mardi 4 novembre 2014

Les marchands arméniens et la route de la soie ....

Les marchands arméniens et la route de la soie ....

caravane de marchands arménienscaravane de marchands arméniens

Les marchand arméniens, dès les premiers siècles après J.C, parcouraient la Route de la soie.....
Au carrefour des civilisations, l'Arménie a toujours été une plateforme du commerce international. Le pays était autrefois traversé par la célèbre
Route de la soie reliant la Chine à l'Europe.

Les Caravansérails
Les caravansérails étaient comme de grandes auberges dotées d'une cour intérieure destinée a abriter les voyageurs et leurs chameaux, et autres animaux de bâts. C'étaient des points d’arrêts et de ravitaillement depuis l’Antiquité, et accueillaient à cette époque les commerçants, voyageurs et explorateurs.  
L'un des mieux conservés est le Caravansérail de Selim, en Arménie construit en 1332,  situé dans le haut Selim (Sulema)

Caravansérail de Sélim         Caravansérail de Sélim                                                                       

 On peut noter dans les atlas et les livres anciens des pays romains, Grecs, Persans, ou Vénitiens de l'époque, l’intérêt évident qu'exerçait le PAYS D’ARMÉNIE et ce, pendant des siècles.
Toutes les contrées environnantes de l'Arménie ont été attirées non seulement pour sa terre et sa position géographique, mais également par les créations des artisans locaux. (tissage, tapis, céramiques, bijoux, les épices, vins, colorants,  etc...)

Grâce à cela, des articles arméniens se vendaient jusqu'aux palais de Persépolis, Bagdad et même les châteaux des Rois européens. Pendant les siècles, des maîtres arméniens ont tracé la route du commerce de caravanes entre l'Est et l'Ouest, le Nord et le Sud pour en faire un passage incontournable. Marchand arménien de DjoulfaMarchand arménien de Djoulfa
 Histoire
 Dès le 3ème millénaire av. J.-C. Les marchandises destinées pour le Proche-Orient, pénétraient par l'Arménie via la route de
"Lapis Lazuli" (Badakhchan) et des parcours de la route "d'Étain" (Îles Cassitérides) pour être emmenées en Asie Mineure, les Balkans et les Cols Caucasiens.
Toutes ces routes tracées servirent plus tard  à la grande Route de la Soie.
-Les écritures cunéiformes assyriennes, Hérodote (5 c. Av. J.-C.) témoignent de l'exportation du vin arménien et des chevaux.
-Les propriétés exceptionnelles de teintures arméniennes, exportées à Rome et l'Est, sont témoignées par Pliny (1er s. Ap J.-C.) et plus tard par des auteurs Arabes.
Marco Polo, le grand voyageur, a été étonné par la beauté des tapis arméniens, et ce n'était pas un hasard si l'une des foires régionales les plus célèbres, celle des soies ait eu lieu dans la capitale de l'Arménie du haut moyen âge de Dvin, dans le Marz d'Ararat.  

Archéologie
L'archéologie nous montre aussi beaucoup de preuves incontestables de l'importation en Arménie par la Route de la Soie.
La céramique grecque, italienne et mésopotamienne,
le verre syrien, les bijoux, des sculptures,
- la porcelaine chinoise et les échantillons de soie,
- l’ivoire indien, des centaines et des centaines de pièces de monnaie,

L’importance de l'Arménie ne résidait pas seulement dans cet échange de marchandises, mais également des technologies, des échanges culturels et scientifiques que l'on retrouve présents dans les documents diplomatiques de l'antiquité. (l'Empire romain et Parthia (166 ans après J.-C.) ,Byzance et l'Empire Sassanid (408 ans ap J.-C.), la capitale de l'Arménie Classique.
Malgré les épreuves imposées au pays pendant des siècles, l'Arménie a gardé la position géographique de la Grande Route de la Soie.
Le territoire actuel de la République,  le long de la vallée Ararat, est l'un des principaux accès formé de la route.
Il n'est pas surprenant que cinq capitales de l'Arménie dont Erevan, soient placées sur cette route !

LA NOUVELLE DJOULFA  (Ispahan), les marchands arméniens actifs et la Route de la Soie

Caravansérail  Tchâpârkhâneh PerseCaravansérail Tchâpârkhâneh Perse

Comme le souligne R. H. Kévorkian,
"Le commerce de la soie reste sans nul doute le négoce de prédilection pour les marchands arméniens du XVIIe siècle. Composées de marchands arméniens, les caravanes étaient aussi placées sous leur direction. Au Proche-Orient, le commerce se faisait par voie de terre.
Deux routes caravanières, communes depuis Tabriz, en Iran, existaient à cette époque :
• La voie méridionale qui la reliait à Alexandrette en Syrie (l’actuelle Iskenderun turque), via le nord du lac d’Ourmia, iranien, et le lac de Van, turc ;
• La voie septentrionale qui la reliait soit à Alexandrette, soit à Smyrne ou à Istanbul, via la vallée de l’Araxe, en Arménie, et Erzurum, en Turquie.
Depuis les années 1603-1605, le quartier arménien de la Nouvelle-Djoulfa avait été fondé à Ispahan à la suite de la déportation, pour des raisons stratégiques et économiques, par le shah Abbas Ier.

