mardi 11 décembre 2018

Les origines de la musique arménienne - Sirvart Kazandjian

Les origines de la musique arménienne
Sirvart Kazandjian



Editions Astrid 1984
47, rue de Cléry, 75002 Paris

Préface 
Le réveil de la conscience nationale arménienne, dans les communautés de la diaspora, apparaîtra sans doute aux historiens de l'an 2000 comme l'un des phénomènes caractéristiques de cette fin de siècle : la cause arménienne est enfin sortie de l'ombre.
Ce "risorgimento" se manifeste notamment sur le plan culturel par une floraison d'activités et d'entreprises nouvelles : maisons d'édition, revues, publications, cours de langue, centres de recherches. Je songe, par exemple, aux Editions Astrid (Paris), qui ont publié notamment Arménie 1900 (1979), à la revue Armenia (Marseille), à la grande Anthologie de la poésie arménienne publiée il y a quelques années par les Editeurs Français Réunis, à l'Histoire des Arméniens (éd. Privat, 1982) ; je songe aux ouvrages de Jean-Marie Carzou et d'Yves Ternon : Arménie 1915, un génocide exemplaire (éd. Flammarion, 1975), Les Arméniens, Histoire d'un génocide (éd. du Seuil, 1977) ; ou encore au Centre d'Etudes arméniennes, récemment créé dans le cadre de l'Université de Genève, grâce à la Fondation Ghougassiantz. Il convient de relever en outre le regain d'intérêt et la curiosité croissante que suscite l'arménien (ancien et moderne) chez les linguistes d'Europe occidentale et du Nouveau Monde, ce qu'attestent les nombreuses études qui lui sont consacrées.
Certes, toutes ces activités, toutes ces entreprises, toutes ces réalisations n'eussent pu être ce qu'elles sont sans l'existence - la survivance - d'un véritable foyer national : la petite (mais combien féconde et ingénieuse !) Rébuplique d'Arménie soviétique, unique lambeau de l'Arménie légale, expression tellurique, vivante, enracinée, de l'arménité.
C'est dans ce contexte et dans cette perspective que se situe le présent ouvrage : compositrice et cantatrice, diplômée du Conservatoire"Komitas" d'Erevan, connaissant bien les deux versants du domaine arménien (l'occidental et l'oriental), Sirvart Kazandjian était particulièrement qualifiée et motivée pour entreprendre une telle étude. Son livre constitue non seulement une appréciable contribution au rayonnement de la culture arménienne, mais aussi une vibrante défense et illustration de l'Arménie, immortelle, indomptable, une et indivisible.

Vahé Godel  

dimanche 9 décembre 2018

Mes parents, notre destin - La photo -

Destin contraire

Poème (2007)
Je n'avais jamais vu la photo de mariage de mes parents - Ma tante
en détenait un exemplaire qu'elle m'envoya en 2007.

La photo

Une image a traversé le temps.
J'en connaissais l'existence
sans l'avoir jamais vue.
L'enveloppe est arrivée.
Hier. Quand je l'ai ouverte,
gorge nouée ... ô mes innocents !

La vision a transpercé mon coeur
mieux que ne l'aurait fait une lame acérée.
Toi mon père au visage si fin, si doux,
pourquoi ce regard baigné d'inquiétude ?
Pressentais-tu déjà les tourments
qui, si vite, viendraient flétrir
ces moments de grâce de ton mariage ?
Toi, ma mère, à peine sortie de l'enfance,
ignorante de ta beauté qui rayonne,
radieuse et confiante appuyée contre lui,
à qui, sans crainte, tu as confié ta vie,
que pouvais-tu savoir des hasards
qui rôdent obscurs et malfaisants ;
que pouviez-vous savoir de l'aveugle destin
qui sépare des êtres si bien faits l'un pour l'autre.

Je vous regarde et je pleure
sur tout ce que vous n'avez jamais eu ;
voir ensemble grandir vos enfants,
partager l'harmonie d'un paisible foyer.
Tu étais si bon mon père et toi maman si gaie.

Je vous regarde et je pleure
maintenant que vous n'êtes plus
sur tout ce qui aurait pu être
 que nous n'avons pas eu.



Mes parents
    


 Mon arrière grand-père maternel habitait en Turquie,  le quartier Péra, très prisé des familles bourgeoises arméniennes,  où il possédait un magasin d'armurerie. Sa situation financière lui permettait d'entretenir dans une certaine aisance une famille qui comptait cinq enfants. Ils pratiquaient tous un instrument de musique et se réunissaient le soir, pour de petits concerts familiaux. Ma grand-mère, Sophie, artistiquement douée, jouait du piano, aimait la littérature, le théâtre, jouait la comédie  connaissait sept langues, dont l'arabe qu'elle lisait et écrivait couramment. C'est au cours d'un voyage en Russie qu'elle rencontra mon grand-père, Avédis.  

Issu d'une famille ukraino-arménienne, officier ainsi que ses frères dans l'armée du tsar,  mon grand-père  d'un tempérament plutôt sombre, à l'opposé de celui de ma grand-mère Sophie, femme brillante, amoureuse de la vie,  au caractère enjoué, s'éprit de cette femme légère et gaie comme un pinson, et quitta tout pour la suivre à Constantinople. Pour son malheur.

