur. Il voulut l'arrêter mais c'était trop tard. Il les attendait déjà. C'était le jour du printemps. Ils marchèrent sur les pierres de l'oubli et se blessèrent les pieds, mais ils ne s'arrêtèrent pas, il fallait arriver avant le soleil. Il était là-bas sous un arbre. La croix regardait le ciel et ils virent les trois doigts blancs ceux de la foi. L'homme prit la main de la femme. Ils ne savaient pas quant aurait lieu la prochaine fois. Le voleur, son père, les attendait sous les fleurs. Sur le côté de sa tombe il leur avait demandé de mettre une petite fenêtre pour voir le printemps et aujourd'hui c'était le premier jour. Il se retourna sur le côté et vit le couple vêtu de noir. En cet instant, il comprit que sa patrie avait été envahie et ses yeux pleurèrent. C'était le premier jour de la nuit.


Xanthi - 2006

lundi 18 septembre 2017

Les voilà - Au mots d'une femme - N. Lygeros


Les voilà

N. Lygeros

Les voilà
ma mère
et mes frères
répondit
Jésus
en désignant
ceux qui l'écoutaient
lorsqu'on
lui parla
de sa famille
car il était
totalement
libre 
des liens
du sang 
puisqu'il
aimait 
déjà 
l’Humanité.

*****
Au mots d'une femme

N. Lygeros

Aux mots d'une femme
qui parla du ventre
qui l'avait porté
et des seins 
qu'il avait tétés, 
Jésus répondit
que ceux 
qui étaient 
heureux
c'était ceux
qui écoutaient
la parole
de Dieu
et qu'il l'appliquaient
car c'était cela 
l'essence même
de son enseignement
qui avait la volonté
d'être universel.

***** 


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Jean-Paul Gasparian pianiste et Jeune virtuose - (Alakyaz n° 55)


Jean-Paul Gasparian

Le récital donné par Jean-Paul Gasparian le 8 août dernier dans le cadre du prestigieux festival international de piano de La Roque d’Anthéron a ébloui le public par le haut niveau de sa prestation. Sa musicalité, sa maîtrise technique, la fluidité de son jeu pianistique et une grande force expressive d’une sensibilité raffinée composent une personnalité musicale déjà très affirmée qui étonne par l’élégance de son style, la limpidité de son phrasé, une maturité remarquable, en dépit de son jeune âge. Ces qualités se sont déployées dans un programme autant séduisant qu’exigeant qui réunissait dans un répertoire éclectique Chopin et les Russes Rachmaninov et Prokofiev.

Des Etudes-tableaux opus 39 de Serge Rachmaninov (1873-1943), Jean-Paul Gasparian nous offre une lecture engagée et vigoureuse qui accorde un relief particulièrement évocateur aux différents climats contrastés de cette partition qui se décline en 9 numéros. De Serge Prokofiev (1891-1953), la Sonate n° 2 en ré mineur opus 14, permet au pianiste d’exprimer sans ostentation sa virtuosité en donnant à écouter cette sonate en 4 mouvements subtilement articulés au sein d’une architecture cohérente dans son propos musical.

Enfin, de Chopin, le plus romantique des compositeurs, Jean-Paul Gasparian interprète le Nocturne en ré bémol majeur opus 27 n°2 et la Ballade n°3 en la bémol majeur opus 47, des pièces qui emportent la belle et riche imagination du musicien, qui restitue sans mièvre sentimentalisme mais avec rigueur et retenue, l’élan qui anime ces oeuvres pour transporter l’auditeur vers des sphères où le bonheur de l’écoute saisit le mélomane.

Notons qu’en bis, le pianiste a joué, entre autres pièces dont la Ballade n°1 de Chopin, la célèbre Danse de Vagarshapat d’Arno Babadjanian (1921-1983), pianiste et surtout compositeur né à Yerevan et mort à Moscou des suites d’une leucémie. Sa musique inspirée des rythmes et mélodies populaires de sa terre natale, est toujours très prisée des Arméniens, gravée au disque et souvent au programme des concerts à Erevan et à travers l’Arménie.

Né à Paris en 1995 au sein d’une famille de musiciens, Jean-Paul Gasparian a commencé l’étude du piano dès l’âge de six ans, encouragé par sa mère pianiste et par son père pianiste et compositeur qui ont tous deux favorisé son apprentissage et le développement de ses dons perceptibles dès l’enfance. Sa formation commencée au CNR a été orientée vers une nouvelle exigence quant au toucher et une rigueur stylistique sans faille et s’est poursuivie au CNSM avec Jacques Rouvier puis dans la classe de Michel Beroff avec pour assistants Bertrand Chamayou et Laurent Cabasso, dont l’expérience et la hauteur de vue l’ont beaucoup enrichi.

«L’éblouissement des concerts, ceux par exemple de Maurizio Pollini et Ivo Pogorelich, a également été une source essentielle d’enthousiasme pour le travail musical, tout autant que la découverte des grands enregistrements du passé, ceux de Richter, Horowitz, mais aussi Furtwängler ou Claudio Abbado, de la musique symphonique à l’opéra, Mozart et Wagner notamment. Mon goût pour les avant-gardes m’a également conduit vers une écoute intense de la musique moderne et contemporaine, de Stravinsky à Stockhausen.

 Mes autres «passions fixes » que sont le cinéma, la littérature et surtout la philosophie sont absolument cruciales pour moi et ont certainement nourri ma recherche artistique», confie-t-il. Lauréat de nombreux concours internationaux, invité au sein d’orchestres prestigieux, il a entamé une carrière précoce qui s’annonce des plus brillantes. Voici un artiste complexe, aux multiples facettes qui étonne et émerveille car outre la musique, la philosophie occupe une part importante de ses activités.

Après un Premier Prix de Philosophie au Concours Général des Lycéens en 2013, il a soutenu en 2015 un Master en collaboration avec le Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris sur la problématique de l’Art et de la Vérité. Il assiste régulièrement à un séminaire à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm en vue de préparer une thèse de Doctorat. Mais sur le parcours intellectuel et artistique de cet esprit puissant, ouvert et curieux, le piano est au coeur de sa vie comme une vocation à accomplir.

Un nom à retenir, des concerts à ne manquer sous aucun prétexte!

Marguerite Haladjian
(Alakyaz n°55)