L’extension vers l’est du commerce arménien serait précisément due au succès des négociants de la Nouvelle-Djoulfa, qui étaient
60 000 à cette époque. La Compagnie des marchands arméniens de Djoulfa bâtit sa prospérité sur le négoce international de la soie, des pierres et des bois précieux, des épices et des teintures.
Elle étendit un réseau de comptoirs depuis l’Inde (Madras, Calcutta), la Chine, l’océan Indien jusqu’à la Méditerranée, la Belgique et la mer du Nord.
Sur le sous-continent indien, les navires reliaient Bandar Abbas aux grandes villes commerciales de l’Inde où se trouvaient des colonies arméniennes : Agra, Delhi, Saïdabad, Madras, Calcutta.
L’organisation de ces colonies se faisait autour de leurs églises, voire des écoles.
Les marchands arméniens d'Ispahan commerçaient jusqu'en Occident, et étaient en particulier actifs à Marseille où ils étaient connus sous le nom de "Chofelins"

                            Les caravanes sur la Route de la SoieLes caravanes sur la Route de la Soie 
             
Guerres et oppressions 
 La guerre, certes liée au commerce, serait à l’origine de la déportation d’Arméniens de la Nouvelle-Djoulfa vers Kaboul, en Afghanistan.
En 1722, Mir Mahmoud pilla la ville d’Ispahan et emmena 60 familles d’artisans arméniens à Kaboul.
Quelques années plus tard, ce sont 500 Arméniens d’Ispahan qui y sont de nouveau installés.
En 1737, les commerçants et artisans arméniens construisirent leur église.

Témoignages de  GRANDS VOYAGEURS lors de leur passage en Arménie :
- MARCO POLO (1254-1324)
Le vénitien Marco Polo est l'un des voyageurs les plus connus de la Route de la Soie.
Parti pour ouvrir une route commerciale vers l'est, il alla plus loin encore que tout autre voyageur l'ayant précédé, jusqu'aux confins de l'Empire du Milieu. Proche de Kublai Khan, l'empereur mongol (et petit fils de Ghengis Khan), et devint un personnage important.

Marco Polo sur la route de la soieMarco Polo sur la route de la soie

De retour à Venise, vingt-quatre années plus tard, il dicta le récit de ses aventures dans un livre intitulé  “Le livre des merveilles”.
Marco PoloMarco Polo

Voici des extraits de son livre "Livre des merveilles" au sujet de l'Arménie,  (vers les années 1281)....
"Il se trouve qu’il y a deux Arménies, une grande et une Petite. La petite a pour seigneur un roi qui gouverne et régit bien sa terre et qui est le sujet du Tartare. Il y a là maintes villes et maints villages et il y a là de tout et en grande abondance. C’est aussi une terre où on prend plaisir à chasser toutes sortes de bêtes et d’oiseaux.
Mais je vous dis que ce pays n’est pas sain mais au contraire très malsain. jadis les nobles y étaient d’excellents guerriers, mais maintenant ils sont misérables, lâches et sans valeur,  tout juste bons à boire et beaucoup !
Il y a aussi une ville nommée Laias, qui est un grand centre de commerce, car épices, draps de soie et d’or en provenance de l’intérieur sont portés à cette ville, toutes les autres choses aussi. Les marchands de Venise, de Gênes et de tous les pays y viennent, vendent là leurs produits et achètent tout ce dont ils ont besoin. Et qui veut aller à l’intérieur des terres, marchand ou autre, part de cette ville.
 En Turquie il y a trois races. il y a des turcs qui adorent Mahomet, ce sont de pauvres gens, ils ont une langue à eux. ils demeurent dans les montagnes et les landes où ils trouvent de bons pâturages, car ils vivent de l’élevage et sont originaires de cette contrée de nombreux et excellents chevaux qu’on appelle turcs.
Les autres gens sont des Arméniens et des grecs qui demeurent, mêlés à eux, dans les villes et les villages et vivent du commerce et de l’artisanat.
Ils fabriquent les tapis les plus fins et les plus beaux du monde. ils fabriquent aussi en grande quantité de beaux, superbes draps de soie, de diverses couleurs dont des rouges, et bien d’autres choses. Leurs villes principales sont Konya, Sivas et Kayseri.
Ils sont les sujets du tartare du Levant qui est leur suzerain".