 C'est là que maman naquit, sur le quai d'embarquement du bateau que sa mère s'apprêtait à prendre ! Puis, très peu de temps après cette naissance, ma frivole grand-mère oublia ses devoirs pour suivre un comédien dont elle s'était entichée ... Mon grand-père espéra en vain, en la suivant à son tour à la trace avec l'enfant, qu'elle reviendrait au foyer, sans succès. Sa quête le conduisit en Bulgarie, où il finit par s'établir en désespoir de cause et où ses parents le rejoignirent.


 C'est ainsi que grandit ma mère, entourée de l'amour de son père et de ses grand-parents jusqu'au moment où son père se remaria avec une jeune fille, Koarig, miraculée du génocide des arméniens. Elle était servante en même temps que mon arrière-grand-mère donc, dans une riche famille arménienne. Maman avait six ans ; l'amour exclusif, sans partage, qu'elle vouait à son père lui fit découvrir la souffrance de la jalousie à la naissance de ses frères et soeurs. Entre-temps, la famille s'était installée en France, à Lyon. C'était la misère. Au fil du temps, la mésentente qui régnait entre sa belle-mère et elle, généra son vif désir de quitter le foyer. On décida de la marier, elle avait quinze ans mais on prétendit qu'elle en avait seize. C'est ainsi qu'elle épousa mon père âgé de vingt quatre ans et que très rapidement,  les grossesses se succèdèrent ; un premier enfant naquit qui mourut à six mois, puis vint mon frère dont elle était déjà enceinte, enfin ma naissance dix huit mois plus tard.

Se marier, dans la culture arménienne, signifiait rejoindre la famille de l'époux et la partager. Le maître du clan, mon grand-père paternel cette fois, dictait sa loi. Une loi que chacun supportait sans broncher, mon père y compris. "Il était très gentil, me dit plus tard ma mère, nous nous entendions bien et riions souvent en cachette, mais il n'osait pas se rebeller". Le couple de mes parents n'avait aucune autonomie. Un rituel consistait, pour la jeune épousée, à laver les pieds du maître en signe de respect ... Une connivence existait cependant entre les jeunes gens qu'étaient mes tantes Kéranouche et Christine, Mes oncles Zaven  et Joseph ; ils se soutenaient mutuellement, au moins en paroles, lorsque la dictature du "vieux", ainsi qu'ils nommaient leur père, était par trop contraignante.

Mon grand-père (qui n'était pas le père biologique de papa, Zaven et Kéranouche), petit homme sec et nerveux craint de tous, décidait de tout pour tous. Les revenus du travail étaient gérés par lui. C'est ainsi qu'il s'occupa des tenues vestimentaires de maman et, curieusement, montra dans ses choix beaucoup de goût. Peut-être pour satisfaire le "qu'en dira-t-on" s'ingénia-t-il - malgré leurs faibles ressources - à la parer de vêtements de qualité faits de crêpe ou de soie... Elle était si jolie maman. Tante Kéranouche pensa un jour que les cils de maman - qu'elle avait fort longs - étaient trop longs et décida qu'il fallait les couper ... Ce qu'elle fit ! Un petit peu jalouse quand même...

Mes parents acquirent enfin leur autonomie lorsque mes grands-parents décidèrent de quitter Lyon pour la banlieue parisienne : Alfortville.

Alors, la malveillance, les ragots, l'extrême jeunesse de maman sans doute, furent à l'origine de la séparation de mes parents. Enrôlé dans l'armée française qui l'éloigna de son foyer, il revint au cours d'une permission, et trouva porte close ... et nous, bambins de 2 ans et demi et 1 an, confiés à des voisins ...Les racontars avaient déjà fait leur oeuvre. Sans chercher à comprendre davantage, il prit le train le soir même pour Paris afin de nous confier aux soins de nos grands-parents.

Commença pour maman, l'enfer de l'arrachement que fut pour elle la perte de ses enfants, puis du rejet familial, puis de la solitude . Au sortir d'une longue dépression, elle se rendit à Paris, dans l'espoir de nous retrouver. En vain. Un atelier de couture cherchait une employée. Elle se présenta. Elle ne savait rien de la couture ! Et cet homme, qui devint son patron mais surtout un grand ami, s'étant vite aperçu de son ignorance, choisit pourtant de lui faire confiance et lui offrit une chance d'apprendre son métier en le pratiquant - à ses risques et périls. S'il y eut des "râtés", il n'eut pas à regretter les premiers dommages de son apprentissage, car très vite, maman devint sa meilleure ouvrière. Elle fut son bras droit et dirigea l'atelier pendant de longues années. Lorsque survinrent nos retrouvailles, je me souviens de son beau regard rempli de fierté quand elle me présenta à ce patron bienveillant, qui me pinçant affectueusement la jour, lui dit : "vous avez une bien belle jeune fille"  ...

Elle avait rencontré durant ses années de difficultés celui qui devint son mari. Il était Français et terminait ses études. Mais la plaie toujours ouverte de la déchirure qu'avait été pour elle notre séparation, entretenait une dépression chronique qui la jetait, chaque fois qu'elle se manifestait, dans des gouffres de souffrances. Jusqu'au jour où j'intégrai définitivement leur domicile. Ce fut aussi le moment, après le paroxisme du bonheur retrouvé,  où J'entrai dans l'univers de l'amour possessif,  exclusif, de ma mère en même temps que celui, plus insidieux et trouble, de sa dépression. Elle m'idolâtrait, m'offrait tout ce qui pouvait me faire plaisir. Je l'aimais aussi, de toute mon âme. Quand elle pleurait, impuissante que j'étais à guérir un mal qui la rongeait sans cesse, je la serrais sur mon coeur et couvrais ses yeux de baisers. Et, peu à peu, otage consentante de mon amour infini pour elle, quittant mon rôle de fille, je compris que je devais endosser celui de protectrice, de mère. 


