LE GENOCIDE DES ARMENIENS, ANTI-ARMENIANISME, NEGATIONNISME ...

La lumière de la nuit

Nous écrivons la nuit
pour voir
la lumière
qui n'existe pas
le jour.
Pardon
d'avoir ouvert
les yeux.

Nikos Lygeros
Traduit du Grec par A.-M. Bras

JE VOUDRAIS COMPRENDRE

ARTICLES, ANALYSES, ETATS DES LIEUX ...





S'il est vrai que nous avons des amis juifs innocents, qui de plus nous soutiennent - grâce leur soit rendue - il y a "là-haut" des instances qui ne nous aiment pas, et je le  crains , depuis fort longtemps déjà. Le fameux "complot juif " dont ils se défendent a existé et peut-être existe encore bel et bien. Sinon comment expliquer le silence médiatique qui a perduré depuis longtemps quand les médias occupent une telle place aujourd'hui ? Comment expliquer le silence autour des commémorations arméniennes du 24 avril - hormis celle du centenaire de 2015 qu'il aurait été sans doute difficile d'occulter sans prêter le flanc aux suspicions qui commencent à naître dans l'opinion de la communauté arménienne quant à l'attitude équivoque d'Israël ...Il faut reconnaître que les Arméniens sont "durs à la détente" ; il leur faut du temps pour accepter l'évidence parfois. Ce fut vrai déjà au moment des faits relatifs au génocide, en 1915, hélas.    

 "Un Sioniste reconnaît que les Juifs sont à l'origine du Génocide Arménien" ci-dessous ...



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Les faits relatifs au Génocide perpétré à l'encontre des Arméniens par l'empire ottoman et les "Jeunes-Turcs" de 1870 à 1915 et suivant,  figurent dans de nombreux ouvrages - Ce n'est pas ici mon propos de les évoquer tous - beaucoup de sites existent où l'on peut en prendre connaissance. 
Il semble cependant qu'une piste - que personnellement j'ignorais - vient de s'ouvrir à ma réflexion ... et un autre puzzle se met en place à la faveur d'informations nouvelles -
"Il n'y a pas de fumée sans feu" - dit-on

RESUMONS-NOUS

Via Wikipédia, un rappel de toutes les reconnaissances à ce jour du Génocide des Arméniens :

L'Uruguay est le premier pays à reconnaître officiellement le génocide arménien, le 20 avril 1965. Le 26 mars 2004, le président du pays signe une loi désignant le 24 avril « journée pour la reconnaissance des martyrs arméniens ».
De nombreuses reconnaissances de ce génocide sont adoptées par la suite à travers le monde : le parlement européen (18 juin 1987), le Conseil de l'Europe (déclaration écrite de l'Assemblée parlementaire le 24 avril 1998) et le Parlement du Mercosur (19 novembre 2007) reconnaissent le génocide.
Le génocide des Arméniens a été en outre reconnu par les pays suivants :
1965 :
20 avril : l'Uruguay est le premier pays à reconnaître officiellement le génocide arménien
1982 :
29 avril : la chambre des représentants de Chypre reconnaît le génocide arménien
1984 :
la Chambre des représentants des États-Unis, le 12 septembre (résolution 247 décrétant le 24 avril 1985 « Journée nationale du souvenir de l'inhumanité de l'homme pour l'homme » en mémoire de toutes les victimes d'un génocide et en particulier du « million et demi de personnes d'ascendance arménienne victimes du génocide commis en Turquie entre 1915 et 1923 »;
1985 :
2 juillet : une sous-commission de l'ONU pour la prévention des droits de l'homme et la protection des minorités publie un rapport qualifiant le massacre des Arméniens de génocide
1987 :
Le parlement européen reconnaît le génocide arménien le 18 juin 1987
1995 :
la Douma russe le 14 avril ;
1996 :
le parlement grec reconnaît le génocide le 25 avril ;
la Chambre des représentants des États-Unis limite l'aide à la Turquie à moins que celle-ci 1° reconnaisse, « comme les États-Unis, les atrocités commises contre les Arméniens de l'empire ottoman de 1915 à 1923 » ; 2° « prenne toutes les mesures nécessaires pour honorer la mémoire des victimes du génocide arménien » (résolution 3540, 11 juin) ;
1998 :
le 26 mars, le Sénat de Belgique « invite le gouvernement turc à reconnaître la réalité du génocide [des Arméniens] perpétré en 1915 par le dernier gouvernement de l'empire ottoman »8 ;
2000 :
le parlement de Suède utilise dans un rapport le terme de génocide le 29 mars 20004. Il a toutefois rejeté une résolution appelant à reconnaître le génocide le 12 juin 2008 ;
le parlement libanais a reconnu le génocide à la quasi unanimité le 11 mai ;
le Vatican une première fois le 10 novembre mais sans spécifier l'auteur ;
le parlement italien a reconnu le génocide le 17 novembre ;
2001 :
le Vatican une seconde fois le 27 septembre sans spécifier l'auteur à nouveau ;
la France a officiellement reconnu le génocide arménien par la loi du 29 janvier 200110 mais sans spécifier l'auteur. Peu avant sa mort, le doyen Georges Vedel avait signé un article dans lequel il considérait cette loi comme anti-constitutionnelle, argumentation fondée sur une critique des lois mémorielles.
2003 :
le Conseil national suisse a rejeté un texte dans ce sens le 13 mars 2001, avant d'adopter un postulat de reconnaissance du génocide le 16 décembre 2003 contre l’avis du Conseil fédéral12. Informations détaillées sur la reconnaissance par la Suisse sur le site de l'Association Suisse-Arménie ;
2004 :
l'Argentine (31 mars) ;
les Pays-Bas (21 décembre) ;
la Slovaquie (30 novembre) ;
le Canada (21 avril) mais sans spécifier l'auteur ;
2005 :
la Pologne (19 avril 2005) ;
la Douma d'État de la Fédération de Russie a adopté le 22 avril une résolution demandant la reconnaissance du génocide par toute la communauté internationale ;
le parlement européen appelle la Turquie à reconnaître le génocide des Arméniens, considérant « cet acte comme un préalable à l'adhésion à l'Union européenne » (28 septembre 2005) ;
le Bundestag (parlement fédéral de l'Allemagne) accepte une résolution condamnant les massacres contre les Arméniens dans l'empire ottoman sans utiliser le mot « génocide » (15 juin 2005) ;
le Venezuela (14 juillet 2005) ;
la Lituanie (15 décembre 2005) ;
2006 :
le 12 octobre 2006, l'Assemblée nationale française adopte, en première lecture, avec cent six voix pour et dix-neuf contre, une proposition de loi qui punit sévèrement la négation du génocide arménien. Ce vote suscite un tollé en Turquie. Cependant cette loi fut bloquée en 2008 par le gouvernement avant son passage au Sénat. Le 4 mai 2011, une exception d'irrecevabilité à la proposition de loi, est présentée au Sénat par Jean-Jacques Hyest et est adoptée : cela implique que la proposition de loi ne sera pas, elle-même, soumise au vote au Sénat ;
2007 :
le 5 juin 2007, le Sénat chilien adopte à l'unanimité une résolution reconnaissant le génocide arménien et demandant au gouvernement chilien de soutenir un rapport de 1985 d'une sous-commission des Nations Unies décrivant ce crime contre l'humanité comme un exemple clair de génocide.
le 10 octobre 2007, la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants des États-Unis approuve, par vingt-sept voix pour contre vingt-et-une voix contre, une résolution qualifiant de génocide la mort de centaines de milliers d'Arméniens en Turquie en 1915, contre l'avis de George W. Bush et malgré l'hostilité d'Ankara. Le texte n'a pas été envoyé à la Chambre pour un éventuel vote en séance plénière.
2010 :
en janvier 2010, les parlements d'Écosse (37 voix contre 13) et d'Irlande du Nord (votée à l'unanimité des présents) votent une motion générale reconnaissant le génocide arménien. Cette motion stipule : « Notre Assemblée... condamne sans réserves la négation ou le dénigrement de la mémoire de la Shoah, tout autant que le génocide des Arméniens et des Assyriens de 1915 en Turquie, et la politique de haine et de division qui a conduit à ces deux événements. »
le 27 janvier 2010, le Premier Ministre du Pays de Galles reconnaît le génocide arménien lors de la journée commémorative de l'Holocauste.
le 26 février 2010, le Parlement de Catalogne (Espagne) adopte à l'unanimité une résolution reconnaissant le génocide arménien.
une résolution de la commission américaine des Affaires étrangères reconnaît le génocide arménien le 4 mars25 mais la reconnaissance n'a pas encore force de loi.
Le parlement de Suède adopte le 11 mars une résolution reconnaissant les génocides de 1915, dont le génocide arménien.
2011 :
Le 22 décembre 2011, l'Assemblée nationale française adopte le projet de loi sur la « Répression de la contestation de l'existence des génocides reconnus par la loi ». Bien que portant sur tous les génocides, les débats des députés ont surtout concerné le génocide arménien.
Le 26 décembre 2011, une commission parlementaire israélienne examine un texte reconnaissant le génocide arménien.
2012 :
Le 23 janvier 2012, le Sénat français adopte le texte voté par l'Assemblée nationale en décembre 2011 par 127 voix contre 86. Le texte prévoit de punir la négation d'un génocide d'un an d'emprisonnement, d'une amende de 45 000 euros ou des deux à la fois. Cette loi est néanmoins jugée contraire à la constitution par le Conseil constitutionnel le 28 février 2012.
2013:
Le 18 août 2013, le Président égyptien par intérim déclare reconnaître le génocide des Arméniens.
2014 :
Le 30 janvier 2014, le président syrien, Bachar El Assad reconnaît le génocide des Arméniens
Le 27 février 2014, le président géorgien, Guiorgui Margvelachvili se recueille au mémorial de Tsitsernakaberd avec sa délégation officielle lors d'une visite d'état, avant de planter un arbre en hommage.
Le 30 novembre 2014, les deux chambres du Parlement bolivien reconnaissent le Génocide des Arméniens.
2015 : cette année est celle du centième anniversaire du génocide arménien
Le parlement syrien reconnaît le génocide arménien le 19 mars 2015.
Le 12 avril 2015, le Pape François déclare lors de la messe célébrée à l'occasion du centenaire du génocide arménien au Vatican : « Notre humanité a vécu, le siècle dernier, trois grandes tragédies inouïes : la première est celle qui est généralement considérée comme « le premier génocide du xxe siècle » ; elle a frappé votre peuple arménien – première nation chrétienne –, avec les Syriens catholiques et orthodoxes, les Assyriens, les Chaldéens et les Grecs. ».
Le Pape proclame également à cette occasion Grégoire de Narek, saint d'origine arménienne, 36e docteur de l'Église.
Le 14 avril 2015, l'Assemblée Territoriale de Corse vote une motion portée par les élu-e-s de Femu a Corsica demandant au gouvernement d'Ankara la reconnaissance du génocide arménien.
Le 15 avril, le parlement européen vote une résolution dans laquelle elle réaffirme sa reconnaissance du génocide arménien et invite la Turquie à reconnaître le génocide et « à effectuer en toute bonne foi un inventaire complet du patrimoine culturel arménien et autre détruit ou endommagé au cours du siècle dernier sur son territoire ».
Le 22 avril 2015, le Parlement autrichien reconnaît le génocide arménien en observant une minute de silence et en déclarant notamment que :
« Le 24 avril 1915 a marqué le début de persécutions qui se sont achevées en génocide [...]. Au nom de la responsabilité historique, la monarchie austro-hongroise ayant été l'alliée de l'Empire ottoman durant la Première guerre mondiale, il est de notre devoir de qualifier ces terribles événements de génocide, et de les condamner comme tel [...]. Il est également du devoir de la Turquie d'affronter de façon honnête les chapitres douloureux de son histoire et de reconnaître comme génocide les crimes commis contre les Arméniens sous l'Empire ottoman. »
Le 23 avril 2015, le président allemand Joachim Gauck reconnaît le « génocide » des Arméniens soulignant « une coresponsabilité, et même, potentiellement, une complicité » allemande dans ce crime.
Le 6 mai 2015, la Chambre des députés du Luxembourg adopte à l'unanimité une résolution sur la reconnaissance du génocide des Arméniens.
Le 2 juin 2015, le Sénat brésilien vote une résolution reconnaissant le génocide des Arméniens perpétré par l'Empire ottoman.
Le 18 juin 2015, le Premier ministre belge Charles Michel, au nom du gouvernement, reconnaît le génocide arménien lors d'une intervention à la Chambre des représentants.
Le 31 juillet 2015, le Parlement latino-américain, représentant 23 pays d'Amérique latine, a approuvé une résolution reconnaissant le génocide arménien.
Le 29 octobre, le Sénat du Paraguay a voté à l'unanimité une résolution de reconnaissance du génocide des Arméniens.
Plusieurs pays refusent pourtant de considérer les massacres arméniens comme un génocide, comme le Royaume-Uni et Israël. La question de la reconnaissance officielle du génocide est en outre très politisée. Les opposants de la reconnaissance considèrent que les pays ayant reconnu le génocide ont cédé à la pression d’influentes communautés arméniennes.
Ses partisans considèrent au contraire que les pays la refusant cherchent uniquement à préserver de bonnes relations avec la Turquie.
Initiatives non gouvernementales
Le 16 avril 1984, le génocide arménien est reconnu par le Tribunal permanent des peuples.
Le 13 juin 1997, l'Association internationale des historiens des génocides adopte à l'unanimité une résolution de reconnaissance du génocide arménien.

