dimanche 13 mars 2022

"À tort ou à raison, Je me pose des questions" - par le Général Henri ROURE

 Ed2 a "À tort ou à raison, Je me pose des questions"

 Par Le Général (2s) Henri Roure - 


 Sur La crise ukrainienne -  Le 3 Mars 2020 (calameo.com)

> > À tort ou à raison je me pose des questions

> > Abasourdi par le déversement d’informations monochromes des chaînes grand-public courant après une surenchère d’images et de commentaires destructeurs de la plus élémentaire objectivité, j’ai pris quelques distances avec eux sur le sujet ukrainien. Le larmoiement dans un flot commun des journalistes et leur adhésion sans réflexion aux thèses de Biden et de ses commis ont fini par me lasser et m’amener à m’interroger et faire quelques analyses personnelles.

> > Il m’apparaît ainsi que l’action conduite aujourd’hui par la Russie est davantage une guerre indirecte et défensive face à l’OTAN, que contre l’Ukraine. L’Ukraine n’étant qu’un théâtre très visible d’opérations et de prétextes. Il s’agit de ce que nous pouvons nommer un coup d’arrêt à l’expansionnisme américano-otanien. De ce seul point de vue elle est donc justifiée pour Moscou. J’y reviendrai.

> > Auparavant je voudrais faire une remarque à mon sens essentielle  : la Russie appartient à l’Occident traditionnel. Il suffit de relire l’histoire de ces derniers siècles pour le vérifier. Nous autres Français sommes particulièrement bien placés pour le savoir. Elle a été pleinement impliquée dans tous les événements qui ont marqué l’Europe, toujours par le biais d’alliances avec les unes ou les autres nations du continent. Cette implication s’est arrêtée en 1917 avec la révolution bolchevique qui l’a séparée, principalement, de la France et du Royaume-Uni. Seule la période soviétique l’a isolée, ainsi que les pays de l’Europe de l’est, de l’Europe dite de l’ouest, sauf évidemment lors de la seconde guerre mondiale face à la puissance hitlérienne où la part russo-soviétique à la libération de l’Europe a été tout aussi déterminante que le débarquement en Normandie. Cette période de soixante-dix ans s’est heureusement terminée, mais a provoqué des bouleversements qui empêchent toujours la Russie de retrouver sa nature et redevenir pleinement une puissance européenne. Quand le général de Gaulle parlait d’une Europe de « l’Atlantique à l’Oural », il n’affirmait pas autre chose que l’appartenance de la Russie au monde européen. Or la période de l’utopie marxiste a permis aux États-Unis, pays extérieur au continent, d’asseoir leur domination militaire, politique et financière sur le monde dit libre. L’effondrement de l’URSS en 1991, regardé comme leur victoire dans la guerre froide, a développé chez les stratèges étatsuniens une ambition démesurée. Leur orgueil outrancier, leur excessive certitude de détenir la vérité, ou, pour utiliser un terme grec aujourd’hui à la mode, leur hubris, les a amenés à tout faire pour développer, une position hégémonique de plus en plus contestable et, d’ailleurs, contestée. 

> > Ils ont cru pouvoir agir à leur gré dans le monde, imposer leurs principes politiques et économiques en entrainant avec eux, pour une sorte de légitimation de leurs actions, les pays d’une Alliance Atlantique maintenue. Ce furent toutes sortes d’interventions hors de la zone de l’Alliance, qui se soldèrent par des pertes humaines, militaires et civiles, en nombre considérable, des destructions et des échecs; Irak, Syrie, Libye, Afghanistan…avec, à l’appui de leurs opérations, des mensonges éhontés sur les risques que faisaient courir leurs victimes. Ils provoquèrent la dislocation de sociétés et de pays comme la Yougoslavie et contribuèrent à l’affirmation de la menace du totalitarisme islamique. Toutefois la propagande de Washington, sans véritable possibilité de contestation, réussit toujours à minimiser les faits, voire à les présenter comme des réussites. Dans chacune de ces guerres, contre ses règles constitutives, l’OTAN a été impliquée.

> > Cette alliance, rappelons-le, avait été créée le 4 avril 1949 pour assurer la Défense de ses membres nord-américains et ouest-européens face à la volonté expansionniste soviétique puis face au Pacte de Varsovie, lui même constitué 6 ans plus tard, le 14 mai 1955. Cette menace et le Pacte de Varsovie disparus, l’OTAN n’avait strictement plus aucune raison d’exister. Cependant il s’est avéré, aux yeux des gouvernements successifs étatsuniens, que l’OTAN représentait un instrument fort commode pour maintenir sous tutelle les pays européens et agir, si nécessaire, hors des contraintes onusiennes et du plus élémentaire respect du Droit international. Sa survie aidait, avant tout, à maintenir l’illusion d’une Russie dangereuse héritière de l’URSS, l’empêchant ainsi de se rapprocher des autres États du continent et de rendre à l’Europe sa force et son rôle. Cette puissante désinformation appuyait le déploiement d’un arsenal considérable hors de toute logique simplement sécuritaire. Il s’agissait de vendre de l’armement, d’imposer des normes communes liant dans la durée les États partenaires, de s’assurer d’une puissance dominatrice et de maintenir les subordinations. 

> > Il est patent qu’une conjonction d’intérêts, une sorte de jumelage, existe désormais de manière étroite entre l’UE et l’OTAN. En conséquence nous découvrons, à l’occasion de la crise ukrainienne, un affichage ostentatoire de cette intimité de l’UE avec les États-Unis que nous pourrions retrouver aussi, plus subtilement, dans l’origine et le fonctionnement de cette organisation internationale. Il n’est donc pas étonnant que face à la Russie, une action unitaire décidée par Washington, relayée par ses protectorats européens, ait été pensée et mise en place. 

> > Dans l’affaire ukrainienne, cette mauvaise foi et cette prétention démesurée à juger et à vouloir gérer le monde, est particulièrement évidente pour qui s’abstrait des images et commentaires médiatiques. Si nous revenons sur l’histoire récente nous découvrons que le président russo-soviétique Gorbatchev avait reçu, en 1990, l’assurance que les pays de l’Europe de l’est, libérés de la tutelle de l’URSS, ne rallieraient pas l’OTAN. Nous savons ce qu’il est advenu de cette promesse…La Russie d’Europe est désormais presque totalement cernée par des pays incorporés à l’UE et à l’OTAN.

<< La dernière pièce de cet encerclement, le territoire majeur offrant un contact immédiat avec elle, l’Ukraine, devenait donc un enjeu stratégique. Elle apparaissait comme une émanation de la Russie historique et comme voisine immédiate de la nouvelle Russie. Elle en est une nation soeur et la guerre actuelle, malgré les affirmations nationalistes des dirigeants ukrainiens, peut être considérée davantage comme une guerre civile que comme un conflit inter-étatique, tant les imbrications culturelles, économiques et humaines sont grandes.

<< Les penseurs étatsuniens y voyaient un atout sérieux pour contenir la Russie en jouant sur cette proximité et cette interpénétration. Si nous faisons un bref aperçu de l’Ukraine depuis la dislocation de l’URSS et son indépendance, nous sommes amenés à constater qu’elle n’a pas réussi à faire son unité et s’est très vite trouvée en proie à la corruption et à des violences internes, ce qui a inévitablement paralysé son développement. Plusieurs fautes majeures ont été commises par ses différents gouvernements qui ont aggravé l’insécurité. La première a été de substituer, l’ukrainien à la langue russe, comme langue officielle du pays ce qui a intensifié la révolte du Donbas peuplé de Russes et mécontenté une part non négligeable du reste de la population.

<< Cette politique a légitimé la récupération de la Crimée, en 2014, par la Russie. Cette province était évidemment russe et n’avait été rattachée administrativement à l’Ukraine qu’en 1956 par Nikita Khrouthchev. Français comme Britanniques savent parfaitement que cette terre est russe s’ils veulent bien se souvenir de la guerre de Crimée (1854-1855) et du siège de Sébastopol, port d’attache de la Marine impériale russe qui menaçait alors la Méditerranée, ou encore du fait d’arme de la prise de la redoute de Malakoff. Époque où le déclin de l’empire ottoman avait aiguisé les appétits du Tsar…Face à une situation extrêmement délabrée, le gouvernement ukrainien a été obligé d’accepter de signer le 12 février 2015 les accords dits de Minsk II succédant à une première tentative. Ils consacraient la victoire de la Russie en actant la partition de l’Ukraine, la création d’un protectorat russe sur le Donbas partagé en deux « républiques » indépendantes, celle de Donetsk et celle de Lougansk et de fait la neutralisation du pays, ce que souhaitait la Russie.