J'apprenais à vivre pour l'autre, et plus seulement pour moi.

Cet amour excessif qui nous unissait me maintint longtemps dans un monde idéal, inhumain en quelque sorte. Je n'imaginais pas qu'il puisse un jour se briser. Et quand à la faveur de circonstances particulières cet être que j'aimais sans réserve, s'éleva contre moi, tenta de me nuire, y parvenant presque, ce fut pour moi un choc d'une brutalité inouïe. J'avais alors trente-cinq ans quand j'ouvris les yeux sur une réalité que je n'aurais jamais pu imaginer. La vie me réserva comme à tant d'autres, bien des aléas, des difficultés, matérielles souvent ; mais rien, jamais, n'a pu m'atteindre aussi profondément comme la perte de l'illusion que se révéla être cet amour que je croyais indéfectible, celui de ma mère. Il me fallut du temps pour parvenir à dépasser cette souffrance et reprendre des relations avec elle.  Mais j'y parvins peu à peu prenant en compte ses propres démons ; et puis maman vieillissait ; je n'aurais pu l'abandonner ; j'étais près d'elle, lui tenait la main au jour de sa mort, lui ai fermé les yeux. Nous avions perdu des années si précieuses.

Maman 


Un des bouleversements qui survint dans notre vie d'enfants, que nous vécûmes mon frère et moi comme une coup de tonnerre dans un ciel serein, fut la rencontre avec notre mère dont on nous avait dit qu'elle était morte, sans doute pour couper court à toute explication. Nous avions respectivement 17 et 15 ans.

Mon frère, alors en apprentissage chez un bijoutier, revint un soir et, avec des airs mystérieux, me fit signe de le rejoindre dans sa chambre. Un grand mot pour désigner le réduit qui ne pouvait contenir que son lit. Il l'avait rendu très vivant en y installant, sur le sol, dans la ruelle du lit, sur des cartons qui figuraient le circuit du Tour de France, d'innombrables petits vélos avec leur coureur, qu'il déplaçait en fonction de l'étape du jour.

Il fallait enjamber avec précaution son univers cycliste pour atterrir sur le lit. Sitôt installés côte à côte, il sortit alors de sa poche la photo d'une ravissante jeune femme d'une trentaine d'années. De beaux yeux largement ouverts, le sourire de deux lèvres pulpeuses donnant une douceur incroyable à son visage ovale, encadré de cheveux bruns, mousseux, bouclés.

- C'est ta julie* ? Demandai-je admirative. Il me fit attendre avant de laisser tomber : non. C'est maman.
L'expression "le ciel qui vous tombe sur la tête" prit tout sens pour moi !

Nos grands-parents, à qui nous avions été confiés dés notre plus jeune âge, nous avaient élevés jusqu'à ce que notre père envisage de refaire sa vie, ce qui se produisit lorsque nous atteignîmes neuf et onze ans. Sa femme eut bientôt deux enfants, me propulsant du même coup dans le rôle de nounou ! Je me levais la nuit, pendant que mes parents dormaient, pour bercer pendant des heures, dans le noir pour ne pas les réveiller, le marmot qui s'époumonait tant qu'il pouvait ! Et, rageuse, je me jurais que je n'aurais jamais d'enfants !

La version d'une maman morte s'était modifiée au fil du temps. Je me souviens encore du jour où, assise près de ma grand-mère, dans la cuisine, tandis qu'elle s'occupait du repas, je lui avais demandé : "c'est vrai que ma mère est morte ? Elle n'avait pas répondu, mais une larme avait roulé sur sa joue. Puis, chose inhabituelle, grand-père vint nous attendre à la sortie des classes durant un certain temps ; et, malgré les non-dits, nous comprîmes qu'il se passait quelque chose ayant un rapport avec notre mère. Nous apprîmes plus tard, qu'en effet, dans de nouvelles tentatives désespérées pour nous voir, elle venait se poster dans la rue, non loin de notre école.

- C'est maman ... Mais comment ?
- Elle est venue me voir à l'atelier.

C'était inouï. Et ce fut pour nous l'un des plus importants chamboulements de notre existence, le premier s'étant produit à notre insu, quand nous n'étions encore que de tout petits enfants - trois ans pour mon frère, un an pour moi.

Deux jours après cette incroyable nouvelle, j'étais chez maman. C'était un miracle. J'étais dans ses bras et ce fut comme si les années de séparation n'avaient jamais existé. Elle voulut que je m'installe chez elle. J'eus à faire un choix douloureux : quitter mon père que j'aimais de tout mon coeur, ou refuser le somptueux cadeau que me faisait la vie : ma mère. Mon frère m'aida dans ma décision en me disant que lui resterait près de notre père, que ce serait mieux pour moi de rejoindre maman. Un tel évènement souda encore davantage les liens déjà très forts qui nous attachaient, mon frère et moi. Il se montra le grand frère qui conseille, encourage, approuve le choix égoïste de sa petite soeur, afin que la chance d'une autre vie lui soit offerte.
Mon père souffrit beaucoup de mon départ, mais, avec le temps, constatant l'évolution positive de ma vie, il finit par me pardonner.