Israël brille par son absence n'est-ce pas ? Pourquoi ?

De là à accorder un certain crédit aux dires des vidéos ci-dessus, il n'y a qu'un pas, sinon comment expliquer l'attitude d'Israël à l'égard des Arméniens ? Israël qui veille au grain en ce qui concerne le génocide des Juifs et fait en sorte de le rappeler en toute circonstance afin que nul ne l'oublie ? 
Comment ne pas croire que les Arméniens sont            encore aujourd'hui en ligne de mire quand les tribunaux français noient le poisson de la Loi de pénalisation de la négation du génocide des Arméniens, malgré les nombreuses audiences au cours desquelles les arguments extrêmement précis et irréfutables ont été à chaque fois écartés, jusqu'à la dernière audience dont arrêt - indigne une fois de plus - a été rendu le 8 /01/2016, sachant qu'il était soumis au jugement du Conseil constitutionnel présidé par Jean-Louis Debré (arrière-petit-fils de rabbin)...Je doute que ce soit un "hasard"... 
Ma lettre ouverte à cet égard

Lettre ouverte à Jean-Louis Debré - Claire Bazy-Mallaurie - Nicole Belloubet - Guy Canivet -Renaud Denoix de Saint Marc - Jean-Jacques Hyest - Lionel Jospin - Nicole Maestracci et François Hollande - Manuel Valls

ANTI-ARMENIANISME ?

Si ce n'est pas le cas, c'est bien imité !

A propos du jugement rendu le 8/01/2016 par le Conseil Constitutionnel d'une audience concernant la QPC n°2015-512 OPC  

Les débats rondement menés n'en doutons pas par J-L Debré, digne successeur de Robert Badinter, ont en fait largement occulté la préoccupation essentielle objet de la QPC- relative à la loi de pénalisation de la négation du génocide des Arméniens. On voit évoquer tout au long des "Attendu"  le génocide des Juifs : qu'est-ce que ça vient faire ici ?
Le génocide des juifs n'est-il pas reconnu, réparé, depuis belle lurette ? Faut-il encore le citer de manière prioritaire, comme si rien d'autre ne pouvait poser problème, au point de réduire à la portion congrue le vrai motif de la QPC, à savoir la loi de pénalisation de la négation du génocide des Arméniens, et des génocides rappelés dans les énoncés  ?  

Or, ce qui me pose problème, à moi, descendante d'un peuple génocidé, c'est de constater que la France toute acquise au génocide des Juifs, s'est laissée manipuler par les instances  juives au moment de la ratification de la proposition de loi de 2012 qui avait pourtant franchi la barrière de la Chambre des Députés, puis du Sénat : Robert Badinter a alors pesé de tout son poids pour faire capoter la ratification en sortant de sa manche précipitamment le "conseil des sages" coupant court, en usant d'argumentaire spécieux, à ladite ratification !

L'arrêt du 8  janvier 2016 aura donc connu le même sort !

Honte à la France et à sa parodie de Justice, capable de partialité pour plaire à ceux qui la manipulent sans vergogne (hormis certains Juges capables de liberté de décision), une France qui se dévalorise en jetant aux orties les principes dont elle s'est toujours enorgueillie, dont elle avait fait un emblème "Liberté, égalité, fraternité"...Une France qui n'est plus celle que j'aimais et respectais.

Et que l'on ne vienne pas me taxer, pour me clore la bouche, d'antisémitisme !

J'ai des amis juifs que je respecte car ils sont respectables, que j'aime, car ils le méritent - je ne m'en prends pas à la communauté juive dont les souffrances passées sont si proches des nôtres, et qui n'est pour rien dans la ségrégation éhontée et méprisante envers les Arméniens pratiquée par les "décideurs" des hautes sphères qui, eux, ne respectent rien et qui, par leur comportement imbécile, participent bien davantage à l'avancée probable  de l'antisémitisme ! 

