mercredi 6 avril 2022

Boutcha? - par Henri ROURE

 

Boutcha?

L’affaire de Boutcha m’interpelle. Je regarde la stratégie russe du point de vue de Sirius n’ayant pas les éléments que mes camarades commentateurs des plateaux de télévision peuvent avoir. Aussi je me garderais bien d’assertions et de prise de partie. Je ne ferai que des suppositions…

Si j’avais eu à préparer cette « opération militaire spéciale » dans un état-major russe j’aurais d’abord fait une analyse de facteurs, une sorte de point de situation. Évidemment je simplifie grandement…Positionnons nous vers la fin du mois de janvier.



Nous, armée russe, disposons de matériel ultra performant en petite quantité et de matériel terrestre de plusieurs générations en quantité suffisante mais difficile à renouveler. Nous disposons également d’une flotte en Mer Noire que nous pouvons considérer comme une mer russe depuis que la Marine soviétique a été absorbée à plus de 80% par notre Marine et que la Crimée est revenue à la mère patrie. Nous possédons depuis toujours, une flotte en mer Baltique avec le port de Kaliningrad. Par rapport à notre adversaire nous faisons preuve d’une nette supériorité aérienne. Toutefois sur les 720 000 hommes de notre armée nous ne pouvons engager au sol qu’autour de 180 000 hommes dont de nombreux appelés, le reste de nos effectifs étant réparti sur notre territoire national et à l’étranger. Nous disposons, certes, d’une réserve de 200 000 hommes, mais le contexte la rend difficilement utilisable. L’Ukraine ayant une superficie de 603 000 km2 et une population de 44 millions d’habitants il est impensable que nous nous engagions sur l’ensemble de ce pays.


En face l’armée de terre ukrainienne compte 145 000 hommes professionnels, mais elle peut mobiliser autour de 700 000 réservistes et des forces paramilitaires extrêmement motivées et endoctrinées dont une brigade « Azov » véritablement nazie. Elle se battra sur son sol avec du matériel que nous connaissons bien puisqu’il est majoritairement de conception identique au nôtre. Les forces aériennes, trop peu nombreuses, n’ont pas la capacité de résister longtemps face à nos aéronefs et à nos missiles.


Le premier enseignement est donc que nous ne pouvons pas occuper le terrain car nous ne disposons pas des moyens et des effectifs suffisants, d’autant moins que les conditions météo (sol incertain et marécages) ne sont pas favorables aux grands déploiement de nos blindés et que l’adversaire peut se lancer dans des opérations de guérilla. Notre action devra donc viser des objectifs précis destinés à inquiéter notre adversaire au point de l’amener, sous la contrainte, à la négociation pour l’application des accords de Minsk 2 à laquelle il se refuse .


Le positionnement initial de l’adversaire, lui aussi, va déterminer notre manoeuvre. Les troupes ukrainiennes sont massivement concentrées, à l’est, le long de la limite entre le Donbas et l’Ukraine. Elles ont participé depuis 2014 à des opérations contre la population faisant plusieurs milliers de morts. Nous devrons disloquer cette masse en évitant un choc frontal trop coûteux. Le but étant de nous permettre de contrôler ultérieurement cette région. Nous serons donc amenés à faire des actions de déception et surtout, d’une part, à détruire tous les appuis logistiques, aérodromes et bases de soutien adverses et, d’autre part, à menacer d’étranglement les villes principales de l’est de l’Ukraine dont Kiev, la capitale, sans chercher à les occuper car le coût en effectifs serait disproportionné avec l’intérêt que leur occupation représenterait. Ces actions devraient amener l’adversaire, pour y faire face, à dégarnir ses positions face au Donbas. Dès ce mouvement bien établi nous pourrons récupérer une partie de nos forces engagées dans cette manoeuvre et les ré-articuler dans le Donbas et sur la côte pour créer une continuité tactique affermissant ainsi l’occupation de la zone que nous revendiquons. Dans cette manoeuvre l’ouest ukrainien ne nous intéresse évidemment pas sauf pour la destruction de tous les sites contribuant au soutien des forces ukrainiennes.


Situation temporelle:


Notre attaque doit être initiée rapidement car les troupes ukrainiennes sont sur le point d’envahir le Donbas. Par ailleurs la demande d’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, et vraisemblablement à l’UE, constitue une menace majeure qui permettrait aux Américains via l’OTAN d’encager totalement notre pays. Il s’agit de la raison de fond de notre opération.


Le contexte international, dans le cas d’une attaque de notre part, sera partagé à la condition que nous maitrisions notre action diplomatique et que nous restions respectueux des conventions de Genève. Nous pouvons compter sur la neutralité ou l’appui de la Chine, de pays arabes, de l’Iran, de pays émergents et de pays africains et asiatiques. En réalité seul l’Occident s’opposera à notre opération.


Les États-Unis et l’Union Européenne, dans le cadre de l’OTAN ne pourront pas intervenir militairement car l’Ukraine n’appartient pas à l’OTAN. De plus il sera bon de rappeler que la Russie est une puissance nucléaire et qu’elle dispose d’un siège permanent au Conseil de sécurité. Les seules actions que « l’Occident » pourra conduire seront essentiellement médiatiques et économiques ainsi qu’apporter une aide réduite en armement qui ne changera rien au rapport de forces. Les sanctions économiques ne pourront durer car notre capacité de résilience est supérieure à celle des pays européens dépourvus des produits énergétiques que nous leur vendons. Il faut s’attendre cependant à ce que ces mesures de rétorsion soient particulièrement sévères et évidemment, s’agissant des médias, mensongères. Aussi nous faudra t-il rester vigilants sur le comportement de nos armées. Ils est certain que toute opération de cette ampleur provoque ce qu’il est convenu de nommer des dégâts collatéraux; nous devrons veiller à ce qu’ils demeurent réduits. L’utilisation de nos armes de précision et les renseignements satellitaires et électromagnétiques tout comme au travers de nos réseaux dans la population locale, qui est, rappelons-le, une population soeur de notre peuple, devraient permettre de limiter ces impacts que les Occidentaux manipuleront malgré tout. Alors que nous combattrons des criminels, il nous faudra veiller au comportement de nos hommes.


Pour en arriver à l’affaire de Boutcha elle me semble donc en contradiction avec l’action des Russes dans la manoeuvre d’ensemble. Ils se retirent de positions qui ne leur sont plus utiles et non pas sous la pression des Ukrainiens; l’éclatement du front sur le Donbas ayant été obtenu. Ils ont donc le temps de prendre toutes les précautions souhaitables avant de se retirer. Elles sont, sans doute, fortement argumentées dans l’ordre d’opération général. Ils savent que la moindre entorse faite au droit de la guerre fera l’objet d’une exploitation médiatique de la part des « Occidentaux ». Ils ne tiennent pas à faire basculer une part de l’opinion européenne qui leur est favorable ni s’aliéner quelques pays neutres dans le conflit et envisagent probablement déjà un rétablissement relations pacifiées. Je note également que le nombre de victimes n’aurait pu laisser indifférents les niveaux de commandement supérieurs. En conséquence, au cas où un tel massacre aurait été commis, des mesures immédiates pour effacer les traces auraient été prises. Laisser un tel spectacle me semble en contradiction avec la prudence dont les Russes ont fait preuve jusqu’à ce jour dans le traitement des cibles et dans le choix particulièrement minutieux de leurs objectifs malgré ce qu’affirme la propagande américano-otanienne. Là nous aurions eu à faire à un acte gratuit, c’est-à-dire, sans aucune utilité, ni tactique ni psychologique, particulièrement odieux, bien éloigné du pragmatisme voulu dans l’opération. Cela posé je ne suis pas russe. Je ne pense pas russe. Mais les Russes sont des Européens d’aujourd’hui, ce qui me permet de leur prêter, malgré tout, une proximité de pensée avec la mienne. Je demeure dubitatif…


Henri ROURE


mardi 5 avril 2022

Les Ukrainiens ? Sans doute , mais les ARMENIENS ?...