<< Mais sous l’influence des États-Unis, en juin 2017, le parlement ukrainien adopta une loi stipulant que l’adhésion à l’OTAN était devenue un objectif stratégique de la politique étrangère et de sécurité du pays. L’amendement inscrivant cet objectif dans la constitution ukrainienne entra en vigueur en 2019. La mise en œuvre de l’accord Minsk II, qui était en sommeil durant la présidence ukrainienne de Petro Porochenko, fut relancée en décembre 2019, lors d’une rencontre dite au format Normandie (1) entre Volodymyr Zelensky, élu président de l’Ukraine en avril 2019, et les chefs d’États et de gouvernement allemand, français et russe. Mais en septembre 2020, Volodymyr Zelensky approuva la nouvelle stratégie de sécurité nationale de l’Ukraine prévoyant le développement du partenariat spécifique OTAN-Ukraine en vue de l’adhésion du pays à l’Organisation. Cette adhésion entrainant, de facto, en perspective, l’adhésion à l’UE… Si cette décision avait été suivie d’effet, l’Ukraine devenue membre de l’OTAN aurait accueilli sur son sol des unités occidentales à la frontière même de la Russie. Ce qui pour Moscou s’avérait, évidemment, inacceptable, tant l’OTAN n’a cessé de prouver son évolution en alliance à vocation désormais offensive au service des intérêts étatsuniens. L’Ukraine aurait été protégée par l’article 5 du traité constitutif de l’Alliance qui affirme qu’une attaque contre un pays membre équivaut à une attaque contre l’Alliance dans son ensemble. Dès lors la Russie et le président Poutine ne disposaient que d’un délai réduit pour agir afin d’éloigner cette menace, d’autant plus que la situation intérieure en Ukraine ne cessait de se dégrader.

> > La Russie avait donc plusieurs raisons d’agir. Elle avait pourtant envoyé des signes sur le retour de sa puissance et sur sa volonté de se protéger et de jouer à nouveau un rôle indépendant puisque « l’Occident » n’avait pas voulu d’elle. Elle avait montré son efficacité en Syrie en raffermissant le régime de Bachar el Assad; elle avait soutenu l’Iran. Et face à nous, Français, elle avait envoyé sa milice para-militaire Wagner, en RCA et au Mali. Ne pouvant se manifester contre les Anglo-saxons, trop solidaires et réactifs, hormis par le rapprochement avec la Chine, elle choisit donc de se montrer dans notre zone d’action traditionnelle. Il s’agissait, sans doute, d’un appel au gouvernement français à plus de circonspection dans ses relations avec elle. Mais la suffisance ou l’incompétence ou encore le tropisme européo-otanien exacerbé des dirigeants actuels, les ont rendus sourds et aveugles à ce fort signal.

<< Que va t-il se passer? Je n’en sais rien, pas plus d’ailleurs que quiconque se penche sur la question…La guerre évidemment s’arrêtera un jour. Il y aura eu des morts et des destructions, c’est certain. Mais sans doute en bien moindre importance que sous les bombardements américains, français et britanniques au Moyen-Orient. Je ne peux faire que des suppositions, celles qui me paraissent les plus vraisemblables…ou les plus souhaitables! 

> > Les sanctions économiques n’auront aucun impact sur la suite militaire et politique de l’opération en cours. D’une part la Russie a prouvé dans le passé la forte capacité de résilience de son peuple et, d’autre part, ces sanctions atteignent aussi, par ricochet, les économies de ceux qui les ont décidées notoirement celles de l’UE. Or nous savons combien la finance, dirigée par les Anglo-saxons, est sensible à tout ce qu’elle ne peut contrôler. Gaz, pétrole, matières premières, blé… venus de Russie sont nécessaires, directement ou indirectement, aux économies.

<< Certes, avec le temps nous pourrions nous en passer, en revenant à un système plus protectionniste, mais le monde d’aujourd’hui fonctionne encore dans l’immédiateté et l’interdépendance. À moins que cette crise soit vécue comme une véritable leçon des risques que cette approche mondialisée fait courir et qu’une véritable évolution ne s’ensuive. Après l’expérience désastreuse de la Covid 19 qui mit en exergue les tares du système, il serait possible qu’un prudent changement des relations internationales se mette en place. Le constat des défaites de l’OTAN, de ses provocations et de son inefficacité dans cette crise, pourraient mener à une prise de conscience après la très provisoire illusion d’une unité. Elle pourrait conduire à l’idée d’une alliance militaire européenne et, à terme, à un rapprochement voire une extension de cette future alliance avec la Russie aux ambitions stabilisées par la reconnaissance de la réintégration de la Crimée à son territoire et des républiques du Donbas. Quant à l’Ukraine, elle pourrait, alors, avec la Russie, participer à cette nouvelle approche de la dimension européenne. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. 

<< L’OTAN aura perdu, mais certains continueront à y croire et à l’encenser. Il faudra donc que la France et les principales nations européennes investissent dans leur défense, pour peser davantage dans la sécurité du monde, car, depuis la nuit des temps, à la paix succède toujours une guerre, souvent là où l’on ne s’y attend pas.


> > Henri ROURE

> > (1)L’expression provient de la première réunion entre la France, l’Allemagne, l’Ukraine et la Russie qui eut lieu le 6 juin 2014. Elle est due à une journaliste américaine.


> > [ 22 03 03 - À tort ou à raison, je me pose des questions.

Analyse historique sur l'affaire ukrainienne par DENECE et BONNET

L’invasion de l’Ukraine par la Russie suscite une telle émotion en Occident qu’elle empêche toute analyse objective et raisonnée de la situation, notamment la compréhension des causes profondes de l’action condamnable de Moscou, mais aussi la part de responsabilité qui revient aux Occidentaux et aux autorités ukrainiennes ; Or, seule la prise en compte des unes et des autres pourrait permettre de parvenir à une sortie de crise.


Depuis le 24 février dernier, et un peu plus de vingt ans après la guerre de Yougoslavie, activement soutenue par l’OTAN en dehors de sa sphère géographique d’intervention, la guerre s’est réinvitée sur le sol européen et à nouveau dans sa partie slave. 

Il convient de condamner clairement l’opération militaire qui, d’initiative russe, vise un Etat souverain, l’Ukraine, de nous montrer solidaires de sa population et de manifester concrètement notre solidarité avec les victimes et les personnes en détresse, quelles qu’elles soient. 

Ceci posé sans restriction, l’honnêteté commande d’ouvrir le dossier complet de cette confrontation et de ne pas dénoncer unilatéralement des attitudes – et celle de Moscou est la plus condamnable - sans faire un retour sur les origines d’un conflit qui aurait pu et dû être évité. 

La situation présente inacceptable de l’Ukraine résulte largement de l’impéritie de ses propres dirigeants depuis 2003 et de celle des dirigeants des pays occidentaux, européens et américains. Si l’intervention décidée par le président Poutine est juridiquement et humainement inadmissible, elle aurait pu ne pas se produire si nous n’en avions pas ignoré les signes annonciateurs et si nous avions prêté une oreille plus attentive aux avertissements venus de Moscou. Car la décision russe ne relève pas de l’irrationnel et n’est pas un acte arbitraire et gratuit. Elle procède d’un enchaînement de faits sur lesquels il est impératif de revenir, ne serait-ce que pour comprendre que, comme le souligne judicieusement Hubert Védrine, ancien chef de notre diplomatie, « le Poutine de 2022 est en grande partie la création des Occidentaux ».

Certes, pour aussi longtemps que les armes ne laisseront pas la place à la diplomatie – le célèbre cedant arma togae – l’émotion inspire nos pensées et nos actes et nous détourne d’une évaluation objective de la tragédie. Pourtant rien n’est plus pressant que d’en évaluer objectivement les causes et sortir de l’hémiplégie intellectuelle qui caractérise dirigeants occidentaux, experts et journalistes. Ce n’est pas en disqualifiant systématiquement les arguments de Moscou – dont certains sont recevables – que nous ferons avancer les propositions les plus raisonnables et, d’abord, faire en sorte que les canons (russes) se taisent.

Tentons de rappeler des faits : 


     1. Trois décennies de mépris et d’humiliations 

Un préalable essentiel doit être rappelé : les Russes considèrent qu’ils n’ont pas perdu la guerre froide ni militairement (leur armée est une des plus redoutables au monde) ni technologiquement (ils sont une puissance spatiale qui collabore avec les Occidentaux) ni en matière de renseignement (comme nous, ils peuvent voir une brouette dans votre jardin et comme la NSA, madame Merkel dans sa salle de bain). L’URSS s’est désintégrée et le système communiste a implosé. Mais la Russie demeure et ses citoyens comme ses dirigeants ne se sont jamais considérés comme des vaincus, moins encore depuis que Vladimir Poutine leur a rendu leur fierté. 