Dzovinar Melkonian à :

Jean-Louis Debré - Claire Bazy-Mallaurie - Nicole Belloubet - Guy Canivet -Renaud Denoix de Saint Marc - Jean-Jacques Hyest - Lionel Jospin - Nicole Maestracci

et François Hollande, Manuels Valls 

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Conférence à Bruxelle (2009) - à gauche Hilda Tchoboian

LETTRE OUVERTE A FRANÇOIS HOLLANDE 
AVANT LE DINER DU CCAF

Hilda Tchoboian
Présidente du Centre Covcas 
pour la Résolution des Conflits

Monsieur le Président de la République,

Vous avez annoncé votre intention d'assister personnellement au dîner annuel du CCAF du 28 janvier prochain ; la Communauté arménienne de France s'en réjouit, et se sent honorée de votre présence à cette soirée.

Au delà de la sympathie manifestée pour cette communauté, la rencontre du Chef de l'Etat français avec une assemblée de Franco-arméniens porte en elle une signification politique indiscutable.
Cette visite arrive à point nommé, puisque les citoyens membres de cette collectivité ont des préoccupations et des questionnements concernant la politique de la France sur plusieurs fronts, qu'il convient de vous exposer. Je ne doute pas que vos hôtes vous exposeront un certain nombre d'attentes insatisfaites de leurs associations. Cependant les thèmes abordées sont naturellement susceptibles d'être limitées par les règles du protocole et des principes communs de l'hospitalité. 
C'est donc dans un esprit de complémentarité que j'attire votre attention sur quelques thèmes de votre politique qui sont générateurs de frustrations dans la société civile franco-arménienne.

***

La demande récurrente de la pénalisation de la négation du génocide des Arméniens en France sera, je suppose, largement évoquée par vos hôtes. 
Vos promesses électorales passées concernant cette pénalisation seront rappelées. 
A un an des élections présidentielles de 2017, cette question lancinante a laissé un goût amer dans la conscience des fils et filles des victimes du génocide que nous sommes, éprouvés depuis plus de 5 ans par des effets d'annonce répétés. 
Dès avant les Présidentielles de 2012, vos interlocuteurs ont fait croire aux Franco-arméniens que l'amitié du Président de la République, et l'action engagée par un groupe de responsables associatifs suffiraient à faire aboutir une loi qui mettrait les héritiers des victimes du génocide à l'abri de l'injure faite aux morts.

Bien-entendu, cette tâche est rendue plus ardue aujourd'hui en raison du rejet en 2012 de la loi sur le négationnisme par le Conseil constitutionnel, l'hostilité permanente de la Turquie, alliée stratégique de la France, et de l'action influente d'un groupe d'historiens hostiles, dont certains arborent par ailleurs un négationnisme bien affiché. 
En dépit des apparences, la récente décision de la Grande Chambre de la CEDH, sur le cas du négationniste Perinçek vs la Suisse, ne constitue pas un frein à la promulgation ou à l'extension d'une loi, dans le cadre de l'application de la Décision-Cadre de novembre 2008 de l'UE à la législation française, si vous décidez, bien sûr, de lever la réserve qui avait accompagné la signature de celle-ci par la France.

Dans ces conditions, la pénalisation exigerait une volonté politique ferme de votre part, ce qui n'exclut pas la nécessité d'une action de fond, permanente et de grande envergure, dans les milieux académiques et médiatiques de la part des forces engagées dans ce sens en France.
Cependant, l'approche des élections présidentielles sans qu'il y ait eu une avancée notable sur ce dossier politique est attristante. Elle laisse supposer que la question pourrait faire à nouveau l'objet de tractations électorales, voire d'une tentative de dernière minute soumise aux impératifs des élections.
Quand bien même la pénalisation n'est pas l'unique sujet de préoccupation des Franco-Arméniens, l'idée d'une telle sujétion peut-être ressentie, vous en conviendrez, comme une offense aux porteurs de la mémoire du génocide. Et elle l'est.

***

Votre présence au Mémorial du génocide à Erevan à l'occasion des commémorations du Centenaire du génocide, aux côtés d'autres chefs d’État, a contribué à universaliser le message adressé par l'Arménie à tous les peuples qui ont fait, à un moment de leur histoire, l'expérience de crimes contre l'Humanité : un message d'espoir au nom d'un peuple ressuscité des ténèbres de l'anéantissement.

Vos deux déplacements en Arménie ont été doublés par des visites d'affaires à Baku. Même si la symbolique de ce doublage a choqué, je m'en tiens à l'essentiel qui reste le résultat tangible des relations économiques que vous avez validées avec l'Azerbaïdjan, pays en guerre contre l'Arménie. 
En effet, nous avons eu la surprise de découvrir que notre pays, tout en assumant la coprésidence du groupe de Minsk oeuvrant pour une solution pacifique du conflit du Haut Karabagh, vend des satellites d'observation terrestre Spot 7 au régime d'Ilham Aliev. Plus encore, qu'Airbus travaille avec le gouvernement azerbaïdjanais à un usage militaire de cet engin spatial permettant d'assurer le contrôle d'opérations militaires à distance.

Monsieur le Président, ces ventes nous interpellent : des satellites à usage « civil », qui finissent par devenir des instruments de destruction dans les mains de cette dictature, pour tuer jour après jour de jeunes militaires, mais surtout des civils parmi la population frontalière arménienne, dans le contexte de violations quotidiennes par l'Azerbaïdjan du cessez-le feu instauré en 1994. Ces violations du Droit international se perpétuent sur fond de sur-militarisation de ce pays, et une rhétorique guerrière de ses dirigeants qui promettent de mettre l'Arménie à feu et à sang, le tout confortée par un racisme anti-arménien institutionnel et aux accents meurtriers.

Monsieur le Président, vous ne pouvez pas ignorer les conséquences désastreuses des ventes de matériel stratégique à une dictature en guerre contre l'Arménie, en particulier lorsque notre pays est chargé par la Communauté internationale de trouver les voies de la paix dans cette région.


***

Enfin,la nouvelle politique étrangère de la France, engagée depuis le début de votre mandat présidentiel, a mis la Turquie au centre de son dispositif stratégique du Moyen-Orient où vivent par ailleurs de larges communautés arméniennes. Nos frères et sœurs de ces pays d'accueil ont tout perdu dans les conflits meurtriers de la Syrie et de l'Irak ; ceux du Liban vivent aujourd'hui en sursis. Beaucoup ont fini par prendre le chemin de l'exil sans aucune aide de la communauté internationale. Ils ne comprennent pas la position complaisante de la France qui conforte le rôle douteux que la Turquie s'est attribuée dans le conflit syrien aux côtés des extrémistes de tous poils, qui menacent les populations civiles, et qui finissent par s'attaquer à notre modèle de sociétés. 
La Turquie ne peut pas être le gendarme du Moyen Orient, nonobstant la démesure des ambitions de son président.

Monsieur le Président, vous-vous êtes fait le champion de l'ouverture des chapitres gelés des négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE et de l'accord récent sur la prochaine libre circulation des citoyens turcs en Europe. 
Ces développements suscitent des inquiétudes quant à l'avenir des démocraties française et européenne. 
Il est incompréhensible pour nous que l'islamisation forcenée de la société turque, la guerre sanglante déclarée au plus haut niveau de l’État contre les Kurdes, la répression généralisée et les atteintes aux libertés fondamentales, le blocus de l'Arménie depuis 22 ans, sans parler de l'occupation de Chypre- Nord, soient récompensées par un accès facilité de la Turquie à l'Europe.

Pour nous, citoyens issus de ceux qui ont trouvé refuge après le génocide dans des terres de liberté, le négationnisme institutionnel de l’État turc porté dans les sociétés d'accueil par des populations manipulées par l'ultranationalisme des autorités du pays d'origine, présente indiscutablement un danger pour l'avenir de la France. La pénalisation sera précisément un rempart à une généralisation probable de ce négationnisme.

Recevez, Monsieur le Président, l'assurance de ma haute considération.

Hilda Tchoboian


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Discours d’Ara Toranian au dîner du Ccaf du 28/01/2016 en présence de François Hollande


 « Il faut renforcer et non pénaliser le Haut-Karabagh »


Monsieur le Président de la République,
Mesdames et Messieurs,
Nous pressentions que l’année 2015, celle des cent ans du génocide, allait être difficile à vivre. Nous appréhendions d’autant plus ce rendez-vous avec nos 1,5 million d’aïeux assassinés que la persécution actuelle des minorités d’Orient (des Assyro-chaldéens, des Kurdes, des Yézidis des Arméniens et des Grecs) faisait écho, toute proportion gardée, au crime contre l’humanité que nous nous apprêtions à commémorer. Mais nous ne savions pas que ce« tragique de répétition », pour reprendre l’expression d’Alain Finkielkraut, viendrait nous rattraper jusqu’en France. Et que le fanatisme djihadiste irait frapper d’une manière aussi terrifiante nos concitoyens, et plus particulièrement la jeunesse, notre jeunesse, toutes confessions et opinions confondues, à la terrasse des cafés, dans un train, ou dans une salle de concert.
(JPEG)


Pouvait-il en être autrement ? Ce terrible télescopage entre les atrocités d’hier et celles d’aujourd’hui, toutes choses égales par ailleurs, nous a confortés dans la conviction que le combat contre la barbarie ne se divisait pas. Et qu’il y avait bien un fil conducteur entre nos combats pour la reconnaissance par la Turquie du génocide de 1915, notre lutte contre le négationnisme, notre attachement à l’Arménie et à la République du Haut-Karabagh toujours menacé, et notre appartenance à la France et à la République.
Ce dénominateur commun, c’est l’adhésion à ce socle de valeurs qui s’enracine dans la promotion du progrès et la défense des droits de l’homme, au premier rang desquels figure le respect de la vie humaine.