  


 
Le président de l'Artsakh rend hommage à la mémoire des héros tombés lors de la guerre de 2020 | ARMENPRESS Armenian News

Par Elisabeth Messikian

PAS DE CRIMES DE GUERRE EN ARTSAKH COMMIS PAR LES AZÉRIS. LES IMAGES DES CORPS DES CIVILS ARMÉNIENS TORTURÉS, ÉXÉCUTÉS, DÉCAPITÉS, CENSURÉS  SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX ET IGNORÉES PAR TOUS LES MÉDIAS. PAS DE CRIME CONTRE L'HUMANITÉ, PAS DE GÉNOCIDE. NON, NORMAL ; ALIEV EST UN "GENTIL". PAS D'ENQUÊTE SUR LES BOMBES À PHOSPHORE BLANC VENDU PAR ZELENSKY À ALIEV POUR EXTERMINER LES ARMÉNIENS. NON ZELENSKY EST UN "GENTIL", UN RÉSISTANT, UN HÉROS. SILENCE, POUR L'ARTSAKH. AUJOURD'HUI COMME IL Y A 20 MOIS. PAS D'EXPLOITATION D'IMAGES DE L'HORREUR COMME POUR L'UKRAINE. J'AI MÊME VU DES ARMÉNIENS DE LA DIASPORA S'AUTO- CENSURER. LES IMAGES DES EXACTIONS AZÉRIS CONTRE LES ARMÉNIENS ONT MÊME ÉTÉ DIFFUSÉS PAR LES AZÉRIS EUX-MÊME SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX. INSOUTENABLE ! ET LORSQUE J'AI INTERPELLÉ UNE JOURNALISTE FRANÇAISE D'ORIGINE ARMÉNIENNE POUR LUI DIRE QU'IL FALLAIT DIFFUSER CES VIDÉOS POUR INFORMER L'OPINION PUBLIQUE, J'AI EU COMME SEULE RÉPONSE QU'ON NE DEVAIT PAS LE FAIRE POUR LE RESPECT DES FAMILLES, QUE CELA FERAIT LE JEU DES AZÉRIS, QUE CELA DÉMOTIVERAIT LES TROUPES ARMÉNIENNES. QUE SAIS-JE ENCORE. J'AI FINI PAR NE PLUS ÉCOUTER, TANT JE TROUVAIS CES ARGUMENTS RIDICULES ET INDIGNES. TOURNER LA TÊTE POUR NE PAS VOIR ALORS QU'ON NOUS MONTRAIT LES IMAGES DE "NUITS ET BROUILLARDS " LORSQUE NOUS ÉTIONS AU LYCÉE POUR REGARDER L'HORREUR EN FACE. ET LÀ, TOUT JUSTE SI ON NE ME DISAIT PAS QUE C'ÉTAIT DU VOYEURISME. LA PREUVE QUE C'ÉTAIT CE QU'IL FALLAIT FAIRE PLUTÔT QUE DE SE CACHER DERRIÈRE SON PETIT DOIGT : TOUTES LES CHAÎNES DE TÉLÉVISION FRANÇAISES MONTRENT AUJOURD'HUI LES IMAGES DES CHARNIERS EN UKRAINE POUR SENSIBILISER UN PEU PLUS L'OPINION PUBLIQUE, EN FLOUTANT LES VISAGES DES CADAVRES. POURQUOI AUCUN JOURNALISTE D'ORIGINE ARMÉNIENNE N'A COMPRIS, IL Y A 20 MOIS, CE QUE C'ÉTAIT QUE LE CHOC DES IMAGES. AUCUN JOURNALISTE FRANÇAIS N'A FAIT AUTANT POUR ARTSAKH QUE POUR L' UKRAINE. TOUT A ÉTÉ EXPLOITÉ, Y COMPRIS LES IMAGES CHOQUANTES. MAIS PARMI LES JOURNALISTES DE LA DIASPORA, CERTAINS AURAIENT DÛ ÊTRE SUR LE TERRAIN POUR FILMER LES HORREURS QUE L'ON VOYAIT DANS LES VIDÉOS AZÉRIS, POUR TÉMOIGNER ET SENSIBILISER LE MONDE ET PAS SEULEMENT NOUS. NOUS NOUS SOMMES TUS CONTRAIREMENT À ZELENSKY QUI L'OUVRE À TOUT BOUT DE CHAMP, QUI HURLE POUR QU'ON L'ENTENDE, QUI FAIT SON JOB DE COMMUNICANT, ET QUI NE QUITTE PAS LES PROJECTEURS DEPUIS DES SEMAINES. C'EST AUSSI UNE GUERRE MÉDIATIQUE. NOUS, NOUS SOMMES SEULEMENT SIDÉRÉS PAR LE SILENCE DES AUTRES MAIS QUE DIRE DE NOTRE SILENCE HIER ET AUJOURD'HUI...

jeudi 31 mars 2022

LA REVANCHE DU PETIT-FILS DU CUISINIER DE STALINE - Michel ONFRAY

 


LA REVANCHE DU PETIT-FILS DU CUISINIER DE STALINE

C'est fou comme les hommes qui clament qu’il faut retenir les leçons de l’Histoire n'en font jamais rien! Hitler et le III° Reich fonctionnent en Europe comme un répulsif idéologique et politique depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale. Malgré tout, ce qui a rendu possible la tragédie nazie recommence peu ou prou sous le signe de l'éternel retour.


Car, dans les années 80 du XXème siècle, le mépris dans lequel l'Europe de l'ouest, via le président de la république française François Mitterrand, a tenu Gorbatchev et son projet de glasnost et de   perestroïka qui aurait permis une Europe civilisationnelle de l’Atlantique à l'Oural,  la complicité avec laquelle il avait accueilli le putsch du 19 août 1991 qui avait contraint Gorbatchev à la résidence surveillée, la dilection publique dont il fit montre pour le libéral Eltsine, alcoolique et corrompu notoire, en lieu et place du projet gorbatchévien, la chute devenue de ce fait inévitable de l'empire soviétique le 25 décembre 1991, la vente à l'encan qui s'en est suivie des fleurons de cette ancienne puissance qui a si longtemps fait peur avant de se faire moquer d'être devenue si impuissante, le rachat au rabais des rogatons de l'empire par les agents du Fond monétaire international, la création de ce fait d'une oligarchie mafieuse placée aux affaires qui s'est enrichie en appauvrissant le peuple russe, le mépris d'une parole donnée par l'ouest de geler la carte européenne aux frontières de 1992, la militarisation des pays perdus de la Russie soviétique au profit de l'OTAN, l'occidentalisation forcée de ce qui fut une Europe de l'est et qui s’avère une Europe contaminée par le nihilisme occidental (l’égotisme, le narcissisme, l'hédonisme consumériste, la marchandisation des corps, la location des utérus, l'achat des enfants, le wokisme, la cancel culture, le lobbyisme LGBTQ+, etc), tout cela rappelle étrangement ce qui s'est passé en Allemagne: défaite de 14-18, humiliation du traité de Versailles, confiscation de ce qui aurait permis au pays vaincu de rembourser ses dettes, économie de guerre, donc réarmement, culte nationaliste, et surtout théorie de l’espace vital à conquérir par les armes, c'est-à-dire impérialisme, montée des périls, élection d'Hitler en janvier 1933 et envahissement de la Pologne début septembre 1939. Nous y sommes...