Sa description de la grande Arménie
 "La Grande Arménie est un grand pays. elle commence avec une cité nommée Erzincan où l’on fabrique les meilleures cotonnades du monde et
où il y a les plus beaux bains d’eau de source, les meilleurs du monde. Les habitants sont Arméniens et ils sont les sujets du tartare.
Il y a là maintes villes et maints villages, mais la cité la plus remarquable se nomme Erzincan qui a un archevêque ; il en est deux autres : Erzurum et Ercis. c’est un très grand pays.
je vous dis que, l’été, toute l’armée des Tartares du levant demeure dans cette contrée parce qu’ils y trouvent d’excellents pâturages pour leurs bêtes ; mais l’hiver, ils n’y demeurent pas , car il y fait excessivement froid ; aussi en partent-ils l’hiver et vont en un lieu plus chaud où ils trouvent de bons pâturages.
Et vous devez savoir que c'est dans ce pays d'Arménie que l'Arche de Noé existe sur le dessus d'une certaine grande montagne au sommet de laquelle la neige est si constante que personne ne peut monter; car la neige jamais fond, et est constamment complétée par les nouvelles chutes. En dessous, cependant, la neige ne fond pas, et descend, en produisant un  herbage riche et abondant qu'en été, les bovins sont envoyés au pâturage à partir d'un long détour, et il ne manquent jamais d'eaux.
La fonte des neiges provoque également une grande quantité de boue sur la montagne"
Puis un extrait sur les Turcs.....
"Les Turchiens ont une langue particulière, ils font profession de la loi détestable de Mahomet ; ils sont ignorants, rustiques, vivant la plupart à la campagne, tantôt sur les montagnes et tantôt dans les vallées, là où ils trouvent des pâturages : car leurs grandes richesses consistent en troupeaux de juments ; ils ont aussi des mulets qui sont fort estimés.
Les Grecs et les Arméniens qui habitent parmi eux ont aussi des villes et des villages, et travaillent à la soie. Entre plusieurs villes qu’ils possèdent, les plus considérables sont Sovas, Cæsarea et Sébaste, où le bienheureux Basile a souffert le martyre pour la foi de Jésus-Christ.
Ces peuples ne reconnaissent qu’un seul seigneur de tous les rois des Tartares".
"L’Arménie Majeure est la plus grande de toutes les provinces qui payent tribut aux Tartares ; elle est pleine de villes et de villages.
La ville capitale s’appelle Arzinga ; on y fait d’excellent « buchiramus .
Il y a aussi plusieurs fontaines, dont les eaux sont salutaires pour les bains et la guérison de diverses sortes de maladies. Les plus importantes villes
après la capitale sont Erzeroum et Darzirim."

- GUILLAUME DE RUBROUCK  (1120-1293)
Guillaume de Rubrouck est un franciscain de langue latine, sujet et intime de Saint Louis. Il se rend en Mongolie en 1253-1254, pour évangéliser les Mongols, précédant ainsi Marco Polo.(extraits Le christianisme en Asie centrale)
Guillaume de RubrouckGuillaume de Rubrouck
"Chaque Arménien a dans sa maison, à l'endroit le plus vénérable, une main de bois qui tient une croix, devant laquelle il place une lampe allumée ;
et ce que nous faisons avec de l'eau bénite que nous répandons pour chasser l'esprit malin, ils le font avec de l'encens. Chaque soir, en effet, ils brûlent de l'encens qu'ils répandent dans tous les coins de la maison pour en chasser toute espèce d'ennemi."
A la même époque, il rencontra des Arméniens au camp de Sartak et à la cour du grand khan Mongka. À Zayton (Quanzhou) en Chine ,
une « riche matrone arménienne » avait fait construire à ses frais une église au début du XIVe siècle".

Déclin de la « Route de la Soie »
Toutes les religions pratiquées des deux côtés du monde se sont croisées sur cette route qui s’est avérée particulièrement bénéfique pour la propagation de l’islam et du bouddhisme. C’était également un chemin qui a été emprunté par des diplomates, des espions, et par des brigands attirés par le flot continu des convois chargés de richesses .......
 La longueur du parcours, les nombreux intermédiaires, les multiples dangers encourus par les voyageurs sur ces pistes soumises aux incursions de peuples belliqueux, vont finir par contribuer au déclin de l'itinéraire terrestre de la « Route de la Soie ».

Michel Serres (Philosophe, historien des sciences et homme de lettres français) a dit:
"La route de la soie a été la route de la science "


FINALEMENT, LES MARCHANDS ARMÉNIENS N'AURAIENT-ILS PAS ÉTÉ LES PIONNIERS DE LA ROUTE DE LA SOIE ? .......
                                                                                                                     Marchand arménienMarchand arménien

Jacqueline-Siranouche Markarian
Revu le 4 novembre 2014

Sources:
-http://www.edelo.net/routedelasoie/route_soie.htm
-http://www.larevuedesressources.org/le-livre-des-merveilles-de-marco-polo-livre-premier,1466.html
-http://fr.wikipedia.org/wiki/Route_de_la_soie

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