dimanche 9 janvier 2011

QU'AURAIT IMAGINE UN PEINTRE ...

Qu'aurait imaginé un peintre
dont le regard veut surprendre
au plus profond d'un être
ses plus intimes vibrations,
en interroger sa palette,
en observant, assis à une table
au fond d'une salle de restaurant,
un couple dont les âges qui s'additionnent
atteignent une avantageuse somme
dont les deux-tiers reviennent à la dame
ronde, large, plantureuse,
et l'autre tiers au fringant jeune homme
mince, bien fait, arrogant de jeunesse
qui l'accompagne ?
La table les sépare
mais leur attitude gourmande
yeux dans les yeux
main dans la main
bouche à bouche
hors du monde
déjà dans la chambre,
laisse entrevoir la fin d'une histoire
que tout à l'heure sous le regard narquois
d'un miroir fixé au plafond,
les amants avec frénésie parachèveront
lui, le corps frémissant d'une trop longue attente,
le visage enfoui entre les seins généreux,
elle, se pamant bruyamment
en recevant l'offrande ...

Indifférents à l'opprobre bourgeois
ils sont heureux, tout simplement.



Marc Chagall  - Les Amants bleus (1914)

Amour ...

Amour


Quand le démon de midi
viendra souffler sur ton coeur endormi
l'éveillant à nouveau
aux affres de l'amour ;
quand le démon de minuit
attisera comme braises l'ardeur de tes sens
perdant la raison, bravant les interdits,
laissant goutte à goutte
le doux fiel se répandre
ravageant sans merci
chaque fibre de ton être,
pantelant, éperdu, criant grâce...
Ah ! Je te le dis
tu sauras ce qu'est aimer,
comme tu n'auras jamais aimé ...
Tu sauras ce qu'est mourir d'aimer.

 Et quand à son tour
cette passion dernière
s'éteindra comme  meurt
tout ce qui naît
tu diras, songeant aux jours de douleur,
aux instants de fulgurants bonheurs,
aux délires, aux plaisirs, aux erreurs...

Ah ma folie
comme je t'ai aimée !

Dzovinar

Dzovinar - pastel d'après "La valse" de Camille Claudel

Terre d'Arménie à nulle autre pareille ...


Le lac Sevan rejoint le ciel et l'épouse

Gardien immuable le Mont Ararat veille depuis la nuit des temps sur notre destinée


Pays de légende où vit le jour celle de la malheureuse Aghtamar

Arménie, avide de culture depuis les temps reculés, 
 
amoureuse de tous les arts,

samedi 8 janvier 2011

(pastel - Dzovinar)

 Chaque fois, indicible,
l'émerveillement envahit celui
que ses pas conduisent
le long de la promenade
qui longe la plage déserte
en ces derniers jours d'automne ;
rien n'est jamais pareil pourtant.
Aujourd'hui,
le ciel d'un bleu très doux
laisse sa traîne légère,
brodée d'un feston rose et or,
effleurer à peine les sommets mauves
d'une montagne lointaine ;
sur le sable gris veiné d'ocre pâle,
sans bruit, les vagues transparentes
inexorablement se succèdent,
pour venir mourir lentement
en un mouvement perpétuel ...

Etre immergé dans la beauté du monde
même quand le temps nous est compté
doit nous rendre heureux d'exister
ne serait-ce que pour vivre cet instant.

ARTSAKH, TERRE QUI GARDE MON AME


Artsakh, ma terre,
comment n'être pas séduite
par ton âme d'un autre temps.
Tout en toi conduit au repos de l'esprit.
Comment fais-tu pour être si belle
toi qui as connu tant de tourments
qui a vu mourir tant de tes enfants.
Ta beauté sereine partout domine
des collines aux cimes, des montagnes de pierre
aux claires rivières ; et les monastères,
austères et dignes, veillent sur les vivants
et leur rappellent que ni les guerres,
ni le temps, ne pourront altérer, ni détruire,
de ton existence, l'essence.