Des droits encore à conquérir, hélas !, pour le monde arménien qui paye très chèrement, au Caucase comme au Moyen-Orient, une identité culturelle assimilée à tout ce que l’obscurantisme déteste : l’aspiration au progrès, à la liberté, à la démocratie, à l’égalité homme femme, n’est-il pas étrange de devoir le préciser ? Cela est notamment vrai pour notre République du Haut Karabagh, terre de résistance qui ne représente pas seulement un des tout derniers territoires arméniens en vie de la région, mais qui est aussi, du point de vue de nos valeurs et de notre défense, au sens large, un véritable verrou géostratégique qu’il faut renforcer et non pénaliser avec des mesures, ou je ne sais quelle circulaire, qui tendrait à accroître son isolement.
Car comment ne pas l’évoquer ? Cent après le génocide, les forces qui avaient concouru à la disparition du peuple arménien conspirent toujours à sa perte. Le négationnisme reste une priorité de la politique étrangère de la Turquie. Et l’Azerbaïdjan, qui affirme former avec cette dernière deux Etats pour un même peuple, s’est engagé avec l’argent du pétrole dans une course folle aux armements qui ne fait pas mystère de sa finalité.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, 100 après le génocide, une épée de Damocles reste suspendue au-dessus de la tête des Arméniens. Le temps, ce grand maître qui règle bien des choses, disait Corneille, ne s’est en l’occurrence avéré d’aucun secours. Le temps, n’a pas le pouvoir de changer la nature des crimes imprescriptibles, ni d’effacer ce qui a été. Il ne fait au contraire qu’envenimer les conflits non résolus, et rendre plus impérieuse encore l’exigence de justice. Notre ami Serge Klarsfeld a déclaré que l’impunité de la Turquie pour le génocide de 1915 a rendu possible l’extermination des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale. On pourrait ajouter qu’elle n’est pas étrangère non plus aux atrocités d’aujourd’hui.
Nous sommes inquiets. Et comment ne le serions-nous pas quand il semble que l’Europe, non seulement ne s’instruit pas des leçons du passé, mais va même jusqu’à confier la garde de ses frontières à une Turquie qui ne cesse de s’éloigner de ses valeurs ? On nous annonce même une relance des négociations pour l’adhésion de cet Etat à l’Union européenne. Le CCAF s’est exprimé sur cette question, en soulignant l’incompatibilité irréductible entre l’existence en Europe de communautés arméniennes issues des rescapés du génocide et l’intégration à ses structures dirigeantes, à ses centres de décision, d’une Turquie négationniste et donc complice et solidaire du génocide. Pourrait-il en être autrement ?
Monsieur le Président de la République,

Le CCAF ne peut prétendre peser d’un poids exceptionnel sur le marché, même si l’horizon semble s’éclaircir de ce côté-là avec la levée des sanctions contre l’Iran, mais il a peut être quelque légitimité à en appeler aux droits de l’homme, en particulier à propos du combat contre le négationnisme du génocide arménien, qui en est le stade suprême pour reprendre l’expression de Bernard Henri-Levy.
En ce domaine, la pénalisation de ce fléau répondra non seulement au besoin de mieux protéger notre communauté en France, mais elle permettra aussi d’élever la norme de résistance au phénomène génocidaire. Le message qui en découle est loin d’être insignifiant dans le contexte géopolitique actuel, tant en ce qui concerne les enjeux moyen-orientaux qu’européens à l’égard d’Ankara.
D’autant que tout est lié et que la voix de la France, cet héritage que nous sommes reconnaissants d’avoir reçu et fiers d’endosser, cette voix à laquelle nos anciens du groupe Manouchian, morts pour elle, avaient prêté leurs accents étrangers - ces Arméniens, ces Juifs polonais, ces Espagnols, ces Italiens, - d’autant que cette voix de la France disais-je en pensant à Jaurès, n’est jamais plus écoutée et puissante que lorsqu’elle combat pour la justice. Je vous remercie.


samedi 30 janvier 2016,
Claire ©armenews.com



Puisses-tu être entendu, Ara

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ci-dessous le lien permettant d'accéder à la page de Maître Philippe Krikorian qui mène par ailleurs un combat juridique visant à enjoindre à l'Etat de transposer la décision-cadre du 28 novembre 2008 ...
http://dzovinar.blogspot.fr/p/page-de-maitre-philippe-krikorian.html


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RÉFLEXION SUR NOTRE HISTOIRE - OPINION 