Tout à sa suffisance, l'Occident d'après la chute du mur de Berlin en 1989 a estimé que c'en était fini de la guerre froide et que le libéralisme allait triompher de manière planétaire! Francis Fukuyama ne publie pas par hasard en 1992 La Fin de l'Histoire et le dernier homme (un texte dont l’esquisse sous forme d'article date de l'été 1989. C'est la bible des néo-conservateurs américains et de leurs affidés en Europe), BHL en tête...


Samuel Huntington lui répond avec Le Choc des civilisations en 1996 en affirmant que le libéralisme ne va pas triompher en arrêtant l'Histoire dans sa réalisation, dans son accomplissement, et ce sur le mode hégélien, mais que des blocs de civilisations spirituels et religieux seront dans les temps à venir les moteurs d'une Histoire qui continuera. Le 11 septembre donne tort à Fukuyama et raison à Huntington: l'Histoire continuait en opposant l'islamisme et le judéo-christianisme de façon planétaire.


L’envahissement de l'Ukraine, pays indépendant et souverain, par Poutine, donne une fois encore raison à Huntington. "C'est un conflit intra-européen" disent ceux qui résistent aux thèses du Choc des civilisations! Ils ont raison sur le caractère intra-européen de l'affaire, ce qui est regarder les choses par le petit bout de la lorgnette, mais tort de croire qu’elle ne relève pas des conflits de civilisations. C'est même très exactement un cas d'école.


Car, s'il existe une tectonique des grandes plaques civilisationnelles, il existe également des mouvements sismiques à l'œuvre dans ces mêmes plaques - une tectonique des petites plaques si je puis dire... Il existe bel et bien une Europe judéo-chrétienne, mais il y a trois façons d'être européen dans cette même Europe suivant que l'on est catholique, protestant ou orthodoxe. Ce qui a travaillé le christianisme en ses premiers temps (montanisme, arianisme, donatisme, marcionisme, monophysisme, mais surtout filioque..) a laissé des traces dans la psyché spirituelle des peuples.


Ce qui se joue entre les Ukrainiens et les Russes renvoie donc à de vieilles questions qui opposent les uniates ukrainiens rattachés au Vatican et l’église orthodoxe autocéphale russes. Par ailleurs, ces deux pays rejouent la vieille opposition qui voit le jour au XIX° siècle entre les occidentalistes et les slavophiles - autrement dit: entre les Ukrainiens occidentalistes qui regardent vers l'ouest et les Russes slavophiles le regard tourné vers l'est.  


Dans les années 90, Poutine arborait un portrait de Pierre le Grand dans son bureau, le tsar était très occidentaliste, Poutine aussi... A l'époque, il a joué cette carte mais l'occident lui a signifié une fin de non-recevoir. Une vexation parmi d’autres. Celui qui est devenu le maître du Kremlin a donc joué la carte slavophile avec un projet alternatif: il ne regarderait plus vers Paris mais... vers Pékin! D'où son projet eurasien qui s'avère bien utile ces temps-ci dans sa logique de guerre contre "l'occident" comme il dit.


L'idéologie marxiste a longtemps fait la loi en matière de philosophie de l'Histoire, et pas seulement dans les pays marxistes. La plupart ont longtemps souscrit à cette idée fausse que "les masses font l'histoire". En fait, non... Le Grand Homme hégélien peut la faire, animé par des passions tristes, ainsi avec le ressentiment qui joue un rôle majeur dans la généalogie de l'Histoire.


C'est le ressentiment qui, à cette heure, conduit Poutine qui pense en termes de vengeance à prendre sur l'occident qui a fait de cet ancien officier du KGB, dont le père avait été cuisinier de Lénine et de Staline, un homme qui, un temps, avec sa propre voiture, pour survivre, faisait le taxi...


Le voilà à la tête de la Russie. L'ancien chauffeur de taxi prend sa revanche sur ce que l'occident a fait à son pays et de son pays - et, un temps, à lui et de lui. On n'humilie jamais impunément un homme ou un peuple.


Michel Onfray


lundi 28 mars 2022

Semaine du 28 MARS 2022 - PENSER POUTINE par MICHEL ONFRAY

SEMAINE DU 28 MARS 2022

Au lieu de se complaire dans un exercice facile et stérile de diabolisation du président russe, Michel Onfray se demande plutôt si l'Occident est intellectuellement armé pour anticiper et affronter la politique du maître du Kremlin.

PENSER POUTINE

Le souverainiste que je suis ne peut que déplorer sans condition l’invasion de l’Ukraine, un pays libre et autonome, par la seule volonté de Poutine qui retourne le gant occidental en revendiquant à son tour, comme BHL et ses amis, un droit d’ingérence pour légitimer son impérialisme! Toute la thématique souverainiste se trouve validée par ce qui advient. Car, qu’est-ce que le combat des Ukrainiens sinon celui d’un pays et d’un peuple qui ne veulent pas perdre leur souveraineté et ne souhaitent nullement leur vassalisation par la Russie de Poutine?

Les Ukrainiens ont raison contre Poutine qu’il ne faut pas confondre avec le peuple russe - voire avec tout ce qui est russe: Dostoïevski ou Tchaïkovski stigmatisés, les footballeurs et les musiciens russes interdits de compétitions ou de concerts, les chats russes privés de concours félins, la vodka russe ou le bœuf Strogonoff frappés d’interdit, quels délires! C’est fou comme les mondialistes sont devenus des xénophobes de la plus sale eau d’un seul coup d’un seul en associant dans une même haine tout ce qui est russe depuis le début de la Russie! Au feu Tolstoï et Chostakovitch, Pouchkine et Eisenstein, au feu Pierre le Grand et Catherine de Russie, au feu l’Ermitage et la place Rouge! Pourquoi pas même : haro sur le cornichon sucré! Que va bien pouvoir manger la gauche caviar?

Tous ceux qui haïssent le souverainisme en France au nom de la mondialisation heureuse se retrouvent clairement du côté du souverainisme quand il s’agit de l’Ukraine! Éloge des frontières ukrainiennes, du drapeau ukrainien, des couleurs ukrainiennes, de la résistance ukrainienne, du patriotisme ukrainien, de l’armée ukrainienne, du peuple ukrainien, de l’armée ukrainienne! Quel bonheur de voir cette clique, BHL en tête, ces Déroulède en jaune et bleu, valider le souverainisme et fustiger la vassalisation [1].