Et ma vie changea. Alors qu'après mon certificat d'étude, quittant l'école (au grand dam de mon institutrice venue plaider ma cause auprès de mon père) je restai oisive, occupée seulement de travaux ménagers sans autres perspectives, maman souhaita que je reprenne des études.
Je passai le concours d'entrée de l'école de la rue Monceau à Paris, où j'habitais désormais. Je fus reçue première (!) ce qui me valut d'emblée l'intérêt des professeurs. Tout était nouveau : nous avions un professeur pour chaque matière, changions de classe selon les cours ... Très vite j'eus de nouvelles amies. Et ce furent les rendez-vous dans le bistrot du coin, aux heures de repas faits de sandwichs, où nous retrouvions des étudiants d'autres lycées, parmi lesquels un jeune poète qui me subjuguait...
J'évoluais rapidement, même s'il me restait des progrès à faire : un jour que notre professeur de Français (Mademoiselle Cotin - je l'adorais) nous demandait, à propos des "Femmes savantes" de Molière et de la phrase "Il n'est pas bien honnête, et pour beaucoup de causes, qu'une femme étudie et sache tant de choses ..."- a-t-il raison ?
Je me retins juste à temps de répondre "ben oui ..." car je sentis confusément que j'allais dire une ânerie ou que ce n'était pas ce qu'elle espérait entendre.
J'étais encore très imprégnée de notre culture arménienne qui voulait que la place d'une femme soit avant tout au sein de son foyer ...

J'adorais mon père, qui était la douceur même et dont la meilleure arme était l'humour : un jour, quand je vivais encore sous son toit, que je lui montrai mon carnet scolaire, où, cette année-là je ne me distinguai pas par de brillants résultats, et comme je figurais à l'avant-dernière place, il me dit : eh bien, tu n'auras plus beaucoup de places à perdre, le mois prochain ! Cette moquerie me mortifia bien plus que n'importe laquelle des punitions.

Il est certain cependant, que c'est à maman que je dois d'avoir pu élargir un horizon qui, sans elle, m'aurait été fermé. Maman et Gérard, son époux français, étaient curieux de tout : d'histoire (les revues Historia" s'amoncelaient sur l'étagère), de littérature (là c'étaient les livres de la Pléiade ...) de musique : nous écoutions toujours les oeuvres des compositeurs qu'ils aimaient - et ils étaient nombreux ! Ce sont grâce à elles que j'ai pu développer la sensibilité musicale que je portais en moi dés mon enfance. Mais je dus attendre bien des années encore avant de pouvoir l' exploiter ...

* "julie" : petite amie ...

*****
Mon père



Je sais fort peu de choses hélas sur les évènements qui ont conduit mes grands-parents en France, s'agissant bien entendu de leur histoire personnelle qui rejoignait cependant celle de tous les arméniens qui durent quitter l'Arménie occidentale lors des massacres génocidaires perpétrés par les Jeunes-turcs de l'empire ottoman. Nous avons toujours été tenus à l'écart, nous les enfants, de ce sombre drame dont nous n'eûmes connaissance que tardivement. De plus, nous étions trop jeunes, quand nos grands-parents vivaient encore , pour tenter de percer les secrets enfouis si bien gardés.

Mon oncle Joseph, de ma famille paternelle, et qui vient de quitter ce monde, m'avait fourni dernièrement quelques détails qu'il avait pu recueillir, car lui-même avait vu le jour en France.

Mon père est né à Bafra, près de la mer Noire ; c'est la seule indication précise en ma possession qui me laisse penser que la famille y vivait. Ma grand-mère perdit son mari, un homme respecté de son village, dans des circonstances qui ne sont pas très claires pour nous. Craignant alors pour sa famille, elle décida de tout quitter et s'embarqua pour la France. Sur le bateau qui les transportait, elle et ses enfants, ma grand-mère se lia d'amitié avec un homme qui les prit en charge et les accompagna. Il était sans papier ; ma grand-mère avait les siens indiquant qu'elle était mariée. De sorte qu'à l'arrivée, elle déclara ce nouveau compagnon comme étant son mari. Il le devint effectivement, c'est ainsi que naquirent Joseph et Christiné, les jumeaux aux cheveux roux. Mon grand-père d'adoption, était un petit homme autoritaire, sec et nerveux que tous craignaient. Exigeant et dur avec les aînés, il fut pourtant, pour moi, plus tard, le plus merveilleux des grands-pères.

Mon père, l'aîné des trois enfants, avait onze ans au moment de son arrivée en France. J'ignore tout de ce qu'a été sa vie, sinon qu'il suivit une scolarité car il écrivait d'une belle écriture soignée. Il fut appelé à la guerre 39-45 et fait prisonnier ; durant les cinq années de captivité qui le retinrent en Allemagne, il apprit à jouer du violon. Aux heures de tristesse, dont les raisons m'échappaient, il sortait le violon de son écrin et jouait des musiques nostalgiques. Mais il savait aussi, lors de réunions familiales, jouer des mélodies pleines d'entrain. J'appris plus tard, trop tard, que mon père avait sacrifié pour nous, ses enfants, bien des choses. Je me souviens de la facilité avec laquelle ses yeux se remplissaient de larmes, tout comme mon frère, tout comme moi et, aujourd'hui, tout comme ma fille ! Où va se nicher l'hérédité !

Oui, nous l'aimions notre père ! Souvent, dans nos délires d'adolescents exaltés, nous nous promettions, mon frère et moi, qu'un jour viendrait où nous lui offririons tout le bonheur qu'il méritait !