LA QUESTION ARMÉNIENNE ET LE DJIHAD par Vahé Mouradian

Les Turcs avec l’aide des Kurdes ont massacré les Arméniens par haine et par cupidité. Les rescapés ont transmis à leur descendance des images d’horreur et de souffrance qui s’accommodaient avec cette explication sommaire. En creusant la question, la réponse au comment et au pourquoi est devenue de plus en plus complexe.
Littérature, conférences, expositions comme en 2015, pendant l’année du centenaire du génocide, ont permis un éclairage érudit sur les faits et, pour l’essentiel, les raisons géopolitiques. L’actualité de ces dernière années auraient dû nous amener à nous pencher davantage sur les raisons lointaines de la disparition quasi-totale des chrétiens d’Orient, un sort tragique qui était écrit dès l’apparition du djihadisme au Moyen Orient.
Les raisons géopolitiques
TRAITE DE SAN STEFANO - On fait référence généralement à la Question Arménienne depuis le traité de San Stefano, suivi du Congrès de Berlin la même année en 1878. Ce traité jugé humiliant par la Turquie voit le démantèlement de la colonisation ottomane sur la plus grande partie des Balkans et la cession des provinces arméniennes du Nord Est à la Russie avec des « recommandations » pour améliorer le sort des Arméniens qui réclamaient le soutien de l’Occident.
Enfermés dans l’Empire ottoman depuis des siècles, privés d’un état, avaient-ils d’autres moyens ?
LE RÉVEIL DES ARMÉNIENS -Malgré une certaine continuité dans les pressions diplomatiques sur le Sultan, ces réformes ne viendront jamais. Cet échec va finalement alimenter le réveil national des Arméniens, et justifier leur adossement à la Russie. L’inquiétude des Turcs de voir se répéter le scénario catastrophique des Balkans, le repli sur l’expansion à l’Est, le panturquisme ou pantouranisme seront les principaux arguments géopolitiques du plan d’extermination mis en œuvre durant la première guerre mondiale.
N’oublions pas qu’en 1878, les Russes étaient sur le point de prendre Constantinople et qu’ils en ont été empêchés par les occidentaux au premier rang desquels l’Angleterre, qui suivie plus tard par les Etats Unis n’auront de cesse de soutenir la Turquie pour contenir l’expansionnisme russe. Le cours de l’Histoire en aurait certainement été changé. La soviétisation puis la guerre froide n’ont rien arrangé, au contraire. Seule consolation la survivance après 1918, grâce au sacrifice d’une poignée de combattants volontaires et du protectionnisme russe, d’une République d’Arménie, indépendante depuis 1992, sanctuaire des Arméniens dispersés dans le monde.
Les alliés anglais et français n’ont jamais sacrifié le moindre de leurs intérêts coloniaux et leurs liens d’amitié avec la Turquie pour soutenir la Cause arménienne. C’est à se demander si la campagne des Dardanelles en avril 1915, mal engagée, mal préparée, défaite magistrale franco-britannique dirigée par Churchill lui- même, n’a pas été mené pour la forme en sacrifiant des milliers de combattants issus pour l’essentiel des colonies (africains, australiens), autant dire des vies qui ne valaient pas très cher aux yeux des Occidentaux. Cet épisode a permis à l’armée turque de concentrer son action sur le front Est où les Anglais les ont laissé faire. Comme si cela ne suffisait pas, les Turcs ont toujours bénéficié du soutien de l’Allemagne, qu’elle soit impériale jadis ou fédérale aujourd’hui.
CENT ANS APRÈS, QU'EST CE QUI A CHANGE ? A la lumière des évènements, presque rien : les rivalités géostratégiques entre occidentaux, l’hostilité à l’influence de la Russie et de l’Iran, le chaos en Irak et en Syrie, ont sacrifié en trois ans ce qui restait de chrétiens en Orient et jeté sur les routes de l’exil des millions de réfugiés.
La Turquie laïque durant la dictature kémaliste, est redevenue islamique, ce qu’elle a toujours été au fond, sans rien perdre du soutien occidental. Avec l’Arabie Saoudite, elle a inspiré sinon favorisé l’émergence de l’armée islamique. L’Union Européenne, Allemagne en tête, toujours aussi prompte à soutenir la Turquie à tout prix, a proposé trois milliards d’Euros d’aide pour parquer les réfugiés dans des camps, et ce n’est pas fini. On peut le comprendre mais pourquoi avoir ouvert un nouveau chapitre d’adhésion à l’UE.
Une aberration qui convient bien aux affaires étrangères de la France et à tous les lobbies turcs en France (groupe d’amitié franco turque, Institut du Bosphore, intérêts économiques....).
C'EST LA RUSSIE QUI A SURPRIS LE MONDE Comme un rappel de l’Histoire, et contrarié la Turquie et ses alliés, en ouvrant à sa façon, la voie à un engagement militaire plus efficace contre l’Etat islamique et d’une manière plus générale contre une prise du pouvoir les islamistes en Syrie.
Le djihad : une arme de destruction massive.
Si les conditions géopolitiques n’ont guère évoluées, ce tournant du siècle est lourdement marqué par la montée d’une résurgence à des degrés divers de l’Islam radical. La révolution iranienne et son rival l’Arabie saoudite ont outrageusement «confessionnalisé» le Moyen-Orient en réveillant une nouvelle forme du djihâd qui se répand dans tout le monde musulman et qui se manifeste jusqu’en Europe : France, Belgique en particuliers.
LE DJIHADISME, avec le recul qui convient, EST LA CAUSE PROFONDE DE L'ELIMINATION DES ARMENIENS a partir du VIIème siècle dès les premières vagues du djihadisme arabo musulman. C’est le sort qui attendait en particuliers la plupart des chrétiens dès lors qu’ils résistaient à la soumission ou à la conversion. Il faut rappeler que Byzance, la seule puissance chrétienne de la région, hostile aux choix théologiques des chrétiens monophysites du Moyen Orient, les a abandonnés à leur sort. Avec l’échec des Croisades et la chute de Constantinople en 1453 sous les coups des Ottomans, le sort funeste des Arméniens était scellé.
On a souvent dit, sans doute inspiré par le génocide des juifs en Europe, que les Arméniens ont été massacrés parce qu’ils étaient Arméniens. Leur soif d’émancipation nationale bien relative gênait la turquification du pays.
C’est vrai que comme dans les Balkans, les langues et les cultures nationales avaient connu au cours du XIXème siècle un regain d’intérêt surtout chez les élites. Mais après 400 ans de domination et de promiscuité, les Arméniens étaient déjà relativement turquifiés comme la plupart des peuples conquis puis assimilés par les vagues d’expansionnisme du djihadisme turco-musulman. Il faut rappeler qu’avant le VIIème siècle, l’essentiel du Moyen Orient, le foyer historique du christianisme, était peuplé de chrétiens et de juifs qui à cette époque étaient à la pointe de la civilisation judéo chrétienne. Ils ont été laminés progressivement par le djihâd : la conversion, la soumission, l’exil ou la mort. Malgré cela, pour les institutions officielles de France, l’Islam serait « une religion de paix ». Peut-être, encore faut-il en convaincre les millions de victimes d’enlèvement, de massacres et de déportations qui ont lieu en ce moment même au nom de l’Islam...
LES ARMENIENS : DES SUJETS SANS DROITS, LOURDEMENT IMPOSES, SOUMIS AUX RAZZIAS, LA TERREUR, ENLÈVEMENTS, A LA CORRUPTION
Au Moyen-Orient et dans les Balkans, l’Islam s’est répandu par la violence et la terreur. Ceux qui ont résisté, comme les Arméniens parmi d’autres peuples, obtenaient par une négociation en échange de la vie le statut de dhimmi. Leurs survies a été durant des siècles, la condition de la prospérité économique et culturelle des conquérants qui avaient besoin de la terreur pour régner et de l’impôt pour s’enrichir ! Ce statut en faisait des sujets, sans droits, lourdement imposés, soumis à l’arbitraire aux razzias, aux enlèvements, à la corruption généralisée. La tolérance religieuse était révocable et soumise à marchandage.
La parenthèse de la révolution Jeunes Turcs en 1908, visant à en faire des citoyens à part entière n’a pas duré sous la pression des religieux et des ultra- nationalistes. Même le statut de dhimmi est apparu encore trop favorable aux Arméniens. Leur nombre même modeste, leur existence même, leur relative prospérité, leurs églises en terre d’Islam, Dâr al-islâm, étaient une « provocation ».
Quand on songe qu’environ 2 millions d’entre eux étaient dispersés sur une étendue immense comme une fois et demi la France, avec très peu de moyens de communication. Ils étaient la plupart du temps minoritaires, même dans les villages les plus éloignés. A l’Est, les tribus kurdes nomades ou semi nomades « se servaient » régulièrement par la terreur chez ces Arméniens sédentaires hautement vulnérables. Quand on réalise que 2 à 3 millions de musulmans revanchards, déracinés par des chrétiens, déplacés des Balkans et de Russie, ont précisément été réinstallés, la plupart d’entre eux, dans les provinces arméniennes, comme si on avait laissé entrer un loup pour un mouton dans la bergerie !
Avril 1915, il aura suffi d’une étincelle : les ordres du pouvoir politique relayé par les préfets et la proclamation du djihâd dans les mosquées pour que le carnage et l’expropriation commencent. Cet acte politico-religieux, s’est terminé par un GENOCIDE
PARMI LES ETATS MUSULMANS, SEULS LA SYRIE ET LE LIBAN ONT RECONNU LE GENOCIDE, POURQUOI ?
Si la reconnaissance de cette tragédie a fait du chemin en Occident, aucun Etat musulman, à l’exception de la Syrie récemment et du Liban ne l’a reconnu. Pourquoi ? Tant que l’Islamisme radical concernait l’Asie ou l’Afrique, nos élites ont réagi mollement, encore que la France ait le mérite d’avoir été à la pointe du combat. Elle le paie aujourd’hui.
Si on se réfère au temps long, celui de l’Histoire millénaire, les djihadistes, c’est ce qu’ils proclament, ont bien l’intention de se répandre notamment en Europe. Leur nombre en constante augmentation au sein d’une société communautarisée, les yeux rivés sur les paraboles, n’est pas une menace en l’air. Internet a remplacé les minarets. La communauté turque d’Europe, composée souvent de binationaux, noyautée par des extrémistes, régulièrement attisés par Ankara, est déjà plus nombreuse que les Arméniens qui sont assimilés. Et ce n’est pas fini.
Toutes les révolutions ont commencé avec une minorité active, les modérés ont suivi par résignation, par intérêt ou par la terreur. Tous les Allemands n’étaient pas nazis, tous les Russes n’étaient pas communistes, et pourtant ! Nous ne sommes plus au Moyen Age, la liberté de culte n’est pas la liberté d’imposer sa religion et de l’exposer sur la place publique. Les Occidentaux n’ont pas vocation à devenir des dhimmis. Il n’est pas acceptable que des quartiers entiers deviennent des Dâr al-islâm.
Il n’y aura pas d’élimination de l’islam radical et de ses signes extérieurs tels que «l’exhibitionnisme vestimentaire» dans l’espace public, sans que les musulmans ne réussissent à se débarrasser définitivement, entre autres, du dogme du djihâd et ne rétablissent la confiance en acceptant l’assimilation aux valeurs de leur pays d’adoption. L’Europe a les moyens de résister au moins sur son sol, à une condition, que les élites européennes, en particuliers Bruxelles admettent leur courte vue et tire les leçons de l’Histoire, notamment celle des Arméniens !
Vahé MURADIAN
lundi 7 mars 2016,
Ara ©armenews.com 
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Umit Kurt 
Auditorium d’État Alice Peters de Fresno (Californie)