Quelques crétins idéologues partisans de cette fameuse mondialisation heureuse s’accrochent encore aux thèses que Fukuyama développe dans La Fin de l’Histoire et Le Dernier Homme pour affirmer que ce qui advient en Ukraine témoigne qu’Huntington a tort! Faut-il être aveugle et vouloir désespérément le demeurer pour proclamer devant un champ de ruines où se mène une guerre de civilisation que la thèse du choc des civilisations s’avère nulle et non venue ? Serait-ce alors plutôt le spectacle de la fin de l’histoire avec la réalisation du libéralisme partout sur la planète auquel nous assistons? Allons, soyons sérieux…

Pour penser ainsi, ou plutôt: pour ne pas penser ainsi, c’est-à-dire ne pas penser du tout, il faut bien proposer une thèse alternative. Laquelle? Poutine est fou. Ce qui explique tout! Il est paranoïaque, il se botoxe le visage, il craint le covid comme un enfant, il était un piètre agent du KGB, il est mégalomane, psychotique, paranoïaque, il est enfermé au Kremlin seul depuis des années, il ne voit que cinq ou six personnes - n’aurait-il pas par hasard les pieds un peu fourchus et les oreilles franchement pointues et poilues?

J’avais lu en son temps l’excellent livre de Michel Eltchaninoff, Dans la tête de Poutine, paru en 2015. Cet ouvrage montre bien qu’il existe une pensée Poutine qui ne relève aucunement du délire, de la folie ou d’une autre pathologie. Rappelons que la criminalisation par un pouvoir de ce qui lui résiste par la maladie mentale fut une grande spécialité soviétique…

J’ai relu il y a quelques jours ce livre plume à la main [2]. Il en ressort que Poutine offre comme cadeau de nouvel an des livres aux gens avec qui il travaille, qui plus est des livres de philosophie: Philosophie de l’inégalité de Berdiaev, La Justification du bien de Soloviev, Nos missions d’Ilyine par exemple… Est-ce la façon d’un fou? Je n’en suis pas bien sûr. C’est celle d’un homme qui fait de la politique, sait ce qu’il veut et va où il a décidé d’aller. Ce projet n’est pas neuf chez lui.

Certes Poutine n’est pas un philosophe professionnel et il fait un usage, disons éclectique et pragmatique de la philosophie russe. Il n’a pas fait d’études de philosophie à proprement parler, ce qui de toute façon ne garantirait de rien, mais des études de droit au cours desquelles il a lu Locke, Hobbes et Kant qu’il a souvent cité dans une première époque, celle dont on peut dire qu’elle était occidentaliste.

Hier et aujourd’hui, Poutine s’inscrit dans un très ancien débat russe qui oppose les occidentalistes aux slavophiles [3]. Jadis en quête d’identité, les intellectuels, penseurs et philosophes russes estimaient qu’il fallait choisir entre se tourner vers l’est ou regarder vers l’ouest.

Les premiers, les slavophiles, font entrer la philosophie en Russie: ils sont influencés par Schelling et Hegel; ils croient à la puissance de l’identité russe; ils défendent l’existence d’un génie national propre; ils donnent à la religion et aux valeurs de l’aristocratie une importance généalogique capitale; ils critiquent l’individualisme, le mode de vie occidental; ils célèbrent la communauté organique du peuple russe ; ils sont romantiques; ils refusent de faire partie de l’Europe en estimant qu’ils ne sauraient être une partie de ce petit tout alors qu’ils sont géographiquement les plus importants; ils s’opposent à l’Occident; ils croient que les Slaves pourraient initier un nouvel ordre mondial alternatif au mode de vie occidental. N’y sommes-nous pas?

Les seconds, les occidentalistes, regardent vers Paris qui passe pour la capitale des élégances européennes; ils veulent abolir l’arbitraire impérial qui limite les libertés, s’appuie sur la religion orthodoxe et défend un nationalisme impérieux; ils lui préfèrent un socialisme français et sont influencés par Saint-Simon, Charles Fourier, Louis Blanc, Etienne Cabet, George Sand; l’un d’entre eux, Herzen, fréquente Proudhon et correspond avec Bakounine; ils défendent le matérialisme, donc l’athéisme.

On se doute, bien sûr, que les occidentalistes ont la faveur des intellectuels et les slavophiles celles du peuple. Poutine inscrit donc sa politique dans ce vieux combat idéologique, intellectuel, philosophique: il veut une Russie slavophile et combat une Ukraine occidentaliste. A leur manière, c’est du moins ce que pense Poutine, Lénine était occidentaliste, son marxisme hégélien témoigne, pendant que Staline était plus proche des slavophiles, sa grande guerre nationale contre le nazisme en fait foi.

Pour justifier la guerre impérialiste de Poutine contre l’Ukraine, les références faites à l’OTAN, à l’installation des missiles dans des pays frontaliers de la Russie qui, au temps de l’Union soviétique, en faisaient partie, à leur adhésion à l’OTAN, sont un leurre: il ne s’agit que de la partie émergée du problème, sa formulation médiatique. Poutine ne saurait vraiment craindre les armes de l’OTAN basées sur les pays acquis à la cause occidentaliste depuis la fin de l’URSS, car l’armement russe peut, venu du ciel via les bombardiers et les chasseurs, ou des fonds marins, via les sous-marins, sinon de la terre à la frontière ouest de la Russie, le tout conduit via l’espace qu’il maîtrise, à quoi bon sinon le tir contre un satellite il y a peu [4], riposter sans problème à des attaques venues de batteries de missiles situées sur les pays de l’ancienne URSS qui ont choisi l’ouest pour son mode de vie individualiste, hédoniste, consumériste, postchrétien [5]. C’est leur façon à eux, sans peut-être vraiment le savoir, de jouer la carte occidentaliste, ce que Poutine le slavophile ne peut pas supporter. Poutine pourra bien faire, il aura toujours une frontière commune avec l’Europe occidentaliste. Plus ou moins à l’est n’est pas le problème.

Le problème, c’est son désir impérialiste d’étendre son espace vital slavophile anti-occidentaliste. C’est désormais le nôtre aussi puisque la France prend position contre la Russie au nom de la décision de son chef de l’État, pourtant à une poignée de jours d’une élection qui décidera de sa reconduction ou non, d’engager notre pays dans la guerre sans consultation du Congrès.

Une fois de plus, le souverainiste que je suis voit dans ce conflit la validation de ses thèses: j’ai toujours dit que la jurisprudence Mitterrand qui, le 17 janvier 1995, annonce au Bundestag que «le nationalisme c’est la guerre», était fautive et délirante – c’était un propos électoraliste pour cet europhile paradoxalement devenu giscardien depuis son renoncement au socialisme en 1983. Ce n’est pas le nationalisme qui pose problème, mais l’impérialisme, ce qui n’est pas la même chose.

Une nation n’aspire pas de façon automatique à l’étendue de son espace vital - ce qui définit l’impérialisme, mais aussi le fascisme, qu’on se souvienne du Lebensraum nazi. La Première Guerre ne commence pas par hasard avec l’assassinat de l’archiduc de l’Empire austro-hongrois à Sarajevo. Cette guerre a fondamentalement opposé des Empires qui luttaient pour l’extension de leur espace vital via le colonialisme. L’Autriche-Hongrie, le II° Reich de l’Allemagne, l’Empire français, l’Empire anglais, l’Empire ottoman, l’Empire russe, voilà les belligérants de l’époque. L’Alsace-Lorraine, c’est juste pour l’image d’Épinal localo-locale qui mobilise la troupe française d’un peuple qu’on envoie se faire trouer la peau pour sauver les Empires…