En regard, l’issue apparente de la guerre a conforté les Etats-Unis dans leur appétit de domination, dans leur messianisme et a fortement encouragé leur hubris impérial. Partant du constat qu’ils sont la première puissance mondiale, Washington a tout fait pour poursuivre l’affaiblissement de la Russie, l’exclure du jeu international, comme en Irak, en Libye, en Syrie, en Afghanistan, démoli les régimes arabes qui contenaient le fondamentalisme religieux et avaient le tort d’entretenir de bonnes relations avec Moscou. Quitte à être débordés par leurs propres créatures, car c’est bien des initiatives de la CIA que sont nés Al-Qaida et le messianisme islamique. De même, ils ont interdit aux Européens de construire un système de sécurité intégrant la Russie et maintenu en vie l’OTAN, désormais dédiée au soutien des entreprises américaines. 

Pourtant, la fin de la Guerre froide avait traduit, de la part de Moscou, une sincère volonté d’ouverture et de coopération lors des négociations qui ont consacré la désintégration de l’URSS : Mikhail Gorbatchev a accepté de rapatrier ses têtes nucléaires et de démanteler sur place les missiles stationnés hors de Russie contre la promesse du maintien de l’OTAN dans sa configuration présente et une aide occidentale à la reconstruction de l’économie russe. Il a même été envisagé, y compris par les Américains, de supprimer l’OTAN rendue inutile par la disparition du Pacte de Varsovie. Nous avons en France un grand témoin des promesses occidentales, Roland Dumas qui s’en est expliqué en 2018 dans une interview très claire et étayée par des documents. 

Sur cette ligne de coopération, Boris Eltsine a répondu favorablement aux demandes occidentales du contrôle progressif des armements conventionnels puis nucléaires et développé de nombreuses coopérations avec l’Europe, dans les domaines militaire, policier, économique et technologique. Rappelons également qu’en 2001, après que les Etats-Unis aient été frappés sur leur sol par Al-Qaïda, enfant de la CIA, Moscou a soutenu les USA pour le lancement de leurs opérations en Afghanistan, allant jusqu’à mettre à leur disposition plusieurs bases aériennes. 

En regard et dépit des engagements pris par les Américains, la parole n’a pas été tenue : l’élargissement de l’OTAN a commencé et s’est poursuivi méthodiquement alors même, rappelons-le, que sa raison d’être avait disparu avec la fin de l’URSS et du Pacte de Varsovie, aucune aide financière ou économique n’est venue de l’Ouest. En dépit de soubresauts d’orgueil comme la tentative de coup d’État de 1991, la ligne de la soumission initiée par Boris Eltsine été maintenue. Mais la disparition complète du parti communiste a été stoppée et une tendance lourde à une résurgence du nationalisme s’est progressivement affirmée. 

La venue aux affaires de Vladimir Poutine a changé la donne. Il a compris l’aspiration populaire à une résurrection de la force, remis en ordre ses armées et mis en œuvre un ambitieux programme de modernisation de ses moyens militaires. Des signaux ont été envoyés aux Occidentaux, notamment aux Américains, sur la permanence de la force de frappe sous-marine et les parades militaires ont repris sur la place Rouge. Dans le même temps, la mise en valeur des ressources gazières a commencé avec l’exportation du précieux combustible organisée sur la base d’une coopération renforcée avec l’Europe centrale et, notamment, l’Allemagne dont le point culminant a été le recrutement de l’ancien chancelier allemands Gerhard Schröder à la tête d’une branche de Gazprom, le gazoduc Northstream. 

S’agissant des relations avec l’Ukraine, dont a relation avec l’URSS avait été compliquée durant la guerre par la création d’un Etat indépendant mais allié de l’Allemagne nazie, un premier radissement est intervenu en 2002 quand le président ukrainien Leonid Koutchma a annoncé l’intention de son pays d’adhérer à l’OTAN. Il a alors multiplié les signes d’allégeance envers les Américains, oublieux de leur promesse de 1990, proposant, par exemple la location de la base de Sébastopol et une coopération avec la CIA pour infiltrer la Russie. 

Face à ce qu’il ne pouvait pas ne pas considérer comme une menace, Vladimir Poutine, nouveau maître de la Russie, choisi, rappelons-le, par Boris Eltsine, lançait un premier avertissement en 2005, dans une interview accordée à Christian Malard (sur France 3) : « En cas d’intégration à l’OTAN, l’Ukraine pourrait avoir des problèmes, je le dis franchement ». Ce que corrobore et explique Hélène Carrère d’Encausse, dix-huit ans plus tard, quand elle déclare que « Pour les Russes, pas seulement pour Poutine, l’Ukraine, c’est la Russie, qu’on le veuille ou non »

Deux ans plus tard, en 2007, devant la fin de non-recevoir opposée systématiquement aux demandes russes de garanties de sécurité, soit l’arrêt de l’expansion de l’OTAN vers l’est, le retrait sur les positions de 1997 et le retrait des armes offensives du voisinage immédiat de la Russie, Vladimir Poutine intervenait encore devant la Conférence sur la sécurité de Munich sans que son avertissement ne suscite aucune réaction. Il se posait en protecteur des minorités russophones voire russes.

En août 2008, la Russie intervenait militairement en Georgie à la demande des russophones d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie – régions sécessionnistes géorgiennes indépendantes de facto de Tbilissi depuis le début des années 1990 – qui s’estimaient victimes – à juste titre - d’une offensive déclenchée par le président géorgien Saakachvili. L’armée russe détruisait la plus grande partie des moyens militaires géorgiens et reconnaissait l’indépendance des régions sécessionnistes. 

En 2011, à l’occasion des « révolutions arabes » soutenues par l’Occident – qui ont largement déstabilisé l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient – Moscou, qui s’était abstenu lors du vote de la résolution 1973 établissant une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye sous le prétexte de protéger la population civile, ne pouvait que constater que sa neutralité n’était ni comprise ni récompensée puisque les Occidentaux aidés des Qataris renversaient le régime de Mouammar Kadhafi et l’assassinaient ignominieusement.

En 2014 intervenait la révolution ukrainienne qui voyait le mouvement Maïdan largement encadré par des groupes néo-nazis locaux ( Pravyï Sektor, bataillon Azov... ) et soutenu par les Etats-Unis en la personne de leur ambassadrice Victoria Nulland, renverser le gouvernement démocratiquement élu de Ianoukovitch alors qu’il était – ceci expliquant cela - sur le point de signer un accord avec Moscou. Devant cette violation du droit et le ciblage délibéré des populations russophones de l’est de l’Ukraine ayant largement voté pour Iakounovitch, la Russie s’emparait de la Crimée, presqu’entièrement peuplée de russophones favorables à leur retour au sein de la mère-patrie. En riposte, les Occidentaux décrètaient des sanctions économiques toujours en vigueur. 

La même année – 2014 – Washington exerçait de fortes pressions sur Paris afin d’annuler la vente de deux navires amphibies Mistral à la marine russe. François Hollande cédait aux injonctions américaines et rompait le contrat signé. Cette reculade commerciale marquait pour notre pays le début de sa perte de crédit aux yeux de Moscou, d’autant plus lamentable que la Russie récupérait son argent ...et les plans des navires. 

En 2015, à la demande de Bachar El-Assad, la Russie intervenait en Syrie et renversait le cours du conflit en frappant durement les diverses formations islamistes filiales d’Al Qaïda ou de Daech...dont certaines soutenues par l’Occident pour renverser le régime syrien et mettre à mal les chrétiens d’Orient. La Russie qui sauvait les minorités chrétiennes de l’extermination, réussissait un coup magistral : elle signait son grand retour sur la scène internationale en mettant la main sur le port de Lattaquié et elle bloquait le gazoduc Qatar-Turquie en représailles des interdits américains sur le Southstream qui devait déboucher en Bulgarie. 