GENOCIDE DES ARMÉNIENS

Historien turc : la négation du Génocide des Arméniens résulte d’une perte du sens des réalités
Razi Syed6 The Fresno Be 611 février 2016
Présentation faite à l’Auditorium d’État Alice Peters de Fresno par Umit Kurt, élevé en Turquie, sur la négation du Génocide des Arméniens par le gouvernement turc.
L’historien turc Umit Kurt a raconté comment la première fois, alors qu’il avait tout juste vingt ans, il avait entendu parler de la présence historique des Arméniens dans son pays - une présence que pendant des décennies, le gouvernement turc s’est efforcé de faire disparaître.
Étant entré dans une maison ancienne qui avait été transformée en café, dans la ville d’Aintab, Kurt raconte : “ j’ai aperçu d’étranges caractères, et j’ai pensé qu’il s’agissait de caractères arabes ou perses, parce que ma conscience historique me faisait remonter à cette époque - comme s’il n’y avait eu aucun Grec, s’il n’y avait eu aucun Arménien, comme s’il n’y avait eu aucun Juif qui aient pu vivre sur ces terres “.
Ayant questionné le propriétaire du café sur l’histoire de l’immeuble, Kurt apprit qu’il avait été un temps la propriété d’Arméniens. Depuis lors, Kurt écrit souvent sur l’appropriation par les Turcs des terres et des biens des Arméniens.
Le monument d’état au Génocide des Arméniens de Fresno avait été inauguré en avril dernier. Dans la soirée de ce mercredi, Kurt a fait une conférence à laquelle des les auditeurs étaient venus par douzaines pour s’interroger sur les raisons du négationnisme de la Turquie encore de nos jours.
La conférence ouverte à tous était organisée par le Programme d’Études Arméniennes. C’est la troisième conférence accueillie par le cycle semestriel du printemps.
Certaines sociétés sont capables de discuter ouvertement de leur histoire, a dit Kurt. D’autres sont en conflit avec elles-mêmes “ parce leur passé et leur présent s’entremêlent au point de leur faire perdre le sens des réalités “ a dit Kurt. ’ Dans la société turque, (la perte de) ce sens des réalités est manifeste quand elle nie, ou ne reconnaît pas, le Génocide des Arméniens “.
“ Affronter le passé est un problème sociétal, plutôt qu’individuel “ a poursuivi Kurt.
Le professeur d’études arméniennes Sergio La Porta a déclaré que Kurt ayant été élevé en Turquie, sa perspective sur le négationnisme turc est intéressante.
Dans le courant de l’année 1915, l’armée ottomane turque a commis des massacres d’Arméniens, a dit Kurt, et en a déporté d’autres nombreux dans des circonstances très dures, ce qui prouve que cet acte délibéré avait pour but de vider le pays des Arméniens qui s’y trouvaient.
On estime entre 800 000 et 1 500 000 le nombre des Arméniens qui ont été tués dans ce génocide.
Au lendemain des événements de la Première guerre mondiale, la république moderne turque a voulu se créer une identité nouvelle, a dit Kurt. En se dotant de cette nouvelle identité, les dirigeants du gouvernement tentaient d’oublier le passé et de se construire un passé nouveau, par lequel “ nous les Turcs n’avons pas assassiné les Arméniens - les Arméniens nous ont assassinés “, a dit Kurt.
Cet effacement de l’histoire arménienne en Turquie a été entrepris très tôt, dans les manuels et les cours scolaires qui enseignaient que le génocide - auquel on se référait par l’expression “ l’affaire arménienne “ - était un mensonge, a dit Kurt.
“ Parce que la Turquie a fondé son existence sur l’absence ’ de l’autre ’, toute conversation sur son existence engendre crainte et de anxiété “, a dit Kurt. “ La principale difficulté pour aborder la question arménienne en Turquie réside dans ce dilemme existence-absence “.
Ces événements qui se sont produits sur les Arméniens en 1915 étant rarement évoqués en Turquie, s’il arrive qu’ils le soient, et d’après Kurt, beaucoup de Turcs sont sincèrement ignorants du génocide.
Kurt a ajouté que le gouvernement turc craint les réparations et les restitutions auxquelles il devrait procéder s’il acceptait que les actes de la Turquie soient constitutifs d’un génocide.
En réponse à une question de l’auditoire, Kurt a dit qu’il était improbable que le gouvernement de la Turquie admette un jour le génocide. “ J’espère évidemment me tromper “, a-t-il dit.
Kurt est doctorant à l’Université Clark du Massachussetts ; il était chercheur de l’Université Kazan à Fresno State au cours du semestre d’automne 2015.
Traduction Gilbert Béguian pour Armenews
dimanche 14 février 2016,

Jean Eckian ©armenews.com


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ARMENIE OCCIDENTALE

Voir la vidéo
http://www.dailymotion.com/video/x22ihrq_armenag-abrahamian-sur-le-genocide-armenien_news

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http://westernarmeniatv.com/fr/official … cidentale/

11.03.2016

Le 20 juillet 2015, le Conseil National d’Arménie Occidentale a transmis à l’ONU un mémorandum sur les conséquences du génocide perpétré contre les Arméniens de 1894 à 1923 par trois gouvernements successifs turcs en Arménie Occidentale occupée.

Dans ce mémorandum très détaillé et réactualisé, ayant pour base « le Tableau approximatif des réparations et indemnités pour les dommages subis par la nation arménienne en Arménie turque », réalisé en 1919 par les responsables de la délégation arménienne, Boghos NUBAR PACHA et Avédis AHARONIAN, la Turquie doit verser à l’Etat d’Arménie Occidentale une indemnité de 12,5 trillions d’euros.

Dans la mesure où, selon le Conseil National d’Arménie Occidentale, « un génocide est un crime contre l’Humanité imprescriptible et irréparable », ce mémorandum concerne les conséquences de ce crime perpétré contre le peuple arménien et l’Etat d’Arménie Occidentale.

Cette étude est la première d’une série de quatre études, en cours de préparation, afin d’évaluer objectivement les dettes de la Turquie en direction de l’Etat d’Arménie Occidentale suite à son occupation et au génocide perpétré en direction de sa population autochtone:

–       Sur le patrimoine archéologique arménien en Arménie Occidentale, depuis l’ère préchrétienne à nos jours.

–       Sur les conséquences de l’occupation de l’Etat d’Arménie Occidentale depuis 1920.

–       Sur l’appropriation illicite de la propriété intellectuelle, sur les ressources génétiques, sur les savoirs traditionnels et sur les expressions culturelles de l’Arménie Occidentale.

Concernant l’objectivité de  ce premier mémorandum, il est nécessaire de rappeler que « le Tableau approximatif des réparations et indemnités pour les dommages subis par la nation arménienne en Arménie turque », réalisé en 1919, est le seul document officiel présenté à la Conférence de la Paix à Paris en 1919 – 1920.

Ce sera dans le cadre de l’élaboration du traité de Sèvres par les Puissances alliées dont fait partie l’Arménie (Occidentale), que la question des restitutions et des réparations prendra une forme juridique.

Selon André Mandelstam, plusieurs dispositions du traité prononcent des sanctions pour les actes contraires au droit humain que les Turcs ont commis pendant la grande guerre, c’est-à-dire antérieurement à la Constitution dont il s’agit, et stipulent la restitution des survivants des massacres dans la plénitude de leurs droits.

a) Le traité de Sèvres ordonne d’abord la punition des auteurs des crimes :

« Le gouvernement ottoman, dit l’article 230, s’engage à livrer aux Puissances alliées les personnes réclamées par celles-ci comme responsables des massacres qui, au cours de l’état de guerre, ont été commis sur tout territoire faisant, au 1er août 1914, partie de l’Empire ottoman. Les Puissances alliées se réservent le droit de désigner le tribunal qui sera chargé de juger les personnes ainsi accusées, et le gouvernement ottoman s’engage à reconnaître ce tribunal… ».

Les Puissances se réservent également le droit de déférer lesdits accusés devant le tribunal de la Société des Nations, dans le cas où celle-ci aurait constitué en temps utile un tribunal compétent pour juger lesdits massacres. (Procès des Unionistes Jeunes-turcs).

b) En dehors de ces sanctions, le traité de Sèvres prévoit certaines restitutions de personnes et de biens sur le territoire de la Turquie. Il stipule, dans son article 142, la délivrance de toutes les personnes séquestrées et annule toutes les conversions forcées à l’Islamisme :

« Considérant que, en raison du régime terroriste ayant existé en Turquie depuis le 1er novembre 1914, les conversions à l’Islamisme n’ont pu avoir lieu normalement, aucune conversion ayant eu lieu depuis cette date n’est reconnue et toute personne, non-musulmane avant le 1er novembre 1914, sera considérée comme restée telle, à moins qu’après avoir recouvré sa liberté elle ne remplisse, de sa propre volonté, les formalités nécessaires pour embrasser l’Islamisme.

« Afin de réparer dans la plus large mesure les torts portés aux personnes au cours des massacres perpétrés en Turquie pendant la durée de la guerre, le gouvernement ottoman s’engage à donner tout son appui et celui des autorités ottomanes à la recherche et à la délivrance de toutes les personnes, de toute race et de toute religion, disparues, ravies ou réduites en captivité depuis le 1er novembre 1914 ».

L’article 142 prévoit la nomination par le Conseil de la Société des Nations de Commissions mixtes « à l’effet de recevoir les plaintes des victimes elles-mêmes, de leurs familles et de leurs proches, de faire les enquêtes nécessaires et de prononcer souverainement la mise en liberté des personnes en question ». Le gouvernement ottoman s’engage à faciliter l’action de ces Commissions mixtes. Il s’engage également à faire respecter leurs décisions et à assurer la sûreté et la liberté des personnes ainsi restituées dans la plénitude de leurs droits (art. 142).

c) La question de la restitution, aux survivants des massacres et des déportations, de leursbiens,confisqués par le gouvernement ottoman ou détenus par leurs compatriotes turcs, est traitée dans l’article 144.