Poutine a hérité d’un pays qui fit peur au monde entier pendant des décennies et qui, après la chute de l’URSS, s’est retrouvé comme une friche industrielle traversée par les vents mauvais de l’histoire qui se faisait désormais sans lui. Le traumatisme de Poutine est là. Il l’a dit, on l’a beaucoup répété sans en tirer les conséquences pour l’avenir de l’Europe: la chute de l’URSS fut «la plus grande catastrophe géopolitique du XX° siècle». Vingt-cinq millions de Russes ethniques se sont retrouvés en dehors de la frontière de la nouvelle Russie, soit l’équivalent d’un gros pays d’Europe éparpillé. Le destin de ces miettes structure notre avenir. Poutine souhaite les réunir. De ce fait, il russifie à tout va et affirme de l’Ukraine et de la Russie: «Nous sommes un seul et même peuple.» L’Ukraine n’est donc pas pour lui un État souverain, ce qu’il est pourtant, mais une partie de la Russie. Il ne veut pas perdre ces « russes »-là et souhaite les récupérer alors que l’OTAN entend bien les ancrer à l’ouest. Ce projet de reconquête impérialiste doublé d’un projet impérialiste américain d’étendre son influence dans ces mêmes pays grâce à l’OTAN, qu’on se souvienne des bombardements de la Serbie effectués par l’OTAN en 1999 durant la guerre du Kosovo (territoire toujours revendiqué par Belgrade), que Poutine a pris comme une offense, c’est ni plus ni moins un conflit de civilisation.

Dans son option géopolitique, Poutine pèse ses mots et ne parle ni des totalitarismes rouges et bruns, encore moins de la Shoah qui, à l’ouest, joue le rôle d’axe spirituel du monde post-nazi [6], mais de la seule chute de l’Empire soviétique. On ne peut plus slavophile comme lecture du monde au XX° siècle.

Personnellement, dans les années 90 du siècle dernier, cet ancien officier du KGB qu’est Poutine, dont le grand-père fut cuisinier chez Lénine puis chez Staline, est devenu chauffeur de taxi avec sa voiture personnelle pour vivre dans son pays en ruines.

La mainmise marxiste sur la philosophie de l’histoire a longtemps empêché de la penser en dehors de cette idéologie. C’est dommage, car, autre moteur que les masses, le ressentiment joue un rôle majeur dans la fabrication de l’Histoire [7]. Il est acquis désormais que l’humiliation du Traité de Versailles n’est pas pour peu dans le trajet victorieux d’un certain Adolf Hitler et sur le déploiement européen de l’Histoire qui s’en est suivie jusqu’à aujourd’hui – Poutine parle encore des nazis en Ukraine! On n’humilie pas impunément un homme ou un peuple.

J’ai l’âge de me souvenir avec quel mépris le président de la République François Mitterrand a accueilli les demandes d’aide de Gorbatchev qui voulait, avec Glasnost et Perestroïka, libéraliser l’URSS, la moderniser, autrement dit : l’ancrer dans le camp occidentaliste. C’était l’occasion adéquate de réaliser le fabuleux projet gaulliste d’une Europe de l’Atlantique à l’Oural. C’eut alors été une véritable Europe, géopolitique et géostratégique, civilisationnelle, ce que l’Europe déjà avachie qui deviendra celle de Maastricht ne pouvait accepter.

Je me rappelle également du cynisme avec lequel le même Mitterrand avait accueilli le putsch effectué par des communistes purs et durs en août 1991 avec l’arrestation de Gorbatchev mis en résidence surveillée. Mitterrand prenait fait et cause contre l’homme de la Perestroïka et pour les putschistes de l’URSS - ce Florentin pour les seules petites choses était incapable de penser le monde, que ce fut celui du pays qu’il dirigeait, mais également le restant de la planète. Gorbatchev fut ainsi vite fait sorti de l’Histoire. Ce fut un alcoolique notoire, corrompu, grossier, vulgaire, Boris Eltsine, qui prit la tête de cet Empire effondré. C’était l’homme ad hoc pour l’Europe franco-allemande qui mit la Russie au ban des peuples et des pays.

Je me souviens également d’un diner chez un ami éleveur de chevaux en Normandie. Il avait invité un couple de parisiens propriétaires d’une maison dans l’Orne. La discussion a dérapé rapidement avec la quadragénaire : elle travaillait au FMI et racontait comment elle arrivait dans les vastes entreprises soviétiques après la chute de l’URSS. Elle demandait le patron. C’était la plupart du temps le plus idéologique, le plus corrompu, le plus cynique, le plus opportuniste que son grenouillage dans le Parti avait installé à ce poste : patron d’une mine d’or, directeur d’un condominium, chef d’une immense aciérie. Pour une somme symbolique que lui rétrocédait cet apparatchik soviétique, elle lui délivrait un titre de propriété du bien en question. Elle a fait partie de cette équipe de soudards qui a vendu à l’encan l’ancien patrimoine industriel, les mines d’or et de charbon, les ressources du pays, à des privés en créant une mafia - les fameux oligarques dont la vulgarité est bien connue partout où l’on peut les voir en France…

C’est cette humiliation de la Russie signifiée par l’Europe de l’Ouest qu’il nomme «l’Occident» (lui et ses amis comme les Serbes) que Poutine a décidé de venger. Chacun jugera qu’il ne s’agit pas du projet d’un fou, mais d’un homme qui a la mémoire longue et mauvaise. C’est celui d’un fasciste impérialiste, je reviendrai sur cette expression plus loin, mais pas celui d’un fou. Poutine prépare cette revanche depuis des décennies. C’est donc très exactement le projet d’un chef de guerre qui a organisé depuis longtemps la bataille qu’il mène depuis un certain temps, mais qui se fait médiatiquement planétaire ces temps-ci. Depuis des années, il conduit une économie de guerre ce qu’aucun de nos économistes de salon n’a remarqué...

Rappelons que la guerre dans le Donbass dure depuis 2014, autrement dit depuis sept ans, et qu’elle n’a surpris que les abrutis qui se remplacent à la tête de l’État français et des instances européennes dont le métier consiste pourtant à regarder ces choses-là de près et à travailler à leur prévention. Cette guerre signale l’impéritie de l’Europe et non son triomphe comme il est parfois dit. Une fois de plus, les cerveaux de l’Europe maastrichtienne montrent leur inculture crasse, obsédés qu’ils sont par les seuls coffres-forts.

Poutine dit depuis vingt ans qu’il va faire ce qu’il fait actuellement et les dirigeants français et européens regardent ailleurs tout aux projets minables de leurs carrières et de leurs réélections…

Les politiciens professionnels n’ont aucunement le sens de l’Histoire. Ils servent les intérêts du marché planétaire et croient que cela suffit pour écrire l’Histoire. Ils sont tellement incompétents et idéologisés que, devant les images mêmes de ce conflit qui oppose la Russie et l’Ukraine, j’y reviens, ils nient qu’Huntington ait raison ! Cette guerre serait donc le signe de la fin de l’histoire et du triomphe planétaire de l’idéologie libérale sur la totalité de la planète? Les projets impérialistes de l’État islamique, ceux de Poutine, mais également ceux de la Chine, de la Turquie, sinon de l’Inde, prouvent que le choc des civilisations est plus que jamais d’actualité. N’oublions pas dans ce bal des maudits le projet de l’impérialisme maastrichtien arrimé à celui des États-Unis.

Les naïfs diront: mais l’Europe n’est-elle pas une seule et même civilisation? Oui si l’on pense en termes de religion, elle est judéo-chrétienne. Mais non si l’on pense plus finement en termes théologiques, il y a dans cette même Europe, trois façons d’être chrétien: une catholique, une protestante, une orthodoxe. Ce sont trois façons d’être européens. Il y a des uniates en Ukraine, ils sont orthodoxes, mais ils reconnaissent l’autorité du pape ce qui en fait des occidentalistes, pendant que les orthodoxes russes constituent une église autocéphale, donc slavophile.