Ce furent des voeux pieux. Mon frère, depuis toujours un écorché vif, fut pour notre père, durant son enfance et son adolescence, une source de beaucoup de tourments. Quant à moi, obéissant à l'appel d'un bonheur égoïste, je lui infligeai une souffrance qu'il n'avait pas méritée, en l'abandonnant pour rejoindre ma mère. Pardon papa.


jeudi 6 décembre 2018

Vidéos conférence à Feysin - 4/12/2018 - Nikos Lygeros - Hilda Tchoboian

N. Lygeros : Les droits de l’Humanité contre les génocides. Feyzin, 04/12/2018
https://www.youtube.com/watch?v=W5O24bntThY

Hilda Tchoboian : Il n’y a pas de droits humains sans citoyens. Feyzin, 04/12/2018
https://www.youtube.com/watch?v=yhjKyXPAc5Y



mercredi 5 décembre 2018

Traité de Paris et Réclamations nées de la guerre - N'oublie pas l'obusite - N. Lygeros


Traité de Paris et Réclamations nées de la guerre

N. Lygeros

Dans la Traité de Paris de 1947, les réclamations nées de la guerre se trouvent dans la Partie VI. Dans la section I intitulée Réparations, nous trouvons l’Article 74. Celui-ci séparé en cinq paragraphes intitulés :
A) Réparations au profit de l'Union des Républiques Soviétiques Socialistes.
B) Réparations au profit de l'Albanie, de l'Éthiopie, de la Grèce et de la Yougoslavie.
C) Dispositions spéciales pour livraisons anticipées.
D) Réparations au profit d'autres États.
E) Indemnisation pour les biens saisis au titre des réparations.

Il est intéressant de noter que le dollar américain est calculé avec sa parité-or au 1er juillet 1946 à savoir 35 dollars pour une once d’or.

Cette base de calcul nous permet de nous rendre compte effectivement de la valeur des réparations que devrait payer l’Italie aux Etats suivants :
Albanie : 5.000.000 de dollars des Etats-Unis.
Ethiopie : 25.000.000 de dollars des Etats-Unis.
Grèce : 105.000.000 de dollars des Etats-Unis.
Yougoslavie : 125.000.000 de dollars des Etats-Unis.

Cela permet d’avoir un point de vue historique et objectif des faits. 
*****
N'oublie pas l'obusite

N. Lygeros

N’oublie pas l’obusite
si tu veux comprendre
les troubles psychiques
des soldats
de la Première Guerre Mondiale
dans le contexte
de la guerre des tranchées
sinon tu risques de bafouer des mémoires
tel un barbare
qui ne peut saisir
l’esprit des innocents
lorsque celui-ci
doit faire face
à la guerre.
Aussi après
un siècle
pense
à l’amour
De l’Humanité
pour mieux
les soutenir.

*****




lundi 3 décembre 2018

Sur la restitution du patrimoine africain - L'Afrique dans la carte mondiale des besoins humanitaires - N. Lygeros



Sur la restitution du patrimoine africain

N. Lygeros

Il existe un faux débat autour de la question de la restitution du patrimoine africain et cela concerne le colonialisme. Certes la colonisation a été l’occasion pour les pays colonisateurs de s’emparer de biens culturels seulement il ne faut pas oublier que plus de 70% de ces biens sont sortis des pays africains après leur indépendance. Il s’agit donc d’un problème bien plus global que celui qui est couramment présenté. Nous devons donc avoir une vision holistique. Bien-sûr qu’à long terme il faut restituer les objets que nous possédons de manière suspecte pour ne pas dire simplement illégale. Et il est bon que la France puisse représenter un paradigme sur le sujet. Seulement il faut aussi penser aux biens culturels qui ont été délibérément exportés pour faire des rentrées d’argent et dans ce cas nous devons nous intéresser aussi bien aux acheteurs qu’aux vendeurs. Cette problématique dépasse de loin l’aspect conflictuel du colonialisme. Car il est trop facile de ne parler que d’une catégorie pour engendrer des culpabilités auprès de certains Etats. Si nous nous contentons de cela, nous ne pouvons rétablir véritablement des relations de respect entre l’Europe et l’Afrique. Il est nécessaire d’aborder simultanément les relations au sein même de l’Afrique en raison de conflits internes qui sont profondément ancrés dans le continent. Notre approche doit être celle de l’Humanité afin de respecter ses Droits sur l’ensemble de la planète.

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L'Afrique dans la carte mondiale des besoins humanitaires

N. Lygeros

Personne ne peut oublier les besoins humanitaires de l’Ukraine avec la crise en Crimée et non seulement. Même si le Venezuela ne veut pas le reconnaître, il vit une crise humanitaire à l’instar de la Colombie. Les catastrophes humanitaires sont claires au Moyen-Orient tant en Turquie qu’au Liban, en Palestine, et bien-sûr en Syrie et en Irak, sans oublier sur le continent asiatique les crises au Pakistan, en Afghanistan, au Bangladesh, au Myanmar, au Laos et l’horreur de la Corée du Nord. Cependant les crises humanitaires sévères en Afrique sont d’un ordre de grandeur considérablement plus grand. Les pires des cas concernent la Libye, le Nigeria, l’Ouganda, l’Erythrée, la Somalie, le Yémen, la République Centrafrique et la République Démocratique du Congo mais nous ne devons pas oublier la Mauritanie, le Sénégal, le Mali, le Niger, le Tchad, le Cameroun, la Zambie, la Zimbaoué, Madagascar, le Burundi, le Rwanda, le Soudan et le Soudan Sud. Lorsque nous examinons les 55 pays de l’Union Africaine qui recouvre désormais l’ensemble du Continent, il est difficile de ne pas réaliser que dans cette zone se concentrent les plus grands besoins de l’Humanité. L’Afrique est le continent le plus en crise de tous. Il nous faut encore beaucoup faire pour avoir des résultats tangibles et positifs. Cependant le diagnostic ne suffit pas, il est nécessaire de mettre en place de véritables stratégies à l’échelle onusienne pour l’aide mais aussi à l’échelle africaine pour mettre en évidence des données chronostratégiques pour préparer l’avenir.

