mercredi 7 décembre 2016

Nouvelles (suite) - Nikos Lygeros


La nuit qui ne finissait pas
N. Lygeros
Traduit du Grec par A.-M. Bras


Paradoxalement le froid la réveilla. Les bûches dans la cheminée étaient presque consumées. Elle se leva pour en ajouter plus. La nuit ne finissait pas. Le feu reprit et avec lui, son esprit. Ainsi, elle réalisa que le salon était plein de livres avec des références au passé. Elle avait toujours voulu être un connaisseur de l'histoire, mais la langue l’avait préoccupée. Et seulement quand elle découvrit la valeur de la stratégie, elle revint à son premier amour. Elle essaya de rassembler ses idées. Elle avait lu le roman du chevalier sans armure et avait été touchée, mais ne pouvait pas imaginer l'impensable. L'auteur avait mis des éléments historiques pour être plus plausible, mais maintenant, elle voyait que cela concernait l'histoire elle-même. Elle se souvint de ce que lui avait dit son amie, l'actrice, au sujet des Justes de Camus. Alors qu’elle avait fait tant de répétitions de la pièce, elle subit un choc quand on lui révéla qu'elle était basée sur une histoire vraie. Elle avait recouru aux sources et en avait trouvé bien plus qu'elle ne l'avait imaginé. Ainsi le théâtre parlait de la vérité et elle, elle avait essayé de faire semblant. Ainsi, elle aussi, en face de tant de documents, de témoignages, de sceaux, d’armoiries, elle voyait un autre monde parallèle et comprit l'importance de l'expression: la vie est ailleurs. A côté de l'existence des autres que protègent les autres autres. Tout simplement. Elle regarda le feu et vit la lumière noire

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Le réseau de l'Humanité
N. Lygeros
Traduit du Grec par A.-M. Bras

Il était assis dans le salon avec deux livres dans les mains. Il les avait pris de la bibliothèque qui lui faisait face. De son fauteuil il voyait les deux espaces qu’il avait créés. Ils ressemblaient à une dette et il fallait la transformer en devoir. La seule façon était de les lire, autrement il serait préférable de les laisser sur place pour un autre lecteur. Le balcon était gorgé de lumière. Comme si c’était l'autre bibliothèque. Il en emportait de là et la transformait. Les livres étaient lourds pour leur taille. C’était la caractéristique du papier Bible, comme disaient les typographes. Cette idée de la dette l'avait intrigué. La non lecture était non seulement inutile, mais également inacceptable, puisqu’elle constituait un acte de barbarie, car elle ne mettait pas en valeur une source de connaissance. Qui aurait pensé à ce schéma mental? La nécessité était le premier pas pour éviter la barbarie en puissance. Il avait identifié la dangerosité de l'Espace devenu la vie du Temps.


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Les espaces vides de la bibliothèque
N. Lygeros
Traduit du Grec par A.-M. Bras

Avant de commencer la lecture, son regard passa à nouveau sur la bibliothèque. Il imagina que les deux espaces vides qu’il avait provoqués, pourraient être définitifs à cause d'un acte irréversible. D'ailleurs, il y avait des barbares qui brûlaient des livres. Leur mise en valeur était son choix, Mais pour la bibliothèque, jamais il n’y aurait de changement s’il changeait seulement leur place après la lecture sans faire quoi que ce soit d'autre. Il n'y avait pas d'interaction. Même s’il ne prenait que quelques notes, ce serait déjà un petit changement parce que la bibliothèque aurait été étendue. C’était en quelque sorte une valeur ajoutée. Un pas en avant, serait d'écrire un livre en utilisant ces connaissances. Il se souvint du phénomène et réalisa qu'il y avait une belle analogie avec la nourriture. Même une pomme pouvait devenir autre chose que simplement pourrir si nous la mangions pour continuer à vivre en nous à cause de ses éléments. A ce moment, il jeta un coup d’œil à son carnet.


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Le livre de l'avenir
N. Lygeros
Traduit du Grec par A.-M. Bras

Ce n’était pas seulement un carnet. C’était la forme originale d'un livre du futur. Le manuscrit de l'auteur qui n’oubliait pas les sources parce qu'il ne voulait pas de blessures dans la bibliothèque. Ses livres étaient son prolongement. Il la regarda à nouveau, pour une autre raison cette fois. Il examina toutes les étagères pour identifier le nombre de livres dont il avait besoin pour les siens. Il sourit quand il redécouvrit les volumes de Camus et de Dostoïevski, de Hugo et de Kazantzakis. Il poursuivit sa marche dans les techniques avec les Encyclopédies. Il essaya de voir s'il n’en avait pas oublié, même involontairement. Ce n’était pas par accident qu’il avait pris ces deux livres. Il n’avait pas encore écrit avec leur matériel. Il les ouvrit à la fois en même temps comme pour faire une double conférence avec deux ordinateurs. Dans son esprit apparurent Aristote et Wittgenstein. Mais qui aurait pu y croire. Le fauteuil permettait la double ouverture des livres. Comme dans une simultanée où il jouerait la défense indienne et sicilienne du Roi pour le sacré et le génie.


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Le carnet du passé
N. Lygeros
Traduit du Grec par A.-M. Bras

Son encre nota simultanément les pages des livres et du carnet. Ce n’était pas la première fois. Il y avait eu un précédent lors de l'étude des trois tragiques pour écrire du théâtre, cela faisait des années, dans le Vieil Epidaure, après que l’oeuvre ait commencé dans l'ancienne Agora à Athènes. Ici les choses étaient plus compliquées, parce que les thèmes étaient différents. Il ne joua pas aux échecs avec deux ou trois joueurs comme il avait l'habitude, mais au go. Les deux livres étaient des branches différentes. Et lui cherchait une ramification pour la composition. Il n’agit pas sur le champ classique du spécial, mais sur le réseau de l'Humanité, le profond. Ce n’était pas seulement une connexion réseau, mais un lien. Après l'Internet, le Deepnet était lumineux, même s’il était invisible. Il ressemblait aux deux espaces vides de la bibliothèque. Pour un non initié ils étaient inconnus pour un relatif ils avaient l'importance des livres qu'il avait pris. A ce moment, il se rappela le grand bleu et il coula en lui.



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