En pragmatique, Poutine a d’abord cherché comment relever la Russie après la chute de l’URSS. Dans son bureau de Saint-Pétersbourg, au début des années 90, il affiche un portait de Pierre Le Grand, un clair aveu d’occidentalisme. C’est l’époque où il cite Kant avec ferveur. Il souhaite alors «une unification juridique avec l’Europe». Ni les États-Unis, ni l’OTAN, ni l’Occident ne sont alors des ennemis: il veut en faire des alliés. L’Europe s’est à nouveau moquée de cette sébile tendue.

Arrogante, cette Europe maastrichtienne demande qu’on partage ses valeurs. Quelles sont-elles? Emmanuel Macron, récent président de cette Europe-là, a fait de l’avortement un marqueur civilisationnel occidentaliste [8]. Il a en effet souhaité, dès sa prise de fonction, inscrire le droit à l’avortement dans la charte des Droits fondamentaux de l’Union européenne.

Poutine n’a pas souhaité remettre la Russie debout avec ces valeurs -là, celles de ce qu’il nomme l’Occident! Il a renoncé à la voie occidentaliste parce qu’il ne veut pas occidentaliser la Russie, car il sait que russifier l’Europe maastrichtienne s’avère impensable dans le cadre légal.

Tenté par l’occidentalisme pour sauver la Russie, Poutine a vite compris que le pays ne serait sauvé que s’il renonçait à être lui-même, que s’il passait son identité, l’identité de son pays, par-dessus bord. S’il optait pour l’occidentalisme, alors il pourrait compter sur l’Europe maastrichtienne, sinon, non. Il n’a pas souhaité brader son pays à l’Europe maastrichtienne dont l’horizon consiste à abolir les pays, les peuples, les nations, les cultures, au profit d’un immense marché planétaire gouverné par l’État total d’un gouvernement universel dont le pilotage ne sera sûrement pas européen et encore moins russe. Les Américains y veillent: c’est leur projet [9]. Ça n’est évidemment pas celui de Poutine qui commence en Ukraine la guerre de civilisation afférente.

Revenu de cette stratégie occidentaliste, Poutine a changé de cap. Il est également passé de la paix perpétuelle de Kant à la guerre de Clausewitz. La slavophilie exige une bascule vers l’est de cette Russie partiellement européenne dans sa partie ouest - qu’on se souvienne: de l’Atlantique à l’Oural…

C’est désormais le projet eurasien qui l’intéresse. La résolution de la tension entre occidentalistes et slavophiles ne s’effectue plus de manière dialectique par une synthèse qui rendrait possible une dynamique occidentaliste et slavophile, mais par un mouvement slavophile oriental anti-occidentaliste. L’Occident, c’est-à-dire l’Europe de l’Ouest, est désormais clairement l’ennemi de Poutine.

En vertu de ce nouveau cap civilisationnel, Poutine a choisi la Chine comme amie. C’est une alliance de combat contre un ennemi commun: l’Occident. Mais cette union ne saurait durer au-delà du temps de l’adversaire partagé, car la Chine elle aussi a un projet impérial et impérialiste planétaire. Amis pour l’heure, ils auront pourtant à devenir et à être ennemis. Leurs projets impérialistes respectifs les y contraindront.

Poutine a longtemps préparé cette guerre en Ukraine. On sait qu’il a désindexé sa monnaie du dollar pour l’indexer sur l’or ce qui le rend inaccessible aux spéculations américaines donc européistes. On n’ignore pas non plus qu’il a préparé un débouché commercial chinois pour son gaz qui ne restera pas sans acheteur. Il a prévu le boycott international qui ne manquerait pas de surgir après son entrée en Ukraine, il l’a enjambé en se créant souverain, donc indépendant. Le pôle eurasien est donc tactique. A-t-il vocation à devenir civilisationnel ? Je crains que la slavophilie ne soit pas soluble dans le confucianisme, ni le marché libéral russe dans le communisme chinois.

Pour l’heure, on ne sait ce qui se trouve dans la tête de Poutine : après l’Ukraine, quels sont ses projets? Un homme qui a clairement annoncé aspirer à restaurer la grandeur russe avec les valeurs du christianisme orthodoxe et qui a clairement choisi la force, la violence, la guerre pour réaliser son projet, devient un adversaire armé, casqué et botté de l’Occident comme il dit- pour ma part, je dirais: d’une Europe slavophile de l’est contre l’autre occidentaliste de l’ouest.

Comment nommer Poutine? Démocrate autoritaire? Dictateur? Tyran ? Illibéral? Je pose pour ma part qu’avec son entrée militaire dans l’Ukraine il incarne désormais le fasciste.

Un problème sémantique se pose avec ce mot et je le signale depuis des années. Staline a introduit l’usage du mot «fasciste» pour caractériser quiconque ne pensait pas comme lui. On voit bien que Poutine fait de même en traitant de «nazis» les Ukrainiens. Si un fasciste ou un nazi est juste une personne qu’on insulte, les mots ne veulent plus rien dire. J’ai moi-même si souvent fait les frais de cette insulte que la preuve est donnée que le mot se trouve désormais vidé de son sens, de sa substance. Chacun connait la fable d’Ésope qui met en scène un berger seul dans la montagne qui crie au loup si souvent et sans raison que le jour où les bêtes sont là, il voit périr son troupeau.

Et pourtant.

On doit pouvoir l’utiliser à nouveau dans son sens véritable. Historiquement, le fascisme est une idéologie qui méprise la démocratie parlementaire pour lui préférer le César qui tient le pouvoir dans ses seules mains au nom du peuple: qui dira que Poutine n’est pas César en Russie? Pour ce faire, il se passe d’élection ou il bourre les urnes: on sait que tel est le cas, que Medvedev a été son homme de paille pendant qu’il gouvernait alors que les textes ne le lui permettaient pas; la loi et le droit, c’est lui, pas question dès lors qu’il existe une opposition: nul n’ignore qu’il emprisonne ses opposants ou les supprime en les empoisonnant ; il ne croit pas que la souveraineté populaire soit le moteur de l’histoire, mais, en bon hégélo-marxiste, il pense que seule la violence obtient cela, et que la guerre est une hygiène civilisationnelle: la Géorgie avant-hier, la Crimée hier, l’Ukraine aujourd’hui; il crée un culte de lui-même sur le principe viriloïde, il est l’athlète, le héros, le soldat, le guerrier : qui ne l’a vu torse nu, à cheval, chassant à l’ours, à la pêche , en judoka, en pilote de bombardier, de moto, de camion? Il est sans femme et sans enfants, sans amis, sans vie privée, il a donné son corps et son existence à la patrie. Mais ce qui définit le plus le fasciste, au-delà du banal César, c’est la considération que la violence doit être mise au service non pas du nationalisme, mais d’un impérialisme qui exige l’extension du domaine vital d’un peuple. Avec l’Ukraine, Poutine franchit la barrière qui le fait entrer dans le mode fasciste. Et nous avec lui…