Année après année, le ressentiment russe a ainsi refait surface. Michel Brenner, universitaire américain, le souligne dans un article du 24 février 2022 (« Something happened »  ) : « les insultes en paroles et en actes n’ont cessé de les (les Russes ) frapper depuis 2014 pour atteindre un crescendo à partir de mars 2021. Ils ( les Américains ) savent très bien que l’objectif est de dénaturer la Russie en tant que puissance politique et diplomatique en Europe et au-delà. L’Occident veut la neutraliser et la marginaliser afin que les Etats-Unis puissent rester maîtres de l’Europe et se préparer à une lutte titanesque avec la Chine pour la suprématie mondiale. Un accès sans entraves aux richesses en ressources naturelles de la Russie est un bonus »

Depuis l’arrivée au pouvoir de Poutine, Moscou s’est attaché à préparer, lentement mais sûrement, sa réaction. Indéniablement, cette remontée en puissance de la Russie dérange les Américains qui ont décidé de passer à l’action. Toujours pour Michaël Brenner « l’opération antirusse en Ukraine a commencé en mars 2021 avec le renforcement, encouragé par Washington, des forces militaires ukrainiennes le long de la ligne du Donbass, la livraison de grandes quantités d’armes, dont des missiles antichar Javelin, la reprise des discussions sur de lourdes sanctions économiques »

On connaît la suite.


     2. Les responsabilités ukrainiennes

Comme nous l’avons évoqué plus haut, depuis l’annonce de 2002, les dirigeants ukrainiens, à l’exception de Ianoukovitch, ont donné des gages aux Américains afin d’obtenir, comme une récompense, leur entrée dans l’OTAN. 

Un retour en arrière de trente ans nos rappelle que, lors de son indépendance, l’Ukraine réunissait toutes les conditions d’une économie florissante : d’excellentes terres – le tchernoziom –, une base industrielle solide, une main d’oeuvre qualifiée. Pourtant il n’en a rien, été en raison de la corruption généralisée des milieux d’affaires et politiques, comme en Russie d’ailleurs. Tels les oligarques russes, leurs homologues ukrainiens ont détourné les ressources du pays, délabré l’économie et appauvri la population. De nombreux Ukrainiens ont émigré et la population est tombée de 52 millions d’habitants en 1991 à 48,2 en 2002, 45,7 en 2011 et 43,5 en 2022. Une perte démographique de 8,5 millions en vingt ans. 

Il importe également de rappeler que depuis la fin de l’URSS, la Russie accordait à l’Ukraine des prêts bonifiés et lui livrait du gaz, Kiev percevant, par ailleurs, des redevances pour le passage sur son territoire de plusieurs gazoducs russes desservant l’Europe. Ce qui n’empêcha pas des « défauts de paiement » à l’égard de la Russie productrice et le déclenchement de mesures de rétorsion de la part de celle-ci .

Ce sont les évènements de 2014 qui ont provoqué la rupture entre les deux pays. Le nouveau régime ukrainien a voulu « mater » les populations russophones de l’est, en leur interdisant l’usage de la langue russe. Un affrontement armé s’en est ensuivi avec, comme corollaire, un séparatisme de fait. Alors que les accords de Minsk la prévoyaient, aucune négociation ne s’est ouverte et le conflit qui s’est installé a déjà fait plus de 15 000 morts. 

En février 2015, un accord en 13 points est intervenu à Minsk entre l’Ukraine, la Russie, l’Allemagne et la France pour mettre un terme au conflit armé dans le Donbass et le Donetz. Force est de constater que Kiev est revenu sur sa signature et refuse de les appliquer, sans être condamné ni désavoué. Au contraire, l’Ukraine a continué de bombarder les zones contrôlées par les séparatistes.

La volonté d’en découdre et d’en finir avec les républiques sécessionnistes a été entretenue par des groupes néo-nazis dont les Occidentaux persistent à minimiser voire nier l’importance, comme l’explique l’écrivain serbe Slobodan Despot : « Le réveil du nazisme en Ukraine est ignoré en bloc par l’Occident, comme il l’a été en Croatie dans les années 1990. On traite cela comme un phénomène marginal, sans impact sur la politique du pays ou comme un alibi de la propagande russe. En Ukraine, il infiltre la « résistance du peuple ukrainien » dans les médias occidentaux. Ainsi on peut voir un leader du mouvement extrémiste Secteur Droit interviewé par Fox News au titre de « brave militant ukrainien » alors qu’il est accusé de meurtres de civils dans le massacre d’Odessa en 2014 »

Faire de ce pays un modèle de démocratie par opposition à la Russie poutinienne relève de la fiction. Kiev a largement contribué à la dégradation de la situation sur ses marches orientales et le président Volodymyr Zelenski, triomphalement élu en 2019 avec les voix des russophones sur la promesse de faire la paix en Ukraine n’a rien fait. 

Rappelons aussi que l’Ukraine a soutenu l’Azerbaïdjan d’Aliev, fils d’un hiérarque du KGB, dans la guerre que ce pays a déclenché contre les Arméniens du Haut-Karabak, conflit au cours duquel les Azéris firent appel à plus de 2 000 djihadistes syriens et qui se caractérisa par de nombreuses exactions. Après la victoire de Bakou – obtenue entre autres grâce aux armements livrés par Kiev - toutes les villes d’Ukraine ont été pavoisées aux couleurs de l’Azerbaïdjan.


     3. Partialité et mauvaise foi des Américains

Si l’attaque de l’Ukraine contrevient indéniablement aux règles du droit international, et doit être fermement condamnée, que dire des Etats-Unis si ce n’est qu’ils sont mal placés pour donner des leçons de morale politique: outre les agissements de la CIA, de la NSA, et de toutes les agences d’intelligence américaines ou satellites, outre leur refus de ratifier la Cour internationale de Justice, outre leur refus, imposé à leurs alliés, d’accepter la traduction de leurs ressortissants devant des juridictions autres qu’américaines, la liste est longue et sanglante de leurs interventions armées impunies: le Viet Nam – autour de 4 millions de morts sans compter les blessés et les victimes de l’agent orange, la Grenade, la Somalie, le Panama, l’Irak, l’Afghanistan, la Serbie, et de leurs concours à des dictateurs avérés : Pinochet, Videla, Somoza, Stroessner. Les donneurs de leçon ne sont jamais loin des « malfaisants » comme l’aurait dit Audiard.

L’OTAN sous contrôle américain a joué un rôle majeur dans le viol délibéré de la charte de l’ONU et des principes premiers du droit des gens que constitue la création du Kosovo, et sa reconnaissance comme un Etat indépendant, alors qu’il s’agit d’une province serbe et du berceau historique de la Serbie. 

Plus gravement, parce que c’est le fond du problème, l’engagement pris à la conférence de Moscou de mettre fin à la mission initiale de l’OTAN et d’engager le désarmement est à l’origine du conflit actuel. aujourd’hui dénié. C’est une vérité énoncée clairement par un des derniers participants, côté français, Roland Dumas en 2018 : le ministre français rappelle que l’idée était alors de mettre fin à l’OTAN. Roland Dumas est formel sur ce point qui insiste sur la promesse de James Baker à Mikhail Gorbatchev ( faite en 1990 ) que l’OTAN n’avancerait pas « d’un pouce vers l’est, engagement » renouvelé en 1991. Les preuves de ces affirmations françaises sont aujourd’hui documentées ( Der Spiegel du 18 février 2022 ) 

Par ailleurs, depuis le XIXème siècle, les Etats-Unis se sont arrogés un espace d’influence qui comprend les deux Amériques. Le monde entier reconnaît implicitement cette prétention exorbitante du droit international. Cela s’appelle même la doctrine de Monroë.

Le même droit est évidemment dénié à la Russie après la chute du mur de Berlin. 

S’agissant du droit à la sécurité, dont les mêmes Etats-Unis se prévalent quand ils interviennent en Afghanistan, en Irak, en Syrie, au Yémen, en Libye, ou contre le terrorisme international, il est purement et simplement refusé à la Russie qui n’est aidé de personne dans sa propre lutte contre le terrorisme tchétchène. 


     4. Mensonges généralisés

Dans cette crise, Vladimir Poutine et son ministre des Affaires étrangères Serguei Lavrov sont accusés, à juste titre, d’avoir menti aux Occidentaux et méconnu leur capacité à vérifier leurs assertions, en demandant l’ouverture de négociations tout en préparant les opérations militaires. L’offensive a été cachée derrière l’organisation de manœuvres qui ont permis l’acheminement de troupes en toute quiétude le long de la frontière avec l’Ukraine. Mais ont-ils été les seuls à recourir à la duplicité ?

En dépit des preuves du mensonge des Américains concernant la non-extension de l’OTAN, aujourd’hui clairement documentées, le secrétaire général de l’OTAN, le Norvégien Jens Stoltenberg, a affirmé qu’il n’existait aucune trace d’un tel engagement et a déclaré que Moscou avait fermé la porte à une solution politique, ce qui est pour le moins inexact. 