Cet article oblige le gouvernement ottoman à faciliter « aux ressortissants ottomans de race non-turque, chassés violemment de leurs foyers », depuis le 1er janvier 1914, le retour dans ces foyers ainsi que la reprise de leurs affaires. Il ordonne la restitution, aux propriétaires, de leurs biens immobiliers ou mobiliers, qui pourront être retrouvés. Et le traité institue, pour connaître de toutes réclamations, des Commissions arbitrales mixtes partout où cela sera jugé nécessaire par le Conseil de la Société des Nations. Ces Commissions sont composées d’un représentant du gouvernement, d’un représentant de la communauté ou du ressortissant lésé, et d’un Président, nommé par ledit Conseil. Les Commissions arbitrales auront pouvoir d’ordonner : la fourniture par le gouvernement ottoman de la main-d’œuvre pour tous travaux de reconstruction ou de restauration ; l’annulation de tous actes de vente ou constitution de droits sur la propriété immobilière conclus après le 1er août 1914, les détenteurs étant indemnisés par l’État ; l’attribution de tous biens et propriétés ayant appartenu à des membres d’une communauté, décédés ou disparus depuis le 1er août 1914, à cette communauté aux lieu et place de l’État : ainsi ce dernier ne bénéficiera plus des biens tombés en déshérence à la suite des massacres et déportations qu’il avait ordonnés.

d) Le Conseil National d’Arménie Occidentale rappelle néanmoins un point important, relativement au mémorandum présenté dans le cadre du Mécanisme d’Expert sur les Droits des Peuples Autochtones à l’ONU, l’article 231 du traité de Sèvres, scelle la question financière des réparations pour l’Arménie Occidentale par la reconnaissance par la Turquie de l’indépendance d’un Etat arménien sur le territoire de l’Arménie Occidentale.

Puisque selon l’Article 231, la Turquie reconnaît qu’en s’associant à la guerre d’agression que l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie ont engagée contre les Puissances Alliées, elle a causé à ses dernières des pertes et des sacrifices de toutes sortes, dont elle devrait assurer la complète réparation.

D’autres part les Puissances alliées (dont fait partie l’Etat d’Arménie Occidentale) reconnaissent que les ressources sont insuffisantes pour lui permettre d’effectuer cette complète réparation ;

Dans ces conditions, et étant donné que la nouvelle répartition de territoires résultant du présent  traité ne laissera à la Turquie qu’une partie des revenus de l’ancien Empire Ottoman, toutes les réclamations contre le Gouvernement ottoman pour les réparations sont abandonnées par les Puissances alliées …

Aussi, l’occupation territoriale et l’appropriation illicite de la souveraineté de l’Arménie Occidentale par la Turquie d’aujourd’hui et ce depuis 1920, sont dénoncées comme il se doit par le Conseil National d’Arménie Occidentale devant les autres Etats, à l’époque membres des Puissances alliées, aujourd’hui membres de l’Organisation des Nations Unies et les instances internationales.

Les mémorandums relatifs à la question de l’occupation territoriale de l’Etat d’Arménie Occidentale mettront à jour les conséquences du crime d’appropriation illicite de la souveraineté d’un Etat par un autre Etat.

Arménag APRAHAMIAN
Président du Conseil National d’Arménie Occidentale

Traité de Sèvres :

L'ASALA  
ou Armée secrète arménienne pour la libération de l'Arménie
- L'historique -


-Territoire revendiqué par l'Asala-


Création de l'Asala sur fond de guerre civile libanaise

En effet, l'Asala est fondée en 1975 à Beyrouth, par de jeunes Arméniens de la diaspora installés au Liban et qui ont perdu patience devant l'échec de la Fédération révolutionnaire arménienne (FRA) à faire reconnaître le génocide arménien par la Turquie. L'Asala est, initialement, une dissidence des CJGA instaurés par la FRA pour éliminer les personnalités considérées comme responsables du génocide ou de sa négation. Cependant, les deux groupes vont très rapidement se lancer dans une féroce lutte d'influence, des règlements de comptes entre la FRA et l'Asala faisant même plusieurs morts (notamment à Beyrouth). Les deux principaux fondateurs de l'Asala sont Hagop Tarakchian et Hagop Hagopian (de son vrai nom Haroutioun Tachikian).
Le passage vers la lutte armée plus radicale se fait avec en toile de fond de la guerre civile libanaise. Si les Arméniens du Liban n'ont pas été directement impliqués dans le conflit (auquel ils paieront pourtant un lourd tribut en vies humaines), ils ont été en contact par la force des choses avec les groupes terroristes palestiniens et la jeunesse voit des similarités entre les causes arménienne et palestinienne. Durant quatre ans, la FRA tente d'infiltrer et de contrôler cette aile qui tente de la dépasser par la gauche, mais en 1979, la rupture est consommée entre les deux groupes. Dans le même temps, la communauté arménienne du Liban fuit le pays en nombre, et on estime que, de 1975 à 1980, pas moins de 40 000 Arméniens quittent le pays, apportant la douleur et la violence du Moyen-Orient dans les communautés diasporiques d'Europe occidentale et d'Amérique du Nord où ils s'installent.

<La ligne politique en dix points>

Le 10 juillet 1978, dans une déclaration publique (fait très rare pour ce groupe qui cultive le secret et la clandestinité), l'Asala explique sa ligne politique et ses objectifs stratégiques, que l'historien Yves Ternon a synthétisé en dix points :


1 - Le seul ennemi de l'Asala est le gouvernement turc.
2 -Les alliés de l'État turc sont les adversaires de l'Asala.
3 - Les mouvements révolutionnaires qui luttent contre la Turquie et l'impérialisme américain sont les amis de l'Asala. - Les partis révolutionnaires du peuple turc et du peuple kurde, tous deux opprimés par l'État, sont les seuls alliés officiels de l'Asala.
4 - Les amis des Arméniens sont ceux qui ont reconnu le génocide ; leurs ennemis, ceux qui s'obstinent à le nier.
5 - Les chefs des partis politiques arméniens n'ont obtenu aucun résultat en soixante ans. Le temps de la FRA est passé.
6 -Tous les Arméniens regardent vers l'Asala car elle est exactement à l'image de leurs désirs.
7 - L'Église arménienne peut être récupérée et ramenée dans le droit chemin.
8 - Le combattant de l'Asala n'est pas un terroriste mais un pur révolutionnaire.
9 - L'Asala est solitaire, indépendante, orgueilleuse et fière.
10 - L'Arménie soviétique est la base unique et irremplaçable du Peuple arménien.

Conformément à ces principes de base, les activités de l'Asala seront en grande majorité des attentats à la bombe et des assassinats dirigés contre des cibles turques - ou considérées comme soutenant la Turquie (en général ou dans sa politique étatique de négation du génocide arménien). Pour diffuser ses idées, l'Asala éditera un périodique intitulé Hayastan (« Arménie ») en plusieurs langues. Certaines conférences de presse seront aussi organisées, mais en général, le groupe se cantonne à la clandestinité. Si son objectif premier est la reconnaissance du génocide arménien, l'Asala fait silence sur la Shoah et fera même preuve d'un antisionisme revendiqué et motivé par les liens établis entre Israël et la Turquie.
Les débuts de la violence[modifier | modifier le code]
Entre 1975 et 1984, l'organisation commet, selon le Memorial Institute for Prevention of Terrorism, quatre-vingt-quatre attentats et assassine quarante-six personnes1. Le premier attentat à la bombe de l'Asala vise le bureau du Conseil œcuménique des Églises à Beyrouth, attaqué le 3 janvier 1975 parce que cette organisation encourageait à l'émigration, ce que l'Asala percevait comme une tentative de comploter pour éliminer la Question arménienne. Le premier assassinat connu a aussi lieu au Liban ; il coûte la vie au premier secrétaire de l'ambassade de Turquie, Oktay Cerit, le 16 février 1976 à Hamra. L'année suivante, l'Asala s'internationalise et commet un attentat à la bombe contre le domicile d'un couple d'historiens américains, Stanford Jay Shaw et Ezel Kural Shaw auxquels elle reproche de défendre les thèses turques et de ramener le génocide arménien à de simples massacres et déportations justifiés dans le contexte de la Première Guerre mondiale.
Plus radicale que la FRA (neuf attentats arméniens sur dix sont revendiqués par l'Asala), l'Asala va recruter parmi ceux dont la patience est épuisée et qui sont séduits par l'extrémisme. Au moment de la fondation de l'Asala, en outre, la FRA traverse elle-même une crise d'identité qui l'affaiblit et l'empêche d'étouffer dans l'œuf les initiatives des fondateurs de l'Asala et de leurs premiers partisans. La politique libanaise vient se mêler aux luttes de pouvoir internes à la diaspora arménienne de Beyrouth, et l'attitude de neutralité (avec un penchant pour les phalangistes de Gemayel pro-israéliens) de la FRA va encore radicaliser la fracture.