Car l’Europe maastrichtienne, entièrement préoccupée de fixer les prix du clou et du boulon, mais aussi et surtout de permettre aux petites filles de huit ans de changer de sexe, de financer les gayprides et de célébrer le port du voile, de vendre des enfants et de louer des utérus, d’imposer l’écriture inclusive et de relayer la folie wokiste de la cancel culture américaine, a proclamé pendant des années qu’elle était le seul modèle de civilisation possible et, dixit Fukuyama, qu’il fallait travailler à uniformiser la planète pour en faire un vaste supermarché destiné à célébrer ces valeurs nihilistes, si je puis dire, destinées à faire place nette un jour pour le transhumanisme. Pendant qu’elle jouissait de sa puissance factice, cette Europe nihiliste ne voyait rien venir…

Pour finir, je voudrais rappeler l’anecdote rapportée par Julien Freund après sa soutenance de sa thèse en 1965. Au philosophe Jean Hippolyte qui s’offusque que Freund pense que l’opposition ami/ennemi est une catégorie majeure de la philosophie politique parce qu’elle structure le champ politique, Freund répond: «Vous pensez que c’est vous qui désignez l’ennemi, comme tous les pacifistes. Du moment que nous ne voulons pas d’ennemis, nous n’en aurons pas, raisonnez-vous. Or c’est l’ennemi qui nous désigne. Et s’il veut que vous soyez son ennemi, vous pouvez lui faire les plus belles protestations d’amitiés. Du moment qu’il veut que vous soyez son ennemi, vous l’êtes. Et il vous empêchera même de cultiver votre jardin.»

Poutine a choisi que nous soyons ses ennemis, et il est bien décidé à nous empêcher de cultiver notre jardin.

L’Europe maastrichtienne intervient sans intervenir tout en intervenant - c’est la fameuse théorie du «en même temps» macronien. Officiellement, nous ne sommes pas en guerre, mais nous fournissons des armes antichars aux Ukrainiens, ce qui veut dire que nous sommes en guerre et pas seulement économique - ce dont Poutine se moque éperdument: la guerre économique ne gêne que son peuple et il n’a aucun souci de son peuple. S’il se rebellait, il le materait par la troupe.

Poutine ne va pas laisser en paix ceux qui luttent contre son projet d’annexer l’Ukraine. La France en fait désormais partie et avec elle l’Europe sans qu’aucune consultation électorale n’ait légitimé ces choix bellicistes et belliqueux qui engagent des peuples. Emmanuel Macron, qui n’a plus que quelques jours de légitimité à son quinquennat remis en jeu lors des prochaines élections présidentielles, agit lui aussi en César. Il n’hésite pas à faire du risque d’une Troisième Guerre mondiale un argument de campagne.

S’il est réélu, ses engagements personnels bellicistes et belliqueux vont coûter cher aux Français : hausse des prix des biens de première nécessité (pain, pâtes, farine), raréfaction des matières premières de l’industrie, fermetures d’usines, ravage de la filière agricole, essence inabordable, paupérisation généralisée, sans compter sur la possibilité non pas que des chars russes arrivent à Paris, mais que des hackers russes mènent à la France une cyberguerre qui pourrait paralyser tout ce qui fonctionne à l’électricité et toute l’informatique - du téléphone ou de l’ordinateur portable au pilotage de nos centrales nucléaires en passant par nos tours de contrôle aéroportuaires ou portuaires, sans oublier les voitures dotées d’ordinateurs dont elles dépendent. Et ce sans parler des hôpitaux, des prisons [10]…

L’impéritie de tout ce personnel politique maastrichtien est donc visible dans les pleins phares braqués par Poutine sur l’Occident en général et sur l’Europe en particulier, donc, sur la France. Notre rogaton de force procède de l’impuissance de Poutine - une armée russe rebelle, sa population qui se soulève, un attentat qui ôte la vie du tyran, mais rien qui vienne de l’Europe décadente dont parlait Raymond Aron. Nous sommes donc à sa merci.

Il est bien évident que Poutine va nous empêcher de cultiver notre jardin. La question est: quand?

Michel Onfray


[1] Pourquoi pas la même logique en France? Souverainiste à Kiev mais vassalisé à Paris, voilà un vrai sujet - mais c’en est un autre…

[2] Mon texte n’engage que moi et ce ne sont pas les analyses de l’auteur que je reproduis.

[3] Alexandre Koyré, La Philosophie et Le Problème national en Russie au début du XIXème siècle (1929, éd. Gallimard)

[4] Le lundi 15 novembre 2021, les Russes ont pulvérisé une ancienne station soviétique qui datait de 1982. Aucun chef de l’Etat européen n’a voulu voir dans cet acte l’un des petits cailloux semés par Poutine sur le chemin de sa guerre impérialiste. La France a dit que Thomas Pesquet était dans l’espace au moment du tir et que ça n’était pas gentil pour lui…

[5] Estonie, Lettonie, Lituanie, Tchéquie, Slovaquie, Hongrie, Slovénie, Croatie, Roumanie, Bulgarie, Monténégro, Albanie, Macédoine du Nord.

[6] Mein Kampf (1925) va avoir cent ans et notre Europe est toujours intellectuellement structurée par cette période de l’histoire avec un usage perpétuel de la sémantique de cette époque : fasciste, nazi, pétainiste, vichyste, maréchaliste, collabo, résistant, voire «vichysto-résistant», antisémite - comme si l’antisémitisme était aujourd’hui le fait de nazis ou de gens qui se réclament du national-socialisme. A Paris on croit toujours qu’Hitler n’est pas mort; à Stalingrad, on sait que les soldats russes ne sont pas pour peu dans son trépas.

[7] Voir l’excellent petit livre de Marc Ferro, Le Ressentiment dans l’Histoire (éd. Odile Jacob, 2007)

[8] Précisons en passant que l’Ukraine, fortement occidentalisée, dirigée par un homme qui vient de la clownerie médiatique (je l’ai vu récemment dans un reportage simuler avec un comparse l’exécution d’une pièce de piano avec son pénis…), est le centre mondial de la gestation pour autrui. Un quart des enfants achetés et vendus sur la planète viennent de ce pays. Des jeunes filles pauvres entre 18 et 25 ans n’ont pas d’autre solution pour vivre que de vendre leurs ovocytes ou louer leur utérus. Pour 50.000 euros, de riches occidentaux peuvent commander un enfant, le choisir sur catalogue, le faire porter par un tiers rémunéré, contraint à une existence d’esclave dont la servitude se trouve clairement détaillée dans un contrat juridique, et repartir avec comme si c’était une voiture d’occasion. Ce nouveau Code noir dans son genre émeut assez peu dans les milieux qui se disent progressistes, les occidentalistes d’aujourd’hui… Il est plus facile d’accabler Colbert qu’Ursula von der Leyen qui a bidouillé ses CV en revendiquant des études qu’elle n’a pas faites…

[9] Jacques Attali, Demain qui gouvernera le monde? (éd.Fayard, 2011)

[10] Il est temps de relire Paul Virilio. Par exemple La Bombe informatique paru en 1998 aux éditions Galilée. Il m’avait fait l’amitié d’un envoi avec cette dédicace: «Pour Michel Onfray qui devine la suite.» Le bug qu’il avait annoncé pour l’an 2000 n’avait pas eu lieu, mais celui qu’il n’a cessé d’annoncer au-delà de cette date pourrait bien advenir alors qu’on ne l’attendait plus…


dimanche 20 mars 2022

"Les représentants des agences de #ONU (#UNESCO etc...) ont célébré leur 30e anniversaire en Azerbaïdjan dans CHOUCHI" par Hilda TCHOBOIAN


Les représentants des agences de #ONU (#UNESCO etc...) ont célébré leur 30e anniversaire en Azerbaïdjan dans CHOUCHI OCCUPÉE par l’armée de cette dictature raciste qui a employé des armes au phosphore contre les Arméniens ,  et qui continue de détruire le patrimoine culturel arménien ou au mieux, de se l’approprier. 