Surtout, rappelons qu’en 2003, Colin Powell, secrétaire d’Etat, et George Tenet, directeur de la CIA, ont éffrontement menti devant l’ONU et les caméras du monde entier, avançant des arguments construits de toutes pièces pour justifier leur invasion illégale de l’Irak.


     5. Le devoir de mémoire


L’Union Soviétique a apporté une contribution décisive à la paix quand elle a résisté puis vaincu la plus formidable armée du monde. Les 28 millions de morts dont elle a payé cette victoire ne comptent pour rien au regard des moins de 300 000 Américains tombés au combat. C’est toute l’injustice d’une mémoire à éclipses et à trous qui nous conduit à l’ingratitude et, plus gravement, à la faute politique. 

Les Russes ne le comprennent pas.

D’autant moins que, rappelons-le, Roland Dumas nous a livré son témoignage et expliqué comment l’existence même de l’OTAN a été mise en cause en 1990 et comment les participants à la conférence de Moscou– François Mitterrand et Roland Dumas côté français – avaient essayé d’engager le processus du désarmement – le conventionnel puis le nucléaire – mais s’étaient heurtés à l’intransigeance américaine. 

On ne peut pas faire comme si ces promesses n’avaient pas été faites puis reniées par le secrétaire général de l’OTAN soucieux d’arrondir « sa » sphère d’intervention aux territoires anciennement couverts par le Pacte de Varsovie. 

C’est pourtant la clé de la sortie de crise. 


     6. L’hystérie médiatique

Nous voici revenus aux temps de la propagande telle que nous l’avons subie en des temps où nous avions perdu jusqu’à l’espérance. Que cette propagande nous vienne de Kiev, c’est de bonne guerre. Qu’elle émane des Etats-Unis, premiers fauteurs de guerre contemporains, cela devient plus problématique. Qu’elle soit alimentée sur nos chaînes publiques, par nos fonds et notre crédulité, c’est juste intolérable. Les politiques, de leur côté, font assaut d’outrances, de Bruno Le Maire qui veut voir mourir de faim des dizaines de millions de Russes à Grégory Doucet, maire de Lyon qui ne doit pas se souvenir d’Edouard Herriot, premier homme politique à s’être rendu en URSS, et invente des déclarations que Poutine n’a jamais faites. Un magazine qui n’a jamais brillé par la pertinence de ses commentaires fait de M. Zelinsky un « héros de la liberté » (sic) : le ridicule qui ne tue plus pourrait quand même l’achever.

Il se trouve heureusement des politiques et des journalistes qui savent raison garder : il faut les écouter et prendre en compte tous les points de vue, toutes les déclarations. 

Nous préférons, quant à nous, la judicieuse remarque d’Alexandre Del Valle « Par sa folle politique d’extension de l’OTAN vers l’est, l’Amérique est parvenue à faire de l’Europe le théâtre potentiel d’une bataille nucléaire de l’avant. Nous préférons nous référer aux deux tomes d’un ouvrage monumental écrit par le général Pierre-Marie Gallois dans les années 90 sous le titre générique du Sang du pétrole. Ce géostratège qui n’est hélas ! connu que des initiés y dissèque la politique américaine et nous donne les clés de notre propre avenir, ne serait-ce qu’en nous dissuadant de suivre aveuglément les dirigeants d’un autre pays, d’un autre continent, d’une autre philosophie. Nous pouvons encore relire ce bon Monsieur de Tocqueville et sa Démocratie en Amérique.

Certes l’offensive de l’armée russe en Ukraine met à mal nos principes et notre conscience. Pour les premiers, il faut les rappeler, les marteler, mettre notre politique en uniformité. Pour la seconde, elle ne peut se satisfaire que d’un regard lucide sur les évènements qui ont précédé la crise et de leur traitement pacifique.

Trente ans après la Seconde Guerre mondiale, l’Amérique, la France, la Grande-Bretagne et leur ancienne ennemie commune l’Allemagne étaient réconciliées et appartenaient à des organisations communes. Pourquoi n’avons-nous pas été capables d’agir de même avec la Russie en dépit de sa main tendue ? Tout le problème vient de là. Il eût été simple de décréter ou, à tout le moins, de suspendre l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN tout en garantissant sa sécurité et ses frontières. L’application des accords de Minsk y aurait beaucoup aidé. Kiev s’y est refusé. 

Cette crise nous renvoie à la prise en considération des données de la géopolitique qui nous rappelle qu’aucun Etat ne peut assurer sa sécurité au détriment de celle des autres, surtout quand l’un d’eux est surpuissant, et que les alliés sur lesquels il compte se dérobent. Lorsque l’on néglige ces principes et que l’on joue avec le feu, on finit immanquablement par se brûler : c’est ce que l’Ukraine a fait. 

Trente après la fin de la Guerre froide, nous assistons au retour de la puissance russe. Bafoué et trompé pendant trois décennies, Moscou a reconstitué sa force militaire et n’est plus prêt à des concessions. C’est un peu la répétition de la situation d’après la Première Guerre mondiale quand les sanctions et réparations imposées à l’Allemagne firent naître un ressentiment qui conduisit à la venue au pouvoir d’Hitler.

D’autres leçons s’imposent :

Le désarmement et les dividendes de la paix ont été des illusions car l’usage de la force restera une constante des relations internationales et nos pays doivent s’y préparer. Or, à l’exception de la France, et dans une moindre mesure de la Grande-Bretagne, les pays européens ont démissionné en la matière et confié cette tâche aux Américains qui ne prennent en considération que leurs intérêts. 

L’Europe reste politiquement insignifiante : l’addition des impuissances ne fait pas une puissance et nous sommes incapables d’infléchir, si peu que ce soit, la politique impériale américaine. De plus, elle est devenue hétérogène depuis son élargissement à l’est, voulu par les Etats-Unis : le ressentiment des pays de l’ex-pacte de Varsovie à l’encontre de la Russie influe très négativement sur les positions qu’adopte l’Union européenne

Or, les Américains ne sont pas fiables : après avoir poussé les Ukraniens à défier Moscou et à laisser de côté les accords de Minsk où ils ne sont pas partie, ils les lâchent au moment critique, quittent la table et nous laissent avec la note à régler, comme ils l’ont fait en 1991 avec les Kurdes irakiens et en 2021 avec les Afghans. 

Mais comme le disait Kipling, ceci est une autre histoire.


Yves Bonnet et Eric Denécé 


 

lundi 28 février 2022

Concernant la guerre en Ukraine par Hayk Shahinyan

 


Par Hayk Shahinyan· 

Concernant la guerre en Ukraine, pour ma part je ne vais m'exprimer que deux fois, longuement et complétement ici quant à ma lecture de la situation et dans un second statut à venir quant aux solutions qu'il faudrait à mon sens mettre en place pour sortir de cette situation et de tout ce qu'elle implique.

En introduction, je voudrais dire que pour quelqu'un qui n'est certes ni russe ni ukrainien, mais qui parle russe, qui a vécu dans ces deux pays une partie de son enfance, qui connaît intimement ces deux peuples, qui, comme ces réfugiés d'aujourd'hui, a traversé la frontière polonaise en tant que réfugié en 97, je ne pensais jamais voir ces deux pays se faire frontalement la guerre, tant l'histoire les unis à tant d'égards. Ces images sont forcément bouleversantes et je me reconnais profondément dans ce que vivent ces populations et j'y reviendrai dans ma conclusion du second statut.

Mais avant, plus froidement et sur l'aspect politique :

1 - La démagogie, le cynisme, l'hypocrisie de l'Occident

Ceux qui aujourd'hui crient au respect de la souveraineté territoriale et internationale de l'Ukraine (à juste titre), étaient les mêmes qui ont habitué le monde moderne à bafouer ouvertement et sans que cela ne les gêne, les frontières des États souverains, en inventant eux-mêmes le principe si cher à Kouchner "le droit de l'ingérence", sans aucune autorisation du Conseil de Sécurité des Nations Unies et sans aucun fondement international : à Chypre, en Irak, en Syrie, en Libye, en Arménie et bien d'autres ! En instaurant à chaque fois dans ces pays un chaos sans nom et en faisant des millions de victimes et réfugiés.

Quelle crédibilité peuvent avoir ces occidentaux "otanistes" qui parlent de souveraineté nationale et de souveraineté territoriale ?! Aucune ! Ils sont les premiers responsables et les grands initiateurs.