Dzovinar 

Ciel d'Artsakh

Monts d'Artsakh


Pays de pierre
millénaire
né des chutes
d'un tamis divin,
tel fut ton destin.
Brûlé
au soleil d'été,
livré
aux morsures d'hiver
tel est le fer
dont ton âme est forgée !


Symbole d'Artsakh


Monastère d'Artsakh




Notre vie est ici.
Dans le pays des pierres.
Mais qu'est la vie lorsque tout manque ?
Si je ne peux offrir la simple nourriture
à nos corps affamés
et si mon dur labeur n'y peut suffire ?
La nuit, j'observe les étoiles,
si brillantes dans le ciel obscur
et je pleure, ô ma femme,
de ne plus trouver leur éclat
dans ton regard.
Que peut toute la beauté du monde
quand nos enfants manquent de pain ?
Seule, Dadik* murmurant les contes d'antan
peut briser le silence
qui s'emplit alors 
de leur innocent babil.
A l'heure où tout sommeille
les sombres pensées m'assaillent :
quel sera pour eux l'avenir ?
La puissance de notre amour
saura-t-il leur ouvrir les portes
d'un meilleur destin ?
Je voudrais tant que ma vie ne fut pas inutile
et croire
que de notre misère
un jour, naîtra leur bien.

Dzovinar 

(* Dadik - grand-mère)

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Vol au-dessus de l'Artsakh

Nikos Lygeros

Nous volions au-dessus de l'Artsakh
pour étudier nos positions
mais aussi où se trouvaient les nôtres
ceux qui n'avaient jamais abandonné
malgré la peur et la guerre
malgré la barbarie de l'ennemi
qui ne cessait de les torturer.
Au-dessus de notre terre,
toutes les têtes semblaient fichées
dans le sol comme des fleurs
sauvages qui puisaient leur force
dans les profondeurs d'antan.
Voilà ceux que nous devions protéger.



L'air du temps

N. Lygeros

À travers l'air 
et le temps 
nous écoutions 
l'air du temps 
comme si c'était 
une nouvelle chanson 
d'autrefois 
et puis doucement 
nous chantions 
le souvenir 
d'une mémoire 
en danger 
grâce au son 
de notre duduk 
alors nos montagnes 
et nous, étions 
à nouveau prêts 
pour la guerre 
contre l'oubli ! 


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Le duduk en Artsakh

Nikos Lygeros

Quand les négociateurs
nous expliqueront
la nouvelle donne
d'un jeu de cartes
qui n'a pas changé
malgré leurs dires,
il ne faudra pas
que tu oublies le son
du duduk en Artsakh
sinon Papik et Tatik
ne seront que deux têtes
décapitées par la barbarie
que nous aurons aidée
par peur de revendiquer
la terre de nos ancêtres.

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Artsakh historique

Nikos Lygeros

Ne regarde pas le trait sur la carte
car notre sang a coulé
bien au-delà
pour défendre
ce que les autres
voient comme un détail.
La géographie des puissants
ne tient pas compte
de l'histoire des peuples,
il te faut parcourir
nos montagnes
pour nous comprendre
et vivre à nouveau
dans une paix sans guerre
pour les diplomates
mais une guerre sans paix
pour les anciens.


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Les monastères de la résistance

N. Lygeros

Si tu n'examines
que la religion
tu ne peux comprendre
les monastères
comme des lieux de résistance
face à la barbarie
et tu ne peux voir en eux
une nouvelle forme
non seulement de khatchkars
mais de véritable dragon
qui malgré les blessures
continue de protéger
ceux que la terre nomme
les siens !

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Sculpture de la mémoire

N. Lygeros

Qui peut comprendre
ce que signifie
sculpture de la mémoire
en Artsakh
sans avoir vu
de khatchkar ?
Car il ne s'agit pas
seulement
d'une croix de pierre
mais d'un symbole
qui a traversé les âges
pour accompagner
les hommes
face à la barbarie.
Sinon ils n'auraient été
que des victimes
sans avenir.

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