Question: ont-ils visité la cathédrale arménienne profanée par leurs hôtes après avoir été bombardée. On aurait souhaité les voir constater la destruction complète de « l’Eglise Verte » (Ganatch Yegueghetsi) de Chouchi. 

Bientôt deux ans que l’UNESCO EST ATTENDUE EN ARTSAKH POUR CONSTATER LES DESTRUCTIONS DES MONUMENTS ARMÉNIENS! 

"REPORT ON VIOLATIONS OF THE RIGHTS OF ARTSAKH PEOPLE BY AZERBAIJAN IN FEBRUARY - MARCH 2022

PUBLICATION DATE 18.03.2022

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In September-November 2020, with the involvement of Turkey and international mercenaries, Azerbaijan carried out aggressive hostilities against the civilian population of Artsakh (Nagorno-Karabakh) Republic, during which the Azerbaijani side committed numerous war crimes and crimes against humanity. All crimes were clearly documented in the reports prepared by the Artsakh Human Rights Defender, which were presented to international organizations, decision-makers of individual states. These reports are published on the official website of the Human Rights Defender.

On November 9, 2020, the President of the Russian Federation, the Prime Minister of the Republic of Armenia and the President of the Republic of Azerbaijan signed a trilateral statement on the cessation of war in Nagorno Karabakh, which ended large-scale hostilities and deployed Russian peacekeeping forces. For almost a year and a half after the establishment of the ceasefire, the Azerbaijani side, through various means, has violated the rights of the people of Artsakh, including the right to life, health, physical and psychological integrity. These actions became more aggressive in February-March 2022, the details are presented in Section 1 of this report.

On March 8, 2022, at 01:00, the operation of the only gas pipeline coming from the Republic of Armenia to Artsakh was completely destroyed, as a result of which the entire population of Artsakh was deprived of gas supply. The facts obtained from various sources prove that the gas pipeline was deliberately blown up by the Azerbaijani Armed Forces. The fact that the Azerbaijani side has blocked specialists of the local gas supply company from accessing the damaged part of the pipeline for more than a week to carry out emergency repair works speaks of the direct intention of Azerbaijan to disrupt the gas supply and consequently create a difficult humanitarian situation in Artsakh. The general description of the humanitarian problems caused by the disruption of gas supply is presented in Section 2 of this report.

In parallel with the criminal actions against different communities, the deliberate disruption of the gas supply, the Azerbaijani side is carrying out psychological pressure and propaganda campaigns against the people of Artsakh, pursuing the aim of forcing the civilian population to leave their homes. The facts of such cases and their analysis are presented in Section 3 of this report.

The report was prepared on the basis of studies conducted by the Human Rights Defender's Office, on the visits to various communities, educational and health institutions, to citizens' houses, on private conversations with citizens, and information received from state authorized bodies.

The aim is to document the cases of violation of the rights of the people of Artsakh by Azerbaijan and their various manifestations and to draw the attention of international institutions and human rights organizations to the situation in Artsakh."

Les représentants des agences de #ONU (#UNESCO etc...) ont célébré leur 30e anniversaire en Azerbaïdjan dans CHOUCHI OCCUPÉE par l’armée de cette dictature raciste qui a employé des armes au phosphore contre les Arméniens ,  et qui continue de détruire le patrimoine culturel arménien ou au mieux, de se l’approprier. 

Question: ont-ils visité la cathédrale arménienne profanée par leurs hôtes après avoir été bombardée. On aurait souhaité les voir constater la destruction complète de « l’Eglise Verte » (Ganatch Yegueghetsi) de Chouchi. 

Bientôt deux ans que l’UNESCO EST ATTENDUE EN ARTSAKH POUR CONSTATER LES DESTRUCTIONS DES MONUMENTS ARMÉNIENS! 

RAPPORT SUR LES VIOLATIONS DES DROITS DES PEUPLES ARTSAKH PAR L'AZERBAIDJAN EN FÉVRIER - MARS 2022

PUBLICATION DATE 18.03.2022

En septembre-novembre 2020, avec l'implication de la Turquie et de mercenaires internationaux, l'Azerbaïdjan a mené des hostilités agressives contre la population civile de la République de l'Artsakh (Nagorno-Karabakh), au cours desquelles le comité latéral azerbaidjan a commis de nombreux crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Tous les crimes ont été clairement documentés dans les rapports préparés par le défenseur des droits de l'homme de l'Artsakh, qui ont été présentés aux organisations internationales, aux décideurs d'États Ces rapports sont publiés sur le site officiel du défenseur des droits de l'homme.

Le 9 novembre 2020, le Président de la Fédération de Russie, le Premier Ministre de la République d'Arménie et le Président de la République d’Azerbaïdjan ont signé une déclaration trilatérale sur la cessation de la guerre au Haut-Karabakh, qui a mis fin aux grands-s cale les hostilités et les forces russes de maintien de la paix déployées. Pendant près d'un an et demi après l'instauration du cessez-le-feu, la partie azerbaïdjanaise, par divers moyens, a violé les droits du peuple artsakh, notamment le droit à la vie, à la santé, à l'intégrité physique et psychologique. Ces actions sont devenues plus agressives en février-mars 2022, les détails sont présentés dans la section 1 de ce rapport.

Le 8 mars 2022, à 01h00, l'exploitation du seul gazoduc venant de la République d'Arménie à l'Artsakh a été complètement détruite, ce qui a permis à toute la population de l'Artakh d'être privée d'approvisionnement en gaz. Les faits obtenus de différentes sources prouvent que le gazoduc a été délibérément explosé par les forces armées azerbaïdjanaises. Le fait que la partie azerbaïdjanaise ait empêché les spécialistes de la compagnie locale d'approvisionnement de gaz d'accéder à la partie endommagée du gazoduc pendant plus d'une semaine pour effectuer des travaux de réparation d'urgence témoigne de l'intention directe de l'Azerbaidjan d'emppêcher l'approvisionnement en gaz et par conséquent créer une situation humanitaire difficile en Artsakh. La description générale des problèmes humanitaires causés par la perturbation de l'approvisionnement en gaz est présentée à la section 2 du présent rapport.

Parallèlement aux actions criminelles contre différentes communautés, à la perturbation délibérée de l'approvisionnement en gaz, la partie azerbaïdjanaise mène des campagnes de pression psychologique et de propagande contre le peuple de l'Artsakh, dans le but de forçer la population civile à quitter leur foyer. Les faits et leur analyse sont présentés à la section 3 du présent rapport.

Le rapport a été établi sur la base d'études réalisées par le Bureau du défenseur des droits de l'homme, sur les visites dans différentes communautés, établissements d'enseignement et de santé, dans les maisons des citoyens, sur les conversations privées avec les citoyens et sur les informations reçues des organes agréés de l'État.

L'objectif est de documenter les cas de violation des droits du peuple de l'Artsakh par l'Azerbaïdjan et leurs diverses manifestations et d'attirer l'attention des institutions internationales et des organisations de défense des droits de l'homme sur la situation en Artsakh.

                                                                 

       Hilda TCHOBOIAN                                          (20mars 2022)