samedi 1 décembre 2018

Si tu lis - Avec les voyages - Les Forces Spéciales de l'Humanité -


Si tu lis

N. Lygeros
Traduit du Grec par A.-M. Bras

Si tu lis
la conclusion
de la revendication
pour les dettes
allemandes
tu comprendras
que
ce combat
en vaut la peine
et qu'il a
du sens
politiquement
parce qu’ il défend
les droits
des innocents
et se bat
contre la barbarie
nazie
qui a blessé
l'Humanité.

*****
Avec les voyages

N. Lygeros
Traduit du Grec par A.-M. Bras

Avec les voyages
du Temps
tu peux
voir
la marche
des Chevaliers
et écouter
l’oeuvre
de Prokofiev
de façon
différente
qui n'est pas
seulement celle
du spectateur
mais
du combattant
qui a
vécu
les difficultés
de l’occupation.

*****
Les Forces Spéciales de l'Humanité

N. Lygeros
Traduit du Grec par A.-M. Bras

Personne n'avait entendu l'expression
« Forces Spéciales de l'Humanité »
alors qu'elles s’étaient battues depuis des siècles contre la barbarie.
Elles avaient traversé les époques pour aider les innocents.
Et chaque époque les nommait à sa manière.
Seulement c’étaient toujours les mêmes.
Et leurs guerriers étaient les élus
capables de se battre
avec la plupart de ceux d'une époque
selon les exigences de l'Humanité.
Ils n’attendaient aucun numéro pour s’activer.
Dès leur naissance, que les autres attendaient,
ils commençaient des missions nécessaires
pour l'avenir de l'histoire.
Il n'y eut jamais aucun retard
parce qu'ils servaient exclusivement l'Humanité
indépendamment des sociétés qu’ils trouvaient.
De temps en temps quelques nouveaux guerriers naissaient
qui suivaient les plus anciens
qui provenaient des temps séculaires
où l'armure n'était pas aussi importante
tant que l’esprit coordonnait
les cinq mouvements
produire l'oeuvre du silence.

mercredi 28 novembre 2018

Notes sur l'exil - Denis Donikian


Notes sur l'exil - Denis Donikian
source :
 http://www.armenweb.org/.../reportages/notes_sur_lexil.htm  

1 - Arménien d'origine, né en France, je me situe dans cet entre-deux culturel. D'un point de vue biographique, j'ai fait constamment des va et  vient entre mes deux cultures, par mes études et mes voyages. Sans jamais réussir à faire le pas pour être pleinement dans l'une ou totalement dans  l'autre. En tant qu'artiste, cela ne m'a pas toujours aidé. En France, pays cartésien, on n'aime guère le genre hybride. Or, c'est ce que j'affectionne le plus en littérature, mais aussi dans l'art des autres, le genre hybride. Ni tout à fait récit, ni tout à fait poésie, ni tout à fait journal, ni tout à fait livre d'art, etc. Je crois que nous allons de plus en plus vers un art ouvertement métissé, (ce que j'appelle un bris-collage, dans une sens noble de ce néologisme).
Mais quel est mon rapport à l'exil ? En tant que personne, c'est une histoire assez loufoque. Mes parents étaient directement issus du génocide de 1915. Et  pour ma part, je suis né en France. Vivant en France, comment me sentir exilé, me direz-vous ? Or, justement. Je reste un  enfant du génocide dans la mesure où mes parents m'ont élevé sans le vouloir, c'est-à-dire avec leurs mots, leur mémoire, leur difficulté à s'adapter à un étrange pays, etc. dans le sentiment de l'exil. C'est donc ça, j'ai un sentiment d'exil sans pour autant être exilé puisque je sais que je ne me sentirais ailleurs jamais aussi bien que je le suis en France et qu'en France je rêve d'un autre pays, d'un pays qui soit nôtre, à nous, une Arménie pour Arméniens. Je vis donc constamment avec comme fond de ma conscience ce que le poète Vahé Godel appelle un arrière-pays. Et beaucoup de jeunes compatriotes, plus jeunes que  moi, vivent ainsi. En France, mais préoccupé par un pays où ils ne vivront  probablement jamais, l'Arménie. (Et mon histoire est d'autant plus compliquée que le pays de mes parents n'a rien à voir avec l'Arménie actuelle, située bien plus à l'Est et dont ils n'avaient pas idée). Mon impression d'exil est donc d'éducation. La seule réalité de cet exil, c'est qu'il s'agit d'un exil  hérité.