2 - Le gouvernement ukrainien actuel

Le gouvernement ukrainien actuel a joué avec le feu depuis près de 10 ans avec des politiques profondément anti-russes contre les populations russes en Crimée, à Donbass et à Lougansk, la "guerre en Ukraine" n'a pas débuté depuis quelques jours, cela fait près de 10 ans qu'il y a la guerre et le gouvernement actuel de l'Ukraine en porte, aussi, une grave responsabilité dans la mort de près de 50 000 ukrainiens depuis 10 ans. Là aussi, les occidentaux, se sont autorisé par le passé d'intervenir militairement dans des pays pour beaucoup moins que ça, en soutenant des "rebelles" bien moins fréquentables que les séparatistes de Donbass. Pour quelle raison les occidentaux se donnaient le droit de qualifier les djihadistes d' "Al Nosra" (issu de Daesh) en Syrie, comme un interlocuteur fiable et respectable, Fabius alors Ministre des Affaires Étrangères déclarant qu'ils faisaient du "bon boulot" quand ses derniers décapitaient des chrétiens et ils se donnent le droit aujourd'hui de diaboliser les séparatistes de Donbass qui n'ont pour seul crime que de s'être opposé à la politique anti-russe du gouvernement ukrainien et souhaiter se rapprocher de la Russie.

Les occidentaux se sont donnés le droit d'intervention militaire par le passé pour bien moins que cela.

Par ailleurs, j'en ris lorsque je vois qu'aujourd'hui on fait passer le gouvernement actuel de l'Ukraine pour de petits anges , de grands défenseurs de la démocratie, des droits de l'homme ; bientôt Zelinsky sera érigé en symbole de l'humanité. C'est oublier qui sont ces gens, il y aurait beaucoup à dire, mais mes origines arméniennes me feront retenir un exemple : où était l'attachement à la démocratie, aux droits de l'homme, à l'humanité de Zelinsky, lorsque lui et son gouvernement ont soutenu sans détour les attaques du dictateur Alyev contres les populations civiles arméniennes en Haut-Karabagh, accompagnés de mercenaires djihadistes rapatriés par la Turquie depuis la Syrie, en apportant l'aide logistique et diplomatique de l'Ukraine à cette entreprise sanguinaire ? À part leurs diplomates qui se prenaient en photos en se réjouissant de la démolition du patrimoine séculaire chrétien sur ce territoire par Alyev qui, on le sait tous, est l'exemple de l'humanité et l'incarnation de la démocratie à lui tout seul...

3 - La folie de l'OTAN et le chérif américain

L'Otan initialement fondé pour faire face au bloc soviétique pendant la guerre froide, après la chute de l'URSS, les dirigeants de l'Otan n'ont cessé d'affirmer que désormais l'Otan n'est plus dirigé contre la Russie mais n'est qu'une "structure de sécurité aux nouvelles réalités et pour la paix mondiale". Entre 1990 et 2001, pendant près de 11 ans, les dirigeants de la Russie post-soviétique, dont Poutine en début de son mandat, avaient proposé à plusieurs reprises, et ils n'étaient pas les seuls, de rejoindre l'Otan, dans une logique assez simple : si vous affirmez que l'Otan n'est pas dirigé contre nous, alors unissons-nous pour garantir une sécurité multipolaire. Les États-Unis ont toujours opposé leur veto.

Durant cette même période, des promesses avaient été faites à la Russie, selon lesquelles les frontières de l'Otan ne s'agrandiraient pas en direction de la Russie afin de garantir à cette dernière sa sécurité ( l'Otan ne cherchera pas à encercler la Russie et porter atteinte à sa sécurité). S'ensuivirent les adhésions à l'Otan de la Pologne, de la Hongrie et de la République Tchèque en 1997, avec à cette époque un aménagement de la Russie pour la rassurer en concluant un acte bilatéral Otan-Russie, les adhésions de ces trois pays sont définitivement entérinées en 1999.

En décembre 2002, l'Union européenne (UE) signe avec l'OTAN un partenariat stratégique, l'Identité européenne de sécurité et de défense (IESD). Dans le même temps, l'OTAN prépare son élargissement concomitant avec celui de l'UE elle-même. Ainsi, en 2004, la Bulgarie, la Slovénie, la Slovaquie, adhérent à l'Otan. Mais ce sont surtout, dans le même temps, les adhésions de l'Estonie,  la Lituanie et la Lettonie, qui installent désormais les frontières de l'Otan directement à la frontière de la Russie et ce malgré les engagements de principe dictés depuis l'effondrement du bloc soviétique et les alertes des dirigeants russes qui manifestaient leur inquiétude de voir l'Otan, sous domination américaine,  se rapprocher de ses frontières jusqu'à établir, en 2004, des frontières communes. En 2008, la France et l'Allemagne (Sarkozy-Merkel) s'opposent à la volonté des États-Unis d'intégrer à l'Otan deux nouveaux états qui ont des frontières communes avec la Russie, la Géorgie et l'Ukraine et ce afin de ménager la Russie et ne pas provoquer une escalade de tensions avec Moscou qui considèrent ce nouveau élargissement de l'Otan à ses frontières directes comme l'ultime provocation et menace à sa sécurité.

Dans le même temps des relations de coopération sont développées avec les alliés principaux des États Unis dont le Japon et la Corée du Sud (à l'est de la Russie donc). Ainsi, peu après le sommet de l'OTAN d'avril 2008 à Bucarest, Poutine déclare « qu'élargir l'OTAN, c'est ériger de nouveaux murs de Berlin » estimant que l'OTAN s'étend « toujours plus près de la frontière russe », affirme que ce déploiement est « la source de tous les problèmes systémiques qui ont surgi dans les relations que la Russie entretient avec les États-Unis et l'Union européenne ». Jugeant que la politique de l'Alliance menace ses intérêts géopolitiques et s'estimant en particulier visée par le projet de bouclier antimissile mis en place par les États-Unis en Pologne, la Russie manifeste son mécontentement en suspendant le 12 décembre 2007 l'application sur le traité sur les forces conventionnelles en Europe (FCE).

Au sommet de Lisbonne, l'OTAN donne une place beaucoup plus considérable que par le passé à la défense antimissile, affirmant que « le but d’une capacité de défense antimissile de l'OTAN est d’assurer la couverture totale et la protection de l'ensemble des populations, du territoire et des forces des pays européens de l’OTAN contre la menace croissante que représente la prolifération des missiles balistiques ». Selon l'OTAN, ce système BMD de l'OTAN vise à parer les menaces résultant du développement par des pays comme l'Iran de missiles à courte ou moyenne portée susceptibles d'atteindre l'Europe et notamment son flanc sud ; il ne menace pas la force de dissuasion nucléaire de la Russie, du fait qu'il ne possède pas de capacité d'interception de ses missiles stratégiques. Les dirigeants russes ne partagent pas ce point de vue et continuent de dénoncer la politique antimissile de l'OTAN.

D'ailleurs, à ce titre, Poutine avait déclaré à plusieurs reprises "si vous affirmez que vos installations ne sont pas dirigées contre la Russie mais bien contre l'Iran, alors pourquoi ne pas les installer directement sur le territoire russe ? Nous y sommes favorables.".

En conclusion à ce point, car il y aurait beaucoup à dire, il faut admettre que les États-Unis qui dominent l'Otan, n'ont cessé depuis 32 ans et la fin de l'URSS, de continuer à pousser l'Europe contre la Russie, à se servir des européens pour mener des politiques hostiles vis à vis de la Russie et c'est l'Otan et en tête les États-Unis qui sont les premiers responsables de la montée progressive et permanente des tensions avec la Russie qui a conduit cette dernière, à contre cœur et contre son destin naturel, de se rapprocher de la Chine et de considérer l'Europe comme un adversaire hostile.

Ce ne sont pas les armées russes qui n'ont cessé de se rapprocher des États-Unis depuis 32 ans, ce ne sont pas les armées russes qui n'ont cessé depuis 32 ans d'intervenir partout dans le monde "pour la démocratie" en y installant le chaos et la guerre. Ce ne sont pas les russes qui ont rejeté les centaines de mains tendues pour collaborer ensemble. Ce ne sont pas les russes qui ont installé des missiles et des systèmes antimissiles aux frontières des États-Unis (imaginez un instant si la Russie installe son armée au Mexique aux portes des USA, quelle serait la réaction des États-Unis ?). L’ostracisation de la Russie et son encerclement par l'Otan, guidée par les États-Unis, est une stratégie qui menait de facto, tôt ou tard, à une guerre sur le continent européen. Les États-Unis n'en ont rien à faire du peuple ukrainien, l'Ukraine est pour eux un moyen supplémentaire de porter un coup définitif à l'encerclement complet (à l'exception de la Biélorussie) de la frontière Ouest de la Russie avec l'Europe !