<La collaboration avec des groupes étrangers>

L'un des grands défis que l'Asala doit régler est l'absence de toute base territoriale sur les terres historiques arméniennes, et même en diaspora avec la fuite de la diaspora arménienne de Beyrouth et du Liban durant la guerre civile. Pour y remédier, l'Asala va collaborer avec les Kurdes dans leur effort de lutte de libération nationale, et tout particulièrement avec le PKK : les Kurdes disposent de l'assise territoriale dans le sud-est anatolien et les Arméniens disposent du savoir-faire révolutionnaire acquis au Liban. Il est en effet établi que les militants de l'Asala se sont entrainés avec les groupes palestiniens qui avaient aussi établi leur base arrière au pays du Cèdre : au début avec l'OLP puis, après que Yasser Arafat eut entamé des négociations avec Ankara, l'Asala se rapproche du FPLP et du FDPLP. L'idéologie de ces groupes va déteindre sur l'Asala, mais il serait présomptueux d'imaginer qu'ils ont pu instrumentaliser les terroristes arméniens comme ce qui était parfois affirmé à l'époque devant la similitude des méthodes. Il s'agit d'alliés objectifs poursuivant chacun leur but propre mais en mettant leurs connaissances « théoriques » de la lutte armée en commun.
Hagop Tarakchian meurt du cancer en 1980.
L'arrestation de deux militants détourne l'Asala de son objectif premier.
Durant les quatre derniers mois de 1979, l'Asala commet pas moins de quinze attentats à travers l'Europe (Genève, Francfort, Madrid, Ankara, Copenhague, Milan, Rome, Paris (dégâts matériels importants et trois blessés), puis Istanbul le 30 décembre, pour marquer le cinquième anniversaire de sa fondation. Les cibles sont alternativement des diplomates turcs ou des intérêts économiques turcs - et tout particulièrement la compagnie aérienne Turkish Airlines qui essuie le gros des explosions.
Le début de l'année 1980 voit les attentats se poursuivre - à un rythme moins soutenu cependant -, puis le choc en retour se produit le 3 octobre 1980, lorsque deux membres de l'Asala sont arrêtés : il s'agit d'Alec Yenikomchian et Suzy Masseredjian, qui se sont blessés en manipulant des explosifs dans un hôtel de Genève. Cette arrestation fait suite à plusieurs attentats commis dans la ville suisse, mais également à travers toute l'Europe ; elle marquera un tournant dans l'histoire de l'Asala et illustre bien les dérives à venir.
Pour la première fois, le public peut mettre un visage sur l'Asala. Cette arrestation jouera un rôle déterminant également sur l'engrenage fatal dans lequel l'Asala va alors s'engager. Désormais en effet, l'objectif de la reconnaissance du génocide arménien va passer pour ainsi dire au second plan, les stratèges de l'Asala mettant sur pied nombre d'attentats pour obtenir la libération de leurs compagnons incarcérés. Après l'arrestation d'octobre 1980, l'Asala accuse les autorités suisses et les menace de représailles à cause des circonstances de l'arrestation qui ont coûté la vue à Alec Yenikomchian, et d'un interrogatoire toléré par les forces de l'ordre helvétiques au cours duquel Suzy Masseredjian aurait été questionnée par le FBI et peut-être même par le MIT (services secrets turcs) ; son avocat commis d'office aurait été lui aussi en collusion avec la CIA. Dès lors, l'Asala va multiplier les attaques contre les intérêts suisses, sur le territoire national comme à l'étranger : la compagnie aérienne Swissair verra notamment plusieurs de ses agences à travers le monde être ciblées par un « Groupe du 3 octobre ». En effet, l'Asala crée régulièrement des groupes plus ou moins autonomes chargés d'accomplir un objectif particulier de l'organisation (qu'il s'agisse d'éliminer un diplomate turc ou de faire pression sur les autorités d'un pays). Une vague d'attentats est commise contre les intérêts suisses à Beyrouth, Paris, Londres, dans le train Paris-Interlaken (une bombe qui n'a pas explosé y est découverte), devant le palais de justice de Genève, à Rome (5 blessés), devant l'UBS de Genève, à l'aéroport de Zurich-Kloten et enfin à Madrid le 29 décembre 1980, dernier en date de cette opération d'intimidation qui est suivie dès le 1er janvier 1981 par une requête de l'Asala auprès du CICR et d'Amnesty International pour examiner les conditions de détention des deux militants toujours incarcérés. Le gouvernement suisse autorise le CICR à les visiter et l'Asala annonce qu'elle suspend ses actions jusqu'à mi-janvier. Au terme de leurs procès un mois plus tard, les deux militants sont immédiatement libérés car ils bénéficient du sursis (18 mois pour chacun).
La trêve avec Berne sera de courte durée puisque, le 9 juin 1981, un troisième militant de l'Asala, un Arménien de Beyrouth, est arrêté à Genève non loin de l'endroit où un diplomate turc vient d'être assassiné. Rapidement, il avouera être l'auteur du crime et donnera quelques explications sur le mode opératoire d'une cellule de l'Asala. Un « Groupe du 9 juin » apparaît alors, qui revendiquera une dizaine d'attentats contre les intérêts suisses entre le 26 juin (succursale de la SBS à Los Angeles) et le 16 septembre (ambassade suisse à Téhéran), mais aussi à Zurich et Lausanne (26 blessés dans l'explosion d'un grand magasin le 21 juillet).

<L'engrenage>

Le 7 août 1982, une bombe tue neuf personnes à l'aéroport d'Ankara. Le 15 juillet 1983, une autre bombe à l'aéroport d'Orly tue huit personnes au comptoir de la compagnie Turkish Airlines. Le chef du commando d'Orly, Varoujan Garbidjian est arrêté 48 heures après et condamné à la prison à vie le 3 mars 1985, à l'issue d'un procès débuté le 19 février 1985 ; après dix-sept ans derrière les barreaux, il est expulsé vers l'Arménie en 2001.
L'attentat d'Orly, par son lourd bilan et surtout sa mise en œuvre indiscriminée, provoque une grave crise de conscience à l'intérieur même de l'Asala, et coupe l'organisation de ses soutiens dans la diaspora arménienne révoltée par une dérive qui semble incontrôlée. Le groupe se scinde entre une aile nationaliste (Asala-Militant) et une aile populaire (Asala-Mouvement révolutionnaire), mais son activisme se disloque et les attentats cessent pratiquement.
Le chef et fondateur de l'Asala, Hagop Hagopian, est assassiné à Athènes le 28 avril 1988 par des hommes masqués. Plusieurs pistes sont évoquées pour expliquer qui sont les commanditaires de l'assassinat : il est clair qu'Hagopian, au style autoritaire pour ne pas dire tyrannique s'était fait des ennemis à l'intérieur de l'Asala. La Fédération révolutionnaire arménienne aurait soutenu les préparatifs mais n'est probablement pas l'auteur de l'exécution athénienne. Celle-ci fut d'ailleurs possible parce que les États (URSS, Syrie, Libye, Iran) qui avaient jusqu'alors soutenu/protégé Hagopian s'étaient finalement lassés. La France avait de quoi en vouloir à Hagopian depuis l'attentat d'Orly et l'élimination par les hommes d'Hagopian d'un de ses agents au Liban. Quant à la Turquie, elle ne pouvait que se réjouir de la mort d'Hagopian mais il est peu probable que ses agents aient pu intervenir sur le territoire grec.

<La scission et la mise en sommeil>

Depuis, divisé, le groupe est inactif. Le 19 décembre 1991, l'ambassadeur de Turquie à Budapest échappe de justesse au tir d'un terroriste de l'Asala contre sa voiture, grâce au blindage de celle-ci.
Le 20 juin 1997, un attentat à la bombe contre l'ambassade turque à Bruxelles a été revendiqué par les Unités militaires Gourken Yanikian, nom utilisé autrefois par l'Asala ; c'est le dernier attentat qui ait été revendiqué par l'Asala - ou qu'on lui ait attribué.

Sources  https://fr.wikipedia.org/wiki/Arm%C3%A9e_secr%C3%A8te_arm%C3%A9nienne_de_lib%C3%A9ration_de_l%27Arm%C3%A9nie

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L'ASALA - La vidéo (13/05/2015)

En 1975, de jeunes Arméniens installés au Liban créent l'Armée secrète arménienne pour la libération de l'Arménie. Leur objectif est de forcer le gouvernement turc à reconnaître le génocide des arméniens et à restituer les terres ancestrales. L'ASALA commet plus d'une centaine d'attentats à travers le monde. Active jusqu'en 1985, elle aura pourtant permis de remettre l'Arménie au coeur de l'agenda politique international, même si l'Etat turc refuse toujours de considérer les massacres arméniens comme un génocide. D'anciens membres, toujours épris de justice, continuent leur combat pacifiquement et évoquent leur engagement.



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