2 - Être exilé, c'est être ex-quelqu'un, venu de quelque part à la suite d'une violence. C'est être sorti de son île pour devenir un il quelconque, jamais  plus soi-même, c'est-à-dire plus jamais un être accordé à une terre.  
L'arrachement fait l'exilé. L'exilé sera désormais un ex-ceci, un ex-cela. 
Qu'il le veuille ou non, l'exilé affiche son origine, c'est-à-dire une façon d'être ici et ailleurs. Pour moi, il m'est impossible de me présenter comme Français à part entière, car ce serait mal dire la chose, ni Arménien pour les  mêmes raisons. Mais Français d'origine arménienne. En d'autres termes, je suis  toujours d'origine, condamné à être d'origine. Ainsi, l'exilé est la preuve  vivante que le monde va mal, qu'il est injuste. Il nous fait lire l'état du  monde tel qu'il est. C'est-à-dire la condition même de l'homme. Il rappelle à  l'autochtone que l'exil menace son propre confort. Mais aussi qu'on peut être  un exilé de l'intérieur par rapport à une norme, un consensus, une opinion  commune, l'idéologie dominante, l'ethnie dominatrice. Le chômeur, le handicapé physique ou mental, l'opprimé, l'opposant politique sont autant d'exilés.
Pour en revenir au génocide subi par les Arméniens, le sentiment d'exil se décline aussi bien côté bourreau que côté victime. Le négationnisme est une forme de perpétuation de l'exilé par un exilant.
L'exilé ne peut entrer dans la communauté des hommes tant qu'il sera rejeté par une partie de cette  communauté, une communauté étant de fait la mise en commun de valeurs humanistes. Mais l'exilant, le bourreau, lui aussi s'exile de cette communauté dans la mesure où il récuse le pacte de respect mutuel. Aujourd'hui, les Turcs et les Arméniens, les bourreaux et les innocents, se trouvent inclus dans cette dialectique infernale. L'enjeu, ce sera justement l'entrée de la Turquie dans l'Europe. Laquelle Turquie ne veut pas faire le pas d'une reconnaissance de sa mémoire comme l'a fait l'Allemagne.

3 - Par ailleurs être exilé, n'est pas un état, c'est un acte qui n'en finit pas. L'exilé est toujours en situation d'exil, c'est-à-dire en suspens entre deux mondes : le monde qui a été (familier) et le monde qui est en train de devenir (familier). C'est d'autant plus vrai que la langue de l'exilé est aussi bien une langue perdue, qui est derrière, qu'une langue qui reste à acquérir et qui est devant. Encore cet entre-deux. En fait, l'exilé est désintégré en permanence, et quoi qu'il fasse. Il cherche à recoller les morceaux de sa mémoire pour en faire un avenir. Là où il est, il n'est jamais totalement. Il est parti d'un pays qui l'a refusé (le pays natal) pour ne jamais être en adéquation absolue avec le pays qui l'a accueilli (le pays fatal).

4 - Au passage, le poète, quant à lui, est exilé dans et par la langue. La vraie poésie est au-delà de la poésie (Bataille). C'est la langue qui le lui dit. Il est dans la nostalgie de la langue et chemine vers une perfection de la langue, c'est-à-dire une adéquation parfaite de la langue avec les choses. (Tout le mal de la poésie, ou le malheur du poète, réside dans cette perte, en ce sens qu'elle définit la poésie même. Sans la perte, la poésie n'aurait pas lieu d'être). Plus précisément, la langue est son chemin entre ce que la langue dit de l'éden perdu et d'une adéquation parfaite de soi avec elle. Il est donc exilé, c'est-à-dire en suspens, mais un suspens actif et désespéré. 
De fait, toute écriture se situe dans un entre-deux comme l'exilé entre deux langues et deux pays. La métaphore, en ce sens, désigne à celui qui l'invente un autre monde où il n'est pas. Les expériences symbolistes ou surréalistes ont eu l'intuition de ce quelque chose qui est en avant de la langue. Dans la métaphore, on s'étonne de ce que la langue utilise une voie/voix rationnellement fausse pour nous faire atteindre quelque chose à quoi nous adhérons comme vraie. Le poète, c'est un exilé de l'avenir. 
La poésie comme absolu du langage invite au dépouillement total, elle invite au dépouillement de sa part d'histoire pour qu'il retrouve son temps intérieur profond. Et ce n'est jamais gagné. 

5 - Mais l'exil peut être une chance pour l'humanisation des cultures. Une chance pour la culture d'accueil autant que pour la culture de l'exilé. 
D'abord, elle oblige cette culture au dépassement d'elle-même en donnant du sens à sa propre humanité. Que vaudrait une culture qui ne serait pas « humaine » ? Ensuite, la porosité des cultures va créer des passerelles, des expériences de mariages, qui sont des épreuves de vie. Les cultures comme les hommes sont voués au métissage. (« L'avenir est au métissage » disait Léopold  Sédar Sengor). Les plus égocentrées des cultures ne pourront nier longtemps les apports culturels de l'histoire. Les plus ethnocentrés des hommes baignent déjà dans l'évidence de l'interaction des cultures. Quoi qu'ils disent et aujourd'hui plus que jamais. En art, c'est tout autant un fait qu'un mode d'évolution. Que vaudrait Picasso sans l'art nègre ? Van Gogh ou Monet sans les estampes japonaises ? Mais au sein même d'un art, c'est le métissage des techniques qui permet le renouvellement de notre vision du monde. L'art ne cherche qu'à pousser ses tentacules dans toutes les directions. Mieux, nous dirons que tout genre littéraire, par exemple, qui joue avec le métissage permet d'échapper à l'uniformité. On a beau dire de La recherche du temps perdu que c'est un roman, on sait bien que dans ce « roman », il y a du mémorialiste puisque Proust était un lecteur assidu de Saint-Simon, mais également un essayiste à la manière de Montaigne, sans oublier qu'il sut  exploiter à merveille l'intuition de Chateaubriand sur la mémoire. On a donc affaire à un art hybride, mais équilibré et dominé par la facture romanesque. 