4 - Les sanctions économiques de l'UE contre la Russie

Les États-Unis influencent les européens à entreprendre des sanctions économiques contre la Russie, les dirigeants européens dont l'énorme majorité, comme E. Macron, sont issus de cette élite mondialiste américanisée, qui ne défendent plus les intérêts des nations européennes, sautent dans cette folie. Pourquoi une folie ? Parce que l'ensemble des sanctions économiques infligées par l'UE à la Russie, n'ont que peu de conséquences sur les États-Unis, par contre, elles affaiblissent de manière brutale la situation économique et politique sur l'ensemble du continent européen, le rendant toujours plus dépendant du grand frère américain. Par exemple le fait que les européens se coupent de la Russie pour l'approvisionnement en énergie, porte atteinte à l'industrie européenne, au pouvoir d'achat des populations européennes, les États-Unis n'ont aucune dépendance au gaz russe... un exemple parmi d'autres qui montrent à quel point les dirigeants européens, vassalisées aux intérêts américains, agissent contre le propre intérêt  du continent européen. Enfin, comme dit précédemment, nous avons vu comment les sanctions depuis 2014, ont rapproché la Russie de la Chine et ont donné l'occasion à la Chine d’accueillir la Russie dans ses bras. Cela est-il vraiment dans l'intérêt du continent européen que de voir la Russie se détourner vers l'est ... ? Non.

5 - La Crimée et "l'annexion russe"

Les occidentaux ont trouvé un prétexte nouveau en 2014 pour diaboliser Moscou et décrire la Russie comme l'ennemie de la paix en Europe, avec le dossier de la Crimée. Sans refaire toute l'histoire centenaire de la Crimée que j'invite tout à chacun à lire et qu'il est important de connaitre, concernant la Crimée après la chute de l'URSS, avant de boire aveuglement toutes les âneries racontées par les médias occidentaux, il faut tout de même rappeler quelques points essentiels à savoir quant aux évènements de 2014.

En 1991/1992, lors de la chute de l'URSS, la Crimée se proclame en République Indépendante, comprenant une importante population russophone. La Crimée indépendante accepte d'être rattachée à l'Ukraine à la suite d'un accord entre les deux Parlements et en échange d'une large autonomie au sein du pays. En 1995, le Parlement de Crimée vote une nouvelle série de lois constitutionnelles (Constitution d'octobre 1995), qui seront longtemps contestées par les autorités ukrainiennes, car réaffirmant et précisant l'autonomie de la Crimée. Le rattachement de la Crimée à l'Ukraine comme République autonome est officiellement reconnu par la Russie en 1997. La nouvelle Constitution est officiellement ratifiée par les deux parlements, russe et ukrainien, en 1998. De par sa Constitution ratifiée de 1995-1998, la Crimée devient une entité administrativement et territorialement autonome au sein de l’État unitaire d'Ukraine. La Crimée n'est pas un État souverain, mais son intégrité territoriale, son autonomie et le statut de sa population russophone et ses droits patrimoniaux sont garantis. Elle possède son propre organe représentatif, un Conseil des ministres et un chef d'État.

La "Révolution de Maidan", instrumentalisée et soutenue largement par les occidentaux de 2013/2014 qui voit l'arrivée au pouvoir d'un pouvoir pro-occidental et pro-Otan, exacerbe les tensions séparatistes et pro-russes en Crimée, où seulement 15 % de la population se considéraient alors ukrainiens. Les politiques anti-russes menée par le nouveau gouvernement et notamment la remise en cause de la langue russe en Crimée, finissent par faire éclater le fragile équilibre, la Crimée est alors menacée par le pouvoir de Kiev militairement. La Parlement de la Crimée annonce qu'il refuse de reconnaitre les nouvelles autorités provisoires du pays, et ce dernier, vote alors l'organisation d'un référendum pour le rattachement de la péninsule à la Russie. Le 16 Mars 2014, une semaine après avoir proclamée son indépendance, la Crimée signe avec la Russie le traité qui l’intègre à la Fédération de la Russie.

Je vous invite tous à vous intéresser d'ailleurs sur ce qui s'est passé depuis 2014 en Crimée et est-ce que la population locale y est heureuse et en sécurité ou bien martyrisée... La communauté internationale bien évidemment ne reconnait pas la Crimée comme faisant parti du territoire de la Russie. Mais c'est bien loin du scénario  d'une Russie qui serait arrivée en massacrant des populations pour voler un bout de terre à un pays souverain...

6 - Les accords de Minsk

Sous l'égide de la France et de l'Allemagne, en 2014, les accords de Minsk ont été signés entre la Russie et l'Ukraine, beaucoup en parlent, peu vérifient de quoi il s'agit et qui ne les a pas respectés.

Le gouvernement ukrainien s'était engagé notamment à donner des garanties de sécurité, de l'autonomie aux régions de Donbass et Lougansk (deux régions habitées majoritairement par des russophones, situation différente mais présentant des similitudes avec la Crimée), arrêter les hostilités armées contre ces deux régions etc... Le gouvernement ukrainien n'a respecté quasiment aucun de ses engagements, mais les médias occidentaux n'ont cessé depuis 8 ans de ne parler que du soutien militaire russe à ces régions confrontées à des attaques incessantes de l'armée régulière ukrainienne.

7 - Recours à la guerre

Dès lors, Poutine,  prenant en considération l'ensemble des éléments évoqués ici, n'a cessé de prévenir depuis de nombreuses années que la situation ne pouvait continuer ainsi. Les accords de Minsk sont bafoués, les régions pro-russes attaquées militairement et coupées de tout approvisionnement, l'Ukraine ne reconnaissant pas la Crimée comme intégrité territoriale Russe et souhaitant adhérer à l'Otan,  les États-Unis qui poussent la France et l'Allemagne à approuver l'adhésion de l'Ukraine à l'Otan et la renforce militairement. Poutine a déclaré à plusieurs reprises, y compris ses dernières semaines : "Si l'Ukraine fait parti de l'Otan nous serons confrontés à une guerre mondiale. Ce pays ne reconnait pas notre intégrité territoriale et menace des populations russophones sur son sol. Si un jour l'Ukraine décide d'intervenir militairement en Crimée et que nous répliquions, l'article 5 du Traité de l'Otan s'appliquera et la Russie sera officiellement en guerre contre l'ensemble des pays de l'Otan.", "Nous ne pouvons prendre des risques majeurs sur la sécurité et l'intégrité de notre pays, seulement sur les paroles des occidentaux, cela fait près de 30 ans que les occidentaux ont pris des engagements qu'ils n'ont cessé de trahir vis à vis de nous". La Russie demandait, à mon sens assez légitimement, qu'un accord soit clairement établi afin d'imposer au gouvernement ukrainien le respect des accords de Minsk, la démilitarisation de cette zone ou du moins le fait que l'Ukraine ne pourrait adhérer à l'Otan. Les occidentaux n'ont apporté à travers leur diplomatie de diversion, aucune garantie ni acte concret.

Poutine a pris la décision de reconnaitre l'indépendance de Donbass et Lougansk, signer dans la foulée un accord d'alliance militaire garantissant la sécurité de ces deux régions et il a décidé d'attaquer l'ensemble des cibles militaires de l'Ukraine et idéalement pour lui mettre à mal le gouvernement actuel de l'Ukraine.

8 - Poutine, les fantasmes et les lignes rouges

Je n'ai aucune sympathie particulière pour Vladimir Poutine, ce n'est pas pour moi un modèle et pour que les choses soient très claires j'ai beaucoup de critiques à son égard sur bon nombre de sujets. Cependant, comparer Poutine à Hitler, expliquer que c'est un fou qui veut conquérir toute l'Europe, qu'il faut de suite aller lui faire la guerre, c'est être totalement dénué d'objectivité, de bon sens, voir souffrir de profonds troubles psychiatriques pour le coup.

Au moment où j'écris ce statut, l'intervention militaire russe n'a nullement pour objectif de tuer des civils et la population, cela serait totalement suicidaire pour Poutine et je pense profondément contraire à sa volonté. Que certaines explosions de cibles militaires provoquent des blessés c'est une chose, mais nous observons que la seule cible actuelle de la Russie c'est de démilitariser l'Ukraine et mettre le gouvernement actuel ukrainien devant le fait accompli de devoir signer les traités qui apportent les garanties solides à la Russie. Comprendre les motivations russes c'est déjà un énorme pas vers une sortie de crise.

