vendredi 12 août 2011

L'Art du Tapis arménien

De ce magnifique volume de quelque 550 pages, "Les Tapis d'Orient" largement illustré, réalisé par Volkmar GANTZHORN, ouvrage issu d'une thèse de doctorat intitulée "Le tapis chrétien oriental" soutenue à la Faculté des sciences humaines de la Eberhard-Karls-Universität de Tübingen, édité par Benedikt Taschen Verlag GmbH Hohenzollernring 53, D-50672 Köln (Allemagne), j'ai extrait pour votre information, quelques éléments, succincts vous vous en doutez.

"Ce livre présente de manière claire et précise 25 siècles de l'histoire du tapis. A la lumière de ses recherches qui ont permis de jeter un regard neuf sur cet art à part entière, l'auteur retrace toute l'histoire des tapis orientaux. Il est aujourd'hui établi que leurs motifs se réfèrent entre autres aux traditions phrygiennes, que les Arméniens surent garder vivantes jusqu'au début du XXe siècle. Symboles de pouvoir et de foi chrétienne, ces tapis sont des icônes abstraites imprégnées d'une religiosité profonde.

Le tapis d'Orient n'est pas originaire d'Asie centrale et n'est pas non plus la création de peuples nomades. Produit des civilisations antiques orientales, IL A VU LE JOUR SUR LES HAUTS PLATEAUX ARMENIENS, au croisement des plus anciennes voies marchandes entre le Nord et le Sud, l'Est et l'Ouest. L'argumentation de l'auteur est d'ailleurs solidement étayée par de nombreuses illustrations. Cet ouvrage est le premier du genre à présenter des reproductions en couleurs des spécimens les plus intéressants de chaque catégorie de tapis sur le plan historique, symbolique et esthétique. La documentation illustrée qui montre aussi des enluminures, des tableaux, des fabrications artisanales et des détails architecturaux éclaire des phénomènes inconnus jusqu'ici.

Le présent ouvrage témoigne de la CONTRIBUTION ARMENIENNE SANS DOUTE LA PLUS IMPORTANTE A L'HISTOIRE DE L'ART. Il est destiné à tous les amateurs de beaux tapis et aussi aux amoureux des contrées orientales."

Volkmar GANTZHORN a étudié l'histoire de l'art, la philosophie, la psychologie, les arts plastiques, la géographie et le journalisme.


La carte réalisée par l'auteur d'après les données de l'oeuvre de Serjeant* montre les centres de fabrication des tapis arméniens existant déjà au Xème siècle et qui, situés aujourd'hui en Arménie (de Russie *) en Azerbaïdjan, en Perse et en Turquie, étaient restés sur une période de 1000 ans les centres de nouage arméniens les plus importants jusqu'au génocide du XXème siècle.

*R.B. Sergeant
*Le livre a été édité en 1998. Alors pourquoi "Arménie de Russie" ? je ne saurais vous dire.


La carte de l'auteur est le résultat d'une étude des sources ayant duré des décennies et se basant sur le matériel à sa disposition concernant l'histoire arménienne. Elle prend en considération toutes les vagues d'émigration, de transferts de population, d'évacuation et de nouvelles implantations du début du premier millénaire après J.-C. jusqu'au XIIème siècle.


Le "tapis Pazyryk" - (Ermitage - Léningrad)

Le tapis le plus ancien est le tapis dit "Pazyryk"...qui  fut trouvé dans les monts Altaï.... Ce tapis provient du V-IVème siècle av. J.-C. Il mesure 200 x 183 cm et il est noué en noeuds symétriques avec une densité de 3600 noeuds/dm². Même pour les conditions actuelles c'est un nouage très fin. La texture de base et les poils sont de laine ...ïl aurait été fabriqué à Saki, l'ancienne capitale des Scythes dans le pays Ourartou au sud du Lac d'Ourmia, commandé par un roi scythe et réalisé par des artisans proto-arméniens.


La délégation arménienne Persépolis, Vème s. av. J.-C.


Il s'agit bien d'un motif figurant la délégation arménienne (ci-dessus). Le détail montre un homme tenant les rênes de son cheval. La forme de la coiffure du cavalier, la grandeur du cheval, ainsi que la queue nouée, sont identiques.



Stèle hittite tardive-ourartéenne. Musée d'Ourfa.


Le daim portant une divinité (photo précédente) a le même dessin caractéristique sur l'omoplate que le daim sur le tapis. La diffusion du daim se limitant à l'Europe du sud-est et à l'Asie Mineure, il est peu probable que le "tapis Pazyryk" ait été fabriqué plus à l'est.


Mevl. Détail. Musée Mevlana à Konia.

Ce détail d'un fragment de tapis Mevl, montre une forme de motif très répandue dans tout l'espace culturel arménien, une croix typique pour l'art chrétien primitif influencé par l'art arménien. Elle est composée de quatre "lys symboles de la grâce divine" et connue dans la littérature consacrée aux tapis sous la dénomination "croix kotchak (cornes)". Elle s'est développée à partir de la protoforme ourartéenne-hittite-phrygienne et est devenue partie constituante de la tradition européenne des motifs.


Tapis de "Gohar" - 351 x 178 cm. Collection privée.

Le tapis de "Gohar" est daté de 1680 et doté d'une inscription arménienne. Dans le centre la croix comme partie d'une composition dite en "arbre de Jessé"*

*Arbre de Jessé est un motif fréquent dans l'art chrétien entre le XII ème et le XVème s. Arbre de vie. Il représente une schématisation de l'arbre généalogique présumé de Jésus de Nazareth à partir de Jessé, père du roi David.

Ce ne sont là que d'infimes fragments de ce superbe volume qui parcourt 25 siècles d'histoire du tapis ; mais avec la dernière photo qui représente un tapis réalisé en Artsakh en 2007, on s'aperçoit que les motifs sont les mêmes, jalousement conservés et reproduits de nos jours par nos habiles et talentueux artisans arméniens.


2 commentaires:

  1. Bravo et merci pour cet article très intéressant et bien illustré.

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  2. Je découvre votre commentaire aujourd'hui ! Merci Edith !

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