6 - « Aime, et fais ce que tu veux » disait Saint Augustin. Il faut aimer l'amour donc. La résolution des contraires est dans ce pacte avec le monde tel qu'il est. Je suis un être en suspens. Un être en attente. Or, l'attente est attention. Il n'y a pas mieux que l'exil, en attendant qu'il y ait mieux que l'exil.

Adieu petit Jivan, bonne chance - 2014 - Dzovinar

Adieu petit Jivan, bonne chance

"J'ai le coeur plus tendre
que du lilas "
dit la chanson
et je me demande
comment  changer le mien
mais il n'est plus temps
toutes les années et les épreuves passées
auraient dû l'y aider
mais non
toujours il s'émeut
au moindre coup du sort
souffre à la plus infime égratignure
 il déraisonne 
rien ne pourra donc le changer
Adieu petit compagnon rêvé
à qui je renonce avant même
de t'avoir connu
c'est de ton image seule
que je me contente désormais
ouverte sur l'écran
de mon ordinateur
ton regard me scrute
et interroge
- pourquoi m'abandonnes-tu ?
ton bonheur est ailleurs
petit chaton 
celui que je t'offrais
n'était pas réaliste
c'est d'espace et de liberté
dont tu as besoin
et non de l'univers exigu
 de mon appartement 
Adieu petit Jivan
bonne chance
Dzovinar

A Denis Donikian- Dzovinar

https://denisdonikian.wordpress.com/2018/11/26/je-suis-un-ecrivain-mort/#comment-5816


A Denis Donikian

La jalousie, la mesquinerie sont souvent de mise dans tous les milieux où l'art, le talent s'expriment. C'est surprenant, tant on voudrait qu'au moins dans ces milieux justement, la médiocrité de tels sentiments en soit bannie.  Je rêve d'esprits supérieurs capables  de reconnaître le talent pour le plus grand bien d'une communauté qui l'a enfanté en quelque sorte ; Mais non, les ego ont du mal à s'effacer devant l'évidence d'un talent qui les dépasse. Ceux qui se croient du coup bien meilleurs que ceux qu'ils mettent  en avant , s'y adonnent avec hypocrisie  et délectation. Les "nominés" se répandent en remerciements qu'ils dispensent généreusement, ajoutant ainsi à l'importance que se donnent les "décideurs" !  Denis, sois en sûr, ton talent d'écrivain ne peut se mesurer à l'aune de médailles  qu'on pourrait te décerner, ni dépendre de toutes les reconnaissances que les esprits chagrins, malveillants, sans intérêt finalement, te refusent. Nous sommes fiers de ne pas être de ce troupeau-là, mais de celui, plus restreint peut-être, de ceux dont l'esprit ô combien éclairé, a su découvrir celui qui marquera à jamais, quoi que l'on en dise, les pages de la littérature arménienne.    

L'icône - Les hyperécritures - Chantages anglais - Qui changerait - N. Lygeros


L'icône

N. Lygeros
Traduit du Grec par A.-M. Bras

L’icône
de la foi
que tu vois
dans l'église
est un morceau
de l'arbre
de l'histoire
ainsi
tu peux
toi aussi
comprendre
combien ce lien
est important
pour l'évolution
et la suite
du futur
qui respecte
le passé
pour surmonter
le présent.

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Les hyperécritures

N. Lygeros
Traduit du Grec par A.-M. Bras

Les hyperécritures
sont venues après
signatures
épigraphes
et inventaires
pour enrichir
la pensée
de l'Humanité
et protéger
plus efficacement
les innocents
avant qu'ils ne finissent
victimes
de la barbarie
ou même
se transforment
en collaborateurs
par manque
de résistance
et de défense
c'est pour cela que nous avons commencé
la contre-attaque.

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Chantages anglais

N. Lygeros
Traduit du Grec par A.-M. Bras

Le Brexit est tellement problématique pour le Royaume-Uni que nous voyons maintenant ses fanatiques faire chanter le Premier Ministre en lui demandant de leur donner un échéancier de sa démission pour qu’ils soutiennent l'accord qu'il prépare avec l'Union Européenne. Nous nous rendons bien compte que les choses empirent alors que les fanatiques ont dit qu’il s’agissait d’une procédure de libération des données européennes. En réalité, c’est un prétexte puisqu’ils sont prêts à signer un accord qui, bien sûr, dit qu'ils ne veulent pas uniquement se débarrasser du Premier Ministre.
Lui- même est resté très limité dans ses mouvements car de nombreux ministres l'ont laissé dans des postes importants et qu’il n’y a pas d'autre choix. Ainsi, la position du Royaume-Uni, depuis l'époque des erreurs de stratégie du référendum, est de plus en plus défavorable sans rien avoir accompli de concret face à l'Union Européenne. Dans le même temps, nous voyons que, les grandes entreprises qui ne peuvent accepter cette étape et pensent qu’il s’agit des plus grandes erreurs du Royaume-Uni, le quittent définitivement.

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Qui changerait

N. Lygeros
Traduit du Grec par A.-M. Bras

Qui changerait
d’époque
pour aller
sauver
d'autres
gens
inconnus
qui n’ont jamais
rien demandé
mais
qui doivent
être aidés
afin qu'ils ne meurent pas
et vivent
libres
après
l’affrontement
à la barbarie.