Si, même à cet instant  - je n'y crois pas et je refuse d'y croire - l'armée russe décide de raser une ville entière en Ukraine ou s'en prendre directement à la population civile, cela serait, pour ma part, une ligne rouge qui disqualifierait Poutine définitivement en l'ajoutant à la longue liste de véritables dirigeants barbares de l'Histoire et éliminerait toutes les raisons fondées, n'en déplaise à certain, qui l'ont poussé à entreprendre cette opération militaire ciblée. Cependant, si l'armée russe se satisfait seulement de cibler les installations militaires, d'obtenir une capitulation ou un traité garantissant une sortie de crise, dès lors, pour toutes les raisons évoquées plus haut, cette intervention militaire ciblée n'aura que des conséquences temporaires et régionales que la diplomatie pourra raisonnablement régler.

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Dans le statut qui suivra, je partagerai humblement avec vous mon avis sur les solutions que nous devons à court, moyen et long terme, mettre en place pour une paix durable sur le continent européen. Car elles sont totalement possibles.

En attendant, méfiez-vous des va-t'en-guerre de tous  bords qui veulent hystériser la situation et pousser à une escalade militaire, nous devons faire pression sur nos dirigeants pour le dialogue et la paix et non être des alibis pour eux pour entreprendre des opérations militaires qui conduiraient à une situation dramatique...

Pensées à tous les peuples du monde et plus particulièrement aux ukrainiens à cet instant, qui vivent des drames humains à cause de la folie des dirigeants de ce monde !

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mercredi 19 janvier 2022

Aytsemnik, héroïne nationale de l'Arménie ancienne.

Aytsemnik 


  De Thaïs Athènes page Facebook -d'après la traduction transmise par Kegham Papazian 

Aytsemnik est l'héroïne nationale de l'Arménie. L'une des "commandants militaires" lors de la défense d'Ani en 1124, qui dirigeait l'unité militaire féminine. Morte héroïquement au combat.

Son image est extrêmement importante dans l'histoire et l'idéologie arméniennes. Pendant les années soviétiques, l'étude de sa biographie héroïque faisait partie du programme scolaire. Malheureusement, actuellement, l'intérêt pour cette figure importante de notre histoire a disparu et risque de tomber dans l'oubli non seulement en tant que personne historique intéressante, mais aussi en tant qu'exemple de femme arménienne libérée. C'est pourquoi nous considérons la vulgarisation de son image comme une nécessité et nous vous demandons de soutenir le défi  en tant qu'artistes arméniens et non-arméniens qui peuvent aussi promouvoir par le dessin cette héroïne d'une importance significative.

Aiytsemnik Այծեմնիկ n'est pas un cas unique de femme guerrière, comme on pourrait le croire. Elle a émergé lors du mouvement d'une société progressiste et développée qui apparut ans la ville d'Ani, dans laquelle les femmes occupaient des postes clés à égalité avec les hommes. Ce qui n'était pas le cas lors de la période médiévale que connut Ani où l'on de rencontrait que très rarement des femmes banquières, commerçantes, astrologues, ainsi que des femmes guerrières et leaders de guerre.

 Au 12e siècle, après la mort du roi géorgien David le Bâtisseur, la riche ville arménienne d'Ani fut menacée par les troupes perses dirigées par Fadlun. Les habitants hommes et femmes d'Ani ont défendu de façon exemplaire les murs de leur ville natale.
Selon le témoignage de l'historien contemporain de cette période, Samuel Anetsi, la beauté de Aitsemnik Այծեմնիկ, l'une des commandants militaires arméniens, a été particulièrement remarquée lors des batailles. Nombre d'ennemis, la considéraient comme un symbole de la mort, tant elle se battait avec férocité.

Aiytsemnik Այծեմնիկ est devenue un symbole de bravoure lors de l'effusion de sang que fut le combat  des Arméniens contre le plus grand nombre. L'héroïsme  a porté ses fruits - la ville a vaincu l'ennemi. 

Arménie ancienne.
 










samedi 15 janvier 2022

DLE YAMAN ou LE DEUIL INACCOMPLI Serge Venturini

La comédie musicale imaginée et mise en oeuvre par Essaï ALTOUNIAN "NOE LA FORCE DE VIVRE" permet à l'artiste dans le rôle de Noé, d'interpréter avec talent ce sublime chant qu'est Dle Yaman .

Origine de ce chant ancien : explications  


DLE YAMAN ou LE DEUIL INACCOMPLI - Serge Venturini


Interprète  du chant "Dle Yaman":  Sonia Nigoghossian

"Cette mélodie arménienne est mystérieuse. Le sens même de son titre ne nous est pas parvenu. Elle est sans doute bien antérieure au génocide arménien. Le révérend Komitas l'a répertoriée dans ses recherches musicologiques.

Il est des mélodies qui traversent le temps, de lèvres en lèvres, portées par les oiseaux d'une flûte, d'un ney ou d'un doudouk venus des ténèbres des âges. Dle Yaman est l'un de ces airs intemporels et universels ; cette mélodie populaire fait partie des trésors de l'humanité. Le texte est une histoire d'amour. Un homme aima une femme, ou une femme aima un homme. Leur maison était l'une en face de l'autre. — Le reste tient du mystère. L'aimé a sans doute disparu, l'amoureux chante donc la perte de sa bien-aimée. Ou bien est-ce le contraire, car on ne sait s'il s'agit d'un homme ou d'une femme… Et le jour se leva sur la montagne, comme un glas qui sonne, qui résonne dans le ciel. Cette histoire si transparente dans sa simplicité, si cristalline, a été recueillie par un révérend, — le père Komitas ; un musicien arménien, musicologue et anthropologue, qui est à l'Arménie, ce que Bela Bartók fut à la Hongrie, quelques années plus tard, dans son immense et patient travail de recueil musicologique des musiques populaires de son pays. Une traduction littérale de ce chant le dévoile :

Dle Yaman, notre maison, votre maison, face à face,

Dle Yaman, cela suffit avec tes clins d'œil,

Yaman Yaman Bien-aimé(e)

Dle Yaman, cela suffit avec tes clins d'œil,

Yaman Yaman Bien-aimé(e)

Dle Yaman, le soleil se leva sur le Massis

Dle Yaman, nostalgique je suis de mon amie,

Yaman Yaman Bien-aimé(e)

Dle Yaman, nostalgique je suis de mon amie,

Yaman Yaman Bien-aimé(e)

Certes, douloureuse est cette mélodie, elle transmet au coeur une couleur de deuil, une tristesse profonde où se mêlent des images de paysages, des parfums de terre, des souvenirs d'un autre temps. Des larmes, celles d'une perte irréparable. Elle glace les sangs quand on l'entend la première fois, puis elle revient, tournoyant dans l'esprit comme une catastrophe, un désastre sans fin, un naufrage corps et biens. Mais elle apporte aussi, un courage lucide, une grande force qui permet ainsi d'avancer, de franchir le pas, - pour continuer. Somme toute, en cela, elle symbolise, le peuple d'Arménie. "Nous sommes nos montagnes", comme l'affirmait le prosateur de la région de Lori, Hrant Matevossian.

Ce poème des lèvres absentes coule avec la limpidité tragique d'une source. L'équilibre entre le texte et la musique est un vrai miracle, — d'où son universelle présence. Le doudouk perpétue, avec ses volutes colorées sur l'ostinato du bourdon, la gravité de la mélodie dans toute sa haute profondeur. On y respire les soleils envolés sur l'abrupt de la montagne : le Massis, — le dépeuplement de l'être cher, perdu à jamais. — L'aube est là, les chants d'oiseaux refleurissent, la perte, l'irréparable départ, et le deuil inaccompli. Or la blessure demeure ouverte. C'est un chant de lamentation qui s'élève, — le glacial moment d'une lucidité, le discernement d'une solitude, le cri étouffé dans les larmes, quand la douleur s'exhale. — Rien n'empêchera le soleil de se lever." 

Serge Venturini

Dle Yaman, mer dun, tser dun, timats timats

Dle Yaman, herik anes atchkov imats

Yaman, Yaman, Yar…

8888888888888888888888888888888888888

Dle Yaman,

Arev dipav

Masis sarin,

8888888888888888888888888888888888888

Dle Yaman,

Karot mnaci

es im yarin,

Yaman Yaman, Yar

8888888888888888888888888888888888888

Dle Yaman,

Karot mnaci

es im yarin,

Yaman Yaman, Yar

8888888888888888888888888888888888888

Dle yaman

yes kez siri

ashnan hovin

Yaman yaman, Yar

8888888888888888888888888888888888888

Il existe différentes versions musicales de cette ténébreuse et abrasive mélodie, la version de Luciné Zakarian semble pour beaucoup la version de référence. La traduction est de Elisabeth Mouradian."


Cet article (N°107) a été publié par Serge Venturini dans son livre "Eclats d'une poétique de l'inaccompli" en 2012, aux éditions L'Harmattan. (pp. 156-157)


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