mardi 16 février 2016

Analyse de l'historien turc Umit Kurt sur La perception de la négation du Génocide des Arméniens, en Turquie

Umit Kurt 
Auditorium d’État Alice Peters de Fresno (Californie)


GENOCIDE DES ARMÉNIENS

Historien turc : la négation du Génocide des Arméniens résulte d’une perte du sens des réalités
Razi Syed6 The Fresno Be 611 février 2016
Présentation faite à l’Auditorium d’État Alice Peters de Fresno par Umit Kurt, élevé en Turquie, sur la négation du Génocide des Arméniens par le gouvernement turc.
L’historien turc Umit Kurt a raconté comment la première fois, alors qu’il avait tout juste vingt ans, il avait entendu parler de la présence historique des Arméniens dans son pays - une présence que pendant des décennies, le gouvernement turc s’est efforcé de faire disparaître.
Étant entré dans une maison ancienne qui avait été transformée en café, dans la ville d’Aintab, Kurt raconte : “ j’ai aperçu d’étranges caractères, et j’ai pensé qu’il s’agissait de caractères arabes ou perses, parce que ma conscience historique me faisait remonter à cette époque - comme s’il n’y avait eu aucun Grec, s’il n’y avait eu aucun Arménien, comme s’il n’y avait eu aucun Juif qui aient pu vivre sur ces terres “.
Ayant questionné le propriétaire du café sur l’histoire de l’immeuble, Kurt apprit qu’il avait été un temps la propriété d’Arméniens. Depuis lors, Kurt écrit souvent sur l’appropriation par les Turcs des terres et des biens des Arméniens.
Le monument d’état au Génocide des Arméniens de Fresno avait été inauguré en avril dernier. Dans la soirée de ce mercredi, Kurt a fait une conférence à laquelle des les auditeurs étaient venus par douzaines pour s’interroger sur les raisons du négationnisme de la Turquie encore de nos jours.
La conférence ouverte à tous était organisée par le Programme d’Études Arméniennes. C’est la troisième conférence accueillie par le cycle semestriel du printemps.
Certaines sociétés sont capables de discuter ouvertement de leur histoire, a dit Kurt. D’autres sont en conflit avec elles-mêmes “ parce leur passé et leur présent s’entremêlent au point de leur faire perdre le sens des réalités “ a dit Kurt. ’ Dans la société turque, (la perte de) ce sens des réalités est manifeste quand elle nie, ou ne reconnaît pas, le Génocide des Arméniens “.
“ Affronter le passé est un problème sociétal, plutôt qu’individuel “ a poursuivi Kurt.
Le professeur d’études arméniennes Sergio La Porta a déclaré que Kurt ayant été élevé en Turquie, sa perspective sur le négationnisme turc est intéressante.
Dans le courant de l’année 1915, l’armée ottomane turque a commis des massacres d’Arméniens, a dit Kurt, et en a déporté d’autres nombreux dans des circonstances très dures, ce qui prouve que cet acte délibéré avait pour but de vider le pays des Arméniens qui s’y trouvaient.
On estime entre 800 000 et 1 500 000 le nombre des Arméniens qui ont été tués dans ce génocide.
Au lendemain des événements de la Première guerre mondiale, la république moderne turque a voulu se créer une identité nouvelle, a dit Kurt. En se dotant de cette nouvelle identité, les dirigeants du gouvernement tentaient d’oublier le passé et de se construire un passé nouveau, par lequel “ nous les Turcs n’avons pas assassiné les Arméniens - les Arméniens nous ont assassinés “, a dit Kurt.
Cet effacement de l’histoire arménienne en Turquie a été entrepris très tôt, dans les manuels et les cours scolaires qui enseignaient que le génocide - auquel on se référait par l’expression “ l’affaire arménienne “ - était un mensonge, a dit Kurt.
“ Parce que la Turquie a fondé son existence sur l’absence ’ de l’autre ’, toute conversation sur son existence engendre crainte et de anxiété “, a dit Kurt. “ La principale difficulté pour aborder la question arménienne en Turquie réside dans ce dilemme existence-absence “.
Ces événements qui se sont produits sur les Arméniens en 1915 étant rarement évoqués en Turquie, s’il arrive qu’ils le soient, et d’après Kurt, beaucoup de Turcs sont sincèrement ignorants du génocide.
Kurt a ajouté que le gouvernement turc craint les réparations et les restitutions auxquelles il devrait procéder s’il acceptait que les actes de la Turquie soient constitutifs d’un génocide.
En réponse à une question de l’auditoire, Kurt a dit qu’il était improbable que le gouvernement de la Turquie admette un jour le génocide. “ J’espère évidemment me tromper “, a-t-il dit.
Kurt est doctorant à l’Université Clark du Massachussetts ; il était chercheur de l’Université Kazan à Fresno State au cours du semestre d’automne 2015.
Traduction Gilbert Béguian pour Armenews
dimanche 14 février 2016,
Jean Eckian ©